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Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
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le Lun 19 Fév - 22:35
Cette fois, il fallait qu’elle y arrive, qu’elle progresse au moins un minimum dans cet entraînement. C’était ridicule de bloquer pour si peu, vraiment. Laura n’avait pas peur de la famille Nakajima mais la perspective d’être influencée autant par un élément ou la possibilité d’être blessée l’effrayait. Elle ne savait pas comment s’y prendre, comment se laisser faire, sentant qu’une barrière invisible résistait malgré elle. Son tuteur lui avait montré, pourtant ! Il lui avait tout expliqué, lui avait dit d’imaginer qu’il s’agissait d’un animal à apprivoiser, comme un cheval qui peut se braquer s’il ressent la peur ou en éprouve, jusqu’à devenir violent. C’était pareil ici… Mais Laura n’en avait pas parlé à Solène ni à Jasper, encore moins à Genji. Ni à monsieur Nakajima qui lui avait interdit de ne pas s’entraîner un seul jour à cause des conséquences que cela engendrerait. Et, à proprement parler, elle ne s’était pas « entraînée », elle était juste sortie pour essayer de ressentir le vent sans… le ressentir.

La collégienne se redressa sur son futon, soupirant. Il était encore très tôt mais elle ne cessait de se retourner dans son lit, craignant de se réveiller blessée à force de ne pas réussir à faire quoi que ce soit. Au lieu de cela, elle donnait tout pour aider les adultes de la famille à nettoyer, cuisiner, leur parlait en essayant d’apprendre quelques mots ou, plus simplement, lisait dans un coin une heure par-ci, par-là. Elle essayait de s’intégrer un minimum pour ne pas inquiéter Solène et lui montrer que tout allait bien, mais aussi et surtout pour convaincre les frères de son tuteur qu’elle ne déprimait pas. Croisant les jambes, elle ferma les yeux, assise en position indienne pour juste écouter les bruits de la maison un moment, sans rien faire d’autre. Des bruits de pas, une porte qui coulisse, des bruits d’oiseau plus loin et même l’eau dans le jardin assez grand qu’ils avaient et dans lequel elle essayait de s’entraîner une fois par jour pendant une heure… ou une demi-heure lorsque l’absence de résultats l’énervait.

Ce qui était stupide. Repensant aux paroles d’Antoine et à ses gestes pour la calmer, l’apaiser lorsqu’il le fallait, Laura regrettait amèrement qu’il ne soit pas là dans ces cas-là parce que lui la pousserait à se montrer patiente sans s’énerver aussi vite. Le vent faisait partie d’elle et elle en avait besoin pour grandir, pour devenir adulte… Oui, d’accord, très bien, mais comment devait-elle faire ?! Ne tenant déjà plus en place, la collégienne s’obligea à se reconcentrer sur les bruits environnants, fermant plus fort les yeux pour essayer d’écouter les voix des adultes qui se levaient et le souffle de ceux qui dormaient encore. Le bruit du bois, du vent, le froissement des feuilles ou du tissu, la matière qu’elle touchait ou ressentait. Tout ce qui lui permettait de ne pas quitter sa chambre trop tôt. Quelle heure était-il, au juste ? Bonne question… Elle était encore un peu dépaysée et perdue avec le décalage horaire, ne s’habituant pas à l’heure du lever et du coucher du soleil, essayant de garder l’heure de la France en tête pour pouvoir donner des nouvelles et, surtout, en prendre d’Antoine lorsqu’elle en avait la permission.

Laura * Bon, debout, ça ne sert à rien de rester au lit pour être assise.

