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Adrien de Sora
Adrien de Sora
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Âge RPG : 35 ans

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le Mar 7 Nov - 12:38
Adrien – Et là, papa, il est où papa ?

Voilà bien un bon quart d’heure que le docteur jouait à « Coucou, c’est moi » avec son bébé, en cachant son visage entre ses mains puis en les rouvrant, devant son bébé qui riait ou s’agitait suivant les instants. Maxime était installé dans son siège bébé, habillé chaudement et couvert aussi par une petite couverture, son père penché sur lui tout en jouant. Ce soir-là, beaucoup avaient cessé plus tôt de travailler sur l’école tant la journée avait été très longue et difficile pour beaucoup. Le froid était tombé brutalement, les nouvelles n’étaient pas bonnes, loin de là, il y avait trois accidents et le moral était en berne depuis qu’on avait appris le massacre de cette communauté d’élémentaires dans le Jura. Malgré tout, on ne pouvait pas dire que la situation n’évoluait pas. Ah, et ne pas oublier le second tour des élections, le lendemain ! Bien que « élections » soit un bien grand mot, la partie était déjà joué, Leblanc allait vaincre son adversaire à ce second tour à une majorité écrasante, personne n’en doutait. Adrien se redressa et reprit la peluche qui avait glissé, lançant « doudou » à son bébé pour attirer son attention. A côté d’eux, Valentin reposa sa tasse de thé et eut un fin sourire attendri.

Valentin – Il commence à attraper les objets, maintenant ?

Adrien – Oui, depuis quelques jours.

A quatre mois, Maxime commençait doucement à attraper des petits objets ou des jouets qu’on lui présentait, les agiter devant lui permettait de lui faire se concentrer dessus. Il commençait aussi à les porter à ses lèvres, à jouer avec ses mains et à mettre ses doigts dans sa bouche. Adrien, de son côté, l’appelait souvent par son prénom pour lui apprendre à s’associer à lui, à reconnaître le son de la voix de son père et à s’en sentir apaisé et rassuré à son écoute, puis à associer également les objets à leurs noms, lorsqu’on les énonçait clairement. Adrien commençait aussi de plus en plus à le faire asseoir, comme il arrivait à tenir la tête droite dans cette position, et à le laisser jouer sur le ventre. Une fois, il avait roulé accidentellement sur le dos et pleuré, avant de comprendre que c’était normal et d’essayer de recommencer, sans succès pour le moment. L’infirmier sourit à ce souvenir et bougea un peu le doudou près de son fils, qui leva les deux mains pour l’attraper entre ses petits doigts. C’est bien, mon bébé. Adrien lui sourit largement puis se pencha pour l’embrasser sur le front, attendri en voyant le petit battre un peu des pieds et sourire.

L’infirmerie avait le plus gros avantage d’être au calme, dans cette nouvelle école, et c’était souvent là que certains venaient prendre un thé ou une tisane avec lui, le soir venu, pour se reposer et discuter. Et il y avait de quoi dire, en ce moment ! Adrien était encore choqué d’avoir appris la façon dont l’école s’était écroulée, peut-être pas entièrement, d’accord, mais en si grosse partie. Ils n’avaient toujours pas d’explications, monsieur Francfort avait vaguement évoqué la possibilité que de trop longues années d’accumulations de coups et petits séismes provoqués par les entraînements des élémentaires terre pouvaient avoir déclenché cet effondrement. Adrien glissa son doigt dans le minuscule poing de Maxime, en répétant une fois de plus son prénom, et en s’amusant à lui faire des grimaces pour le faire rire. En journée, il ne pouvait pas consacrer beaucoup de temps à son fils, mais le soir, il se rattrapait. Sa gorge se serra brutalement lorsqu’il repensa à Sarah et les larmes lui montèrent aux yeux, larmes qu’il essuya très vivement car il n’était pas question d’avoir l’air triste devant Maxime, il pourrait le ressentir.

Adrien – Sinon, Fabrice, qu’est-ce que tu comptes faire, une fois que tout sera bien lancé, que la machine sera en route pour l’école et la résistance ? Continuer à combattre ? J’ai du mal à t’imaginer stopper.

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le Sam 25 Nov - 12:53
L’ex-colonel était tout prêt à allumer la cigarette qu’il venait de coincer au coin de ses lèvres lorsqu’il se souvint qu’il était non seulement dans une infirmerie mais qu’il y avait aussi un bébé dans la pièce. Il remit la cigarette dans le paquet, les jambes légèrement croisées et enfoncé dans l’un des petits fauteuils de l’infirmerie, une tasse de thé fumante, aux fruits des bois, posée à côté de lui. Voilà maintenant une bonne heure que le calme était revenu sur le domaine, plus de coups marteaux, plus de bruits stridents des scies et des haches, plus de jurons marmonnés entre les dents serrés en poussant des brouettes remplies de briques ou de sacs de ciment, plus de marmonnements sur le froid extrême lorsqu’on débutait sa journée sur le chantier, alors même que tout le monde se réchauffait en quelques instant à peine. Ce matin-là, ils s‘étaient réveillés sous une épaisse couche de givre, couvrant le parc, les bâtiments et les arbres d’une couche blanche et brillante. Le froid était tombé très vite et plutôt brutalement, cette année, l’hiver s’annonçait délicat. Fabrice reprit son thé, pour se réchauffer les mains autant que pour le boire, jetant un rapide coup d’œil au journal posé entre lui et Valentin.

La Gazette ne parlait pas du tout du charnier découvert récemment dans le Jura, les médias de ce pays étaient fortement « incités » à étouffer l’affaire, les juges ne parlaient pas non plus, se contentant d’un laconique « une enquête est en cours ». Avec une aussi vaste et poussée campagne de propagande pour faire croire aux peuples qu’aucun élémentaire n’était ni ne sera jamais maltraité ou rejeté, c’était le genre de bavure qui faisait tâche. Fabrice but une longue gorgée de thé, tournant la page en parcourant vite fait les autres nouvelles. Quatre pages de la gazette étaient consacrées aux élections du seconde tour, prévues le lendemain même, les messieurs étaient très fortement incités à aller voter. Comme si le résultat n’était pas déjà joué par avance ! Fabrice replia le journal et le jeta dans le panier près d’eux, buvant une autre gorgée en regardant Adrien jouer avec son fils et lui apprendre quelques mots. Le pays était en train de tourner une page de son Histoire et plus de la moitié de la population ne le réalisait pas encore. C’était toujours ainsi… Si vous n’étiez pas plongé au cœur de l’affaire, vous ne compreniez tout que bien plus tard. La prochaine décennie, voire les deux prochaines, allaient constituer un chapitre majeur, Fabrice en était convaincu.

Valentin – Il commence à attraper les objets, maintenant ?

Adrien – Oui, depuis quelques jours.

Ce n’était pas très joyeux, pour les enfants qui étaient nés dans les trois dernières années ou qui allaient venir au monde dans les cinq prochaines. Fabrice n’était pas spécialement pessimiste ni alarmiste, d’ordinaire, cependant, il avait cette fois-ci de quoi s’en faire. Il ne voyait pas la situation globale comme n’importe quel citoyen amis avec un regard de soldat, portant sur l’Europe une analyse à travers le filtre « armée », si on pouvait parler ainsi. Les idéologies étaient presque mûres partout, ce n’était plus qu’une question de deux ou trois ans maximum avant que tous les pays d’Europe n’aient leurs populations à point. Puis le nationalisme se renforcera encore plus, partout, les gouvernements termineront leurs mutations, et enfin, le pouvoir militaire sera renforcé dans chaque nation prête assez tôt. D’ici là, la France allait sans nul doute connaître une vague profondes de bouleversements et de changements, les problèmes actuels des nations deviendront à mesure un seul problème global qui empoisonnera l’Europe et conduira à la guerre. L’an 1932 sera très important, car beaucoup de pays y suivront ou enclencheront des mutations politiques et économiques importantes, c’était déjà débuté presque partout. Sauf pour la jeune Belgique, qui ferait bien de se méfier plus que cela.

Adrien – Sinon, Fabrice, qu’est-ce que tu comptes faire, une fois que tout sera bien lancé, que la machine sera en route pour l’école et la résistance ? Continuer à combattre ? J’ai du mal à t’imaginer stopper.