Laura se leva doucement pour ne pas faire de bruit, enfilant le genre de robe de chambre que lui avait prêté la mère de Genji et dont elle avait – encore – oublié le nom. Elle avait essayé de retenir plein de mots mais… Trop d’un coup, ce qui faisait qu’elle s’était dispersée et confondait les différents noms. Cela ressemblait beaucoup aux kimonos que leur demandait de porter leurs professeurs d’arts martiaux mais dans une autre forme et une autre couleur, plus confortable aussi et plus long. Le refermant sur elle, le serrant à la taille avec une petite ceinture, par-dessus son pyjama, Laura s’attacha les cheveux avec un élastique qu’elle gardait autour du poignet et se frotta le visage avant de sortir très lentement de la chambre. Elle faillit partir dans la mauvaise direction mais se ravisa à la dernière seconde, allant vers la cuisine où elle croisa… le père de Genji. De tous ceux qui vivaient ici, il était le seul qu’elle croisait le matin. D’ailleurs, personne d’autre n’était là ou, alors, ils étaient déjà partis. Ou… Ou il était vraiment aussi tôt que cela ?

Laura – Bonjour, dit-elle poliment. Je… Je ne pensais pas qu’il était aussi tôt, je suis désolée de vous déranger.

Père de Genji – Oh, bonjour Laura. Ne t’inquiète pas pour cela, je me suis levé très tôt aujourd’hui mais tu ne me déranges pas. Tu as besoin de quelque chose ?

Laura – Non… Non, merci. Je vais aller m’entraîner un peu dans le jardin, comme il est tôt.

Laura fit un maigre sourire à monsieur Nakajima puis se dirigea vers la porte arrière de la maison pour aller dans le jardin où elle serait toute seule, au moins. Il fallait qu’elle essaie, vraiment, qu’elle y arrive. Et, pour une fois, s’entraîner sérieusement ! Elle referma la porte derrière elle, sentant un courant d’air frais s’engouffrer dans la pièce et la faisant frissonner du même coup. Elle resserra un peu ses vêtements sur elle, n’ayant pas prévu la température qu’il ferait dehors, puis s’éloigna un peu de la porte de la maison en essayant de ressentir. L’adolescente se mit debout dans le jardin, jetant un regard autour d’elle sans bouger quelques secondes pour écouter et observer. Puisque simplement fermer les yeux et attendre ne fonctionnait pas, peut-être cette technique-ci donnerait-elle plus de résultats…

Laura – Bon, concentre-toi, ce n’est pas si compliqué. Il faut juste oser ! Repense à ce qu’il t’a dit…

Laura se remémora les paroles de son tuteur, observant les feuilles remuer sous l’effet du vent, l’écoutant siffler dans les arbres, remarquant qu’il agitait même très légèrement l’eau dans le jardin. Ou, non, en fait, cela n’avait rien à voir, c’était juste un poisson. Se concentrer. Comment avait-il fait… ? Se laisser envahir, l’accepter et le laisser nous apprivoiser. Puis, seulement, au fur et à mesure, dans un an au minimum, Laura pourrait utiliser son don, même un petit peu. Alors que, pour l’instant, ce n’était que de petits courants d’air sans importance – qui lui semblaient incroyablement puissants lorsqu’elle cherchait à les éviter. Elle s’assit à même le sol dans l’herbe un peu mouillée, les brins collant à sa main à cause du léger givre posé dessus, focalisant son attention sur sa respiration puis sur le souffle du vent pour essayer de le laisser l’envahir. Objectivement, elle dut tenir… dix minutes dans cette position avant de se lever, impatiente, pour tenter la même chose en étant debout. Encore dix minutes, peut-être vingt, mais quelque chose bloquait.

Laura – Le ressentir, le ressentir, mais c’est impossible !, lâcha-t-elle, impatiente, en donnant un coup de pied dans un caillou tout près d’elle.

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le Mar 20 Fév - 21:34
PNJ Eisen Nakajima

Les bébés étaient sources de toutes les inspirations, de tous les changements, de toutes les joies et de toutes les peurs. Ils avaient cette faculté incroyable de chasser votre chagrin lorsque vous les teniez dans vos bras et que cette main minuscule venait se refermer sur le doigt que vous veniez de glisser contre elle. Ce matin-là, alors que l’aube se levait avec beaucoup de peine, une personne qui serait entrée dans cette petite chambre aurait pu croire qu’on y avait livré une bataille cette nuit. Le futon était repoussé dans un coin, la couverture en boule, le berceau était lui aussi un peu tassé, il y avait pas mal de papiers à traîner et on pouvait voir quelques bouteilles d’alcool vides dépasser d’un sac à moitié renversé, près de la porte. Eisen était assis dos contre le mur, par terre, les yeux encore rouges et un peu bouffis, son fils de quatre mois, Momiji, blotti dans ses bras et profondément endormi. Il le berçait depuis une bonne heure, après qu’il se soit réveillé à cause de sa couche remplie, incapable de le remettre dans son berceau pour le moment. La nuit avait été longue, très longue, bien trop longue, et Eisen avait l’impression d’être une loque. Il ne travaillait pas, aujourd’hui, et c’était tant mieux, il aurait probablement été bon à rien.

Les derniers certificats et papiers administratifs reçus avant-hier gisaient dans le désordre à côté de lui. Tampons officiels, mots bien ficelés, tournures de phrases si pompeuses, signatures des parties, c’était maintenant parfaitement officiel, il était divorcé. Son ex-femme avait plié ses bagages il y a à peine un mois pour retourner chez ses parents, le laissant derrière avec leur fils. Ses anciens beaux-parents lui avaient déjà retrouvé un homme à épouser, « respectable celui-à », paraît-il… Un homme qui ne possède pas d’éléments, personne de sa famille n’en ayant non plus, et qui n’allait donc jamais la déshonorer ni transmettre cette tare à leur descendance. Alors oui, Eisen était rentré très tard, il avait un peu bu, un peu… Beaucoup. Et ils ‘était effondré comme une merde, tout habillé, dans son lit, avant que les pleurs de son bébé ne le réveille enfin cette nuit et qu’il se bouge. C’était Kimi, la femme de Munemori, qui s’était occupé de Momiji hier soir et qui avait demandé à le reprendre ce matin. Pourtant, elle aussi avait accouché il y a peu, s’occuper de deux bébés, en plus de ses deux enfants plus âgés… Il n’avait même pas eu la volonté de lui dire non, qu’il n’allait pas lui imposer ce travail en plus et qu’il était capable de s’occuper de son propre fils.

Ce matin-là, il se sentait enfin plus résolu. Il pouvait s’occuper de son enfant, ce n’était pas aux autres de le faire, il devait juste… Se secouer. Se reprendre. Tout allait bien, la terre n’avait pas cessé de tourner et il y avait bien plus grave dans la vie qu’un divorce et un abandon. Il remit enfin son bébé dans le berceau et arrangea rapidement la pièce, avant d’aller se passer la tête sous l’eau. Il avait encore du temps avant que le petit ne se réveille, autant en profiter pour se secouer un bon coup. Se laver l’aida déjà bien à se remettre les idées en place, même si ça n’effaçait pas les traces de fatigue, ça enlevait au moins les traces de larmes. Les cheveux encore un peu humides, il enfila un petit manteau par-dessus sa tenue puis s’arrêta en voyant, par la fenêtre, la petite Laura assise dans l’herbe, dans le jardin de derrière. Elle allait attraper la crève, sans rien pour se couvrir, à une saison pareille. Il prit une petite couverture dans un placard puis sortit et alla la rejoindre, au moment où se levait d’un bond. Une bestiole l’avait piquée ?

Laura – Le ressentir, le ressentir, mais c’est impossible !

Eisen – De quoi est-ce que tu parles ? demanda-t-il en s’approchant d’elle. Tiens, mets ça, tu vas attraper la mort.

Il déplia la couverture et la lui mit sur ses épaules, à la manière d’une cape, les pans tombant jusqu’à sa taille mais ça devait déjà plus la couvrir. Il s’efforçait de lui sourire, en mode « Tout va bien, ne vous en faites pas », autant parce qu’il ne voulait pas garder le coeur trop lourd que parce qu’il ne voulait pas angoisser les autres. Ce n’est qu’à ce moment qu’il comprit ce qu’elle faisait, il l’avait déjà entendu parler une fois de ça, son second élément. Les fameux entraînements, oui.

Eisen – Donc, hum… Laura, c’est ça ? Tu veux t’entraîner ? Tu sais, essayer dans le vide, ça frustre plus qu’autre chose. C’est plus simple avec des « exercices » précis. Tu n’as jamais vu quelqu’un travailler avec le vent ?

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le Mer 21 Fév - 22:42
Voix – De quoi est-ce que tu parles ? demanda-t-il en s’approchant d’elle. Tiens, mets ça, tu vas attraper la mort.

Laura avait légèrement sursauté, ne s’attendant pas à ce que quelqu’un la surprenne ici et maintenant alors que tout le monde dormait. En tournant la tête, elle reconnut le frère dont son tuteur lui avait parlé pour s’entraîner, celui qu’elle avait déjà repéré mais à qui elle n’avait pas osé parler – surtout concernant le vent. Il avait l’air… épuisé, fatigué, les yeux très légèrement rouges aussi, même s’il lui souriait. C’était vraiment lui… ? Mais il n’avait pas l’air au mieux de sa forme. Elle le remercia avec un temps de retard, un peu perturbée, lorsqu’il posa la couverture sur ses épaules, réalisant qu’elle frissonnait depuis tout à l’heure mais que ce n’était pas à cause de son don, pour une fois. Se frottant un peu les bras, sous la couverture, elle la resserra un peu autour d’elle sans rien dire, gardant un goût amer dans la bouche de son échec cuisant avec la tentative de s’entraîner avec le vent. Elle ne savait pas comment s’y prendre, n’en avait aucune idée et n’osait pas le demander platement. Ce n’était pas son genre pourtant, clairement pas, mais pour le vent… C’était plus difficile, il demandait beaucoup plus d’implication, pouvait l’influencer à la longue contrairement à l’eau.

Eisen – Donc, hum… Laura, c’est ça ? Tu veux t’entraîner ? Tu sais, essayer dans le vide, ça frustre plus qu’autre chose. C’est plus simple avec des « exercices » précis. Tu n’as jamais vu quelqu’un travailler avec le vent ?

Laura – Non…, avoua-t-elle. Enfin, j’ai vu certains élèves au Pensionnat et j’ai parlé avec votre frère, c’est lui qui m’a conseillé de vous parler mais je… Je n’ai pas vraiment essayé de m’entraîner jusqu’à aujourd’hui. Et je ne voulais pas vous déranger alors que je n’o… Que je n’y arrivais pas vraiment.

Son ton était plus bas, sur la fin de sa phrase, teinté de culpabilité parce qu’elle savait qu’elle aurait dû s’entraîner réellement plus tôt ou au moins demander de l’aide à Eisen qui maniait justement le vent. Elle avait repoussé les choses inutilement mais ne voulait pas que son tuteur soit au courant de ce léger retard alors qu’elle s’y mettait, maintenant, l’inquiéter pour si peu était stupide. Surtout avec la soirée du vingt-quatre qui s’annonçait décisive et peut-être très longue pour lui, selon le message que la Résistance comptait diffuser… Tâchant de se reconcentrer, se giflant mentalement, elle repensa aux exercices précis qu’avait évoqué Eisen, ne comprenant pas ce qu’il voulait dire. Son don était naissant, elle ne pouvait rien faire sinon se familiariser avec lui, l’apprivoiser comme monsieur Nakajima le lui avait dit et, pour cela, elle devait le ressentir tous les jours. Mais elle n’arrivait à rien.

Laura – Monsieur Nakajima m’a dit que si je ne m’entraînais pas tous les jours, mon don pouvait finir par me blesser et qu’il sortirait par lui-même. Et que je devais le ressentir, comme un animal à apprivoiser, même en sortant simplement pour sentir le vent. J’essaie depuis que je suis arrivée, un peu, mais ce n’est que du vent, cela ne change rien et c’est si… différent de l’eau que je ne sais pas comment m’y prendre. Pour l’instant, les seules fois où mon don sort, c’est quand j’ai une émotion forte et j’ai toujours l’impression que c’est fort alors que non. Et quand j’essaie de le faire sortir, ça ne fait rien. Si c’est la concentration qui fait défaut, autant dire que je ne pourrai jamais manier ce don, tous mes professeurs me le reprochent en temps normal.

Eisen – Non, au début, la concentration... Ce qu'il faut, ce sont les émotions vives, fortes, l'enthousiasme, la vivacité. L'agitation, en résumé. Dévaler une colline couverte de neige en luge en criant un bon coup, par exemple, ressentir la vitesse... Le vent ne peut pas être confiné.

Eisen avait souri faiblement avant de répondre, Laura ayant relevé la tête vers lui pour lui parler et voir ses réactions. Les émotions vives, l’enthousiasme, l’agitation… D’accord, elle voyait ce que voulait dire son tuteur par « ressentir » mais jamais elle n’aurait cru que cela impliquerait toutes ces activités. Ils ne pouvaient pas faire tout ça tous les jours, tout le temps… Ce serait épuisant à la longue, les élémentaires de vent n’étaient pas fatigués à la fin de chaque journée lorsque leur don naissait. Si ? Et puis, c’était faible, peut-être pouvait-elle faire moins pour ne pas être totalement lessivée. Elle se sentait très bien, jusqu’à présent, alors qu’elle ne s’était pas entraînée depuis son arrivée au Japon. Elle n’allait pas se blesser pour si peu, son tuteur lui avait peut-être dit le contraire pour l’effrayer. Sauf que ce n’était pas son genre, monsieur Nakajima ne mentait pas, surtout alors qu’il leur répétait encore et encore de toujours dire la vérité. La preuve était qu’il ne lui avait pas menti lorsqu’ils avaient parlé ensemble, au presbytère. Laura resta silencieuse un moment, partagée entre la peur de se blesser, de ne pas respecter ce qu’avait dit son professeur, et entre l’implication qu’exigeait ce nouveau don.

Laura – Il faut faire ça tous les jours ? Mais c'est impossible… Il peut vraiment blesser gravement, même s'il est faible ? Ce n'est que le début…

Eisen – Je n'en sais rien, pour un second don, je ne suis pas prof. Pas au même point que pour nous, à mon avis, surtout au début. Tu veux t'exercer toute seule ?

Toute seule… ? Laura allait accepter pour ne pas le déranger, une petite voix lui hurlait de dire qu’elle préférait s’entraîner seule pour être tranquille. Mais elle savait, intérieurement, qu’elle ne s’entraînerait pas réellement si elle restait seule. Elle n’oserait pas… Même si monsieur Nakajima l’avait rassurée par rapport à ce deuxième don, le risque de blessure et l’obligation de vite accrocher le don à soi la refroidissait considérablement. Elle hésita donc un long moment, restant silencieuse en regardant Eisen puis le jardin, l’eau, les pierres, tout ce qui pouvait retenir son regard et lui donner un peu de temps avant de répondre. La collégienne ouvrit la bouche, légèrement, sur le point de répondre, mais se ravisa en tournant la tête vers le jardin. Elle ne pouvait pas dire, tout bêtement, que s’entraîner l’effrayait un peu… Ou si ? Tous les frères de son professeur ne pouvaient pas être aussi proches que cela de lui, il n’avait pas souvent évoqué le prénom « Eisen » depuis qu’elle était chez lui. Donc… Pourquoi pas ? Si… S’il pouvait l’aider à s’entraîner, lui montrer comment s’y prendre et réussir à faire quelque chose…

Laura – Est-ce que... Est-ce que vous pourriez me montrer comment faire ou m'aider pour ça ? J'ai... Je n'ose pas m'entraîner. J'ai peur. Si... Si vous avez le temps.

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le Lun 26 Mar - 12:12
Laura – Non…, avoua-t-elle. Enfin, j’ai vu certains élèves au Pensionnat et j’ai parlé avec votre frère, c’est lui