Fabrice – Combattre, bien sûr. Peut-être participer un peu au centre de formation pour les adultes, avec le feu, je ne suis pas encore sûr. Dans tous les cas, ce n’est pas demain la veille qu’on pourra cesser de porter les armes.

Que ce soit contre leur propre gouvernement ou contre d’éventuels envahisseurs dans le pays, l’un pouvant aller avec l’autre avec des « alliances » et acceptation d’occupation malsaine. Lorsqu’il disait « on », il parlait à la fois pour lui et son équipe, pour Bradley, pour Gabriella, pour leurs hommes les ayant suivi jusqu’ici, pour tous les résistants et résistantes qui étaient aptes à partir sur le front avec eux et à tenir la lutte armée. Cette lutte-ci, finalement, ne concernait pas beaucoup de personnes, de tous ceux et celles ayant décidé de suivre le mouvement. Porter les armes ne s’improvisait pas, et même une fois formé, il fallait être capable de franchir le pas entre tirer sur une cible en carton et tirer sur un être humain. Peu le pouvaient, peu réalisaient, tout simplement, ce que signifiait tirer sur quelqu’un, pour de bon. Bradley refusait d’emmener sur le terrain les femmes et les hommes qui n’acceptaient certains faits, qui étaient trop sensible sou trop jeunes, ceux et celles qui ne pourraient pas accepter d’avoir des morts sur la conscience, y compris la mort d’innocents.

Fabrice – Je ne sais rien faire d’autre, finalement, reprit-il plus lentement. Ça fait dix-huit ans que je suis dans l’armée, je n’ai connu que ça. Il arrive un moment, après des mois ou des années de service, en tant que soldat, que tu ne peux plus te réadapter à la vie civile sans recevoir de l’aide ou un suivi. Ça te colle à la peau, tu penses et raisonnes comme un soldat, sans cesse.

Et plus les années défilaient, plus c’était compliqué de se détacher du soldat pour revenir à une vie plus simple. Il suffisait de regardait Bradley, qui allait bientôt passer sa quarantième année au sein de l’armée, personne en l’imaginait retourner dans le civil. Même ceux qui étaient entrés plus tard, comme la directrice, se trouvaient vite collés dans ce rôle. Il sourit faiblement en continuant de boire son thé, hochant la tête lorsque Valentin déclara que ce n’était pas le genre de métier qu’on pouvait oublier comme ça, aussi facilement. Non, c’était certain ! Soldat un jour, soldat toujours, comme aimaient à répéter les anciens.

Fabrice – Nous ne sommes pas assez nombreux, pour la lutte pure et dure. La lutte armée, je veux dire. Il y a du monde dans le soutien logistique, physique, économiques, les transports, les communications et tout ce que l’on veut. Mais pour combattre… Je suis d’accord sur le fait qu’on ne puisse pas prendre n’importe qui pour ça, par contre, ça va vite devenir gênant.

Et que ceux qui répondaient qu’il n’y avait pas besoin d’une branche armée aillent voir le charnier humain découvert dans le Jura, ils en reparleront ensuite. L’ancien colonel termina vite fait son thé puis reposa la tasse dans un coin, s’étirant longuement des bras et des jambes.

Fabrice – Je pense qu’on devrait mettre l’accent sur ça, avec certaines personnes. Le mental, ça se travaille, beaucoup en sont capables.
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le Jeu 25 Jan - 12:03
Fabrice – Combattre, bien sûr. Peut-être participer un peu au centre de formation pour les adultes, avec le feu, je ne suis pas encore sûr. Dans tous les cas, ce n’est pas demain la veille qu’on pourra cesser de porter les armes.

Ah ça oui, il le croyait facilement. Adrien échangea un regard avec Valentin, qui souffla avec un air fataliste. Tous les trois avaient connu l’enfer des tranchées, mais eux deux avaient été démobilisés, à la fin de la guerre, alors que Fabrice, lui, était resté dans l’armée régulière. Question stupide, oui, bien évidemment qu’il n’allait pas arrêter comme ça, pas en étant aussi impliqué. Le docteur trouvait ça plutôt triste, en un sens, ça voulait dire qu’on ne quittait jamais le cycle de mort, de violence et de guerre, pour mener une vie normale. Lui-même n’avait été mobilisé qu’en 1918, à la fin du conflit et parce qu’il y avait tant de morts sur le front qu’on ne pouvait tout simplement plus tenir les lignes. Il considérait avoir eu une chance infernale de s’en tirer vivant et sans blessures à vie, pas comme Valentin qui en gardait une jambe raide, et tant d’autres qui avaient perdu des bras, des jambes, une partie du visage… Est-ce que leurs bébés risquaient de connaître ça ? Fabrice, lui, en était convaincu, et ne voulait pas d’enfants précisément pour cette raison, parce qu’il craignait de les voir subir ce même enfer, comme lui l’avait connu. Valentin, de son côté, n’avait jamais eu d’enfants, car sa femme était morte de maladie, il y a longtemps… Il n’en parlait jamais, seule une toute petite poignée de personnes étaient au courant. Pas le genre de sujet qu’on aimait raconter.

Fabrice – Je ne sais rien faire d’autre, finalement, reprit-il plus lentement. Ça fait dix-huit ans que je suis dans l’armée, je n’ai connu que ça. Il arrive un moment, après des mois ou des années de service, en tant que soldat, que tu ne peux plus te réadapter à la vie civile sans recevoir de l’aide ou un suivi. Ça te colle à la peau, tu penses et raisonnes comme un soldat, sans cesse.

Et beaucoup mourraient comme des soldats, point appuyé par Valentin lorsqu’il lança que ce n’était pas un métier qu’on oubliait comme ça, d’un claquement de doigt. Tout à fait juste ! Adrien hocha la tête pour approuver, tout en continuant à jouer doucement avec Maxime. Son bébé était complètement fasciné par la peluche que son père lui glissait devant les yeux et le poussait à vouloir attraper, les deux yeux grands ouverts et un large sourire éclairant son visage alors qu’il tendait les bras et ses toutes petites mains. Même si la discussion était très sérieuse, Adrien ne pouvait pas s’empêcher de fondre devant la bouille si adorable de son bébé, regrettant un peu qu’ils grandissent si vite. Pourquoi ne pouvait-il pas rester encore tout petit comme ça, un moment ? Il poussait à vu d’œil, chaque jour, chaque mois, et arrivera bien vite le temps où il tentera de marcher. Où son papa lui tiendra la main pour le faire doucement tenir sur ses deux jambes et il sera parti. Maxime attrapa ensuite plus fermement son doudou et le serra contre son cœur, en baillant un peu. Il allait bientôt s’endormir. Son père s’étira longuement, en se redressant, reprenant sa propre tasse de thé entre ses mains.

Fabrice – Nous ne sommes pas assez nombreux, pour la lutte pure et dure. La lutte armée, je veux dire. Il y a du monde dans le soutien logistique, physique, économique, les transports, les communications et tout ce que l’on veut. Mais pour combattre… Je suis d’accord sur le fait qu’on ne puisse pas prendre n’importe qui pour ça, par contre, ça va vite devenir gênant.

Peut-être, mais qu’y pouvaient-ils … ? C’était Bradley, en très grande partie, qui décidait ça, et on ne pouvait pas nier qu’il avait une très grande expérience du terrain et un jugement sûr de la guerre, difficile de remettre en cause les décisions qu’il prenait sur ce sujet. Et encore aller le voir en lui disant qu’il s’y prenait mal, l’accueil serait bien épicé.

Fabrice – Je pense qu’on devrait mettre l’accent sur ça, avec certaines personnes. Le mental, ça se travaille, beaucoup en sont capables.

Adrien – Si Bradley ne l’a pas encore fait, il doit avoir une bonne raison. Par ailleurs, peut-on vraiment combattre comme il faut sans avoir une logistique puissante derrière ? Car nous sommes tous clandestins, un seul faux pas et c’est la mort. Le conflit ne débute qu’à peine, la lutte armée, pure, va se mettre en place plus lentement que le reste. Il faut d’abord des armes, former les personnes, et ainsi de suite.

Et tout cela viendra bien plus vite qu’ils ne le pensaient, sans doute. Parce qu’il n’y avait pas le choix. Il croisa le regard de valentin, plus sombre tout à coup, qui se massait un peu sa jambe raide sans rien dire. Il devait avoir peur… Comme eux tous, d’ailleurs. La peur tordait le ventre de out le monde, ils devaient la supporter, apprendre à vivre avec, ou bien abandonner…

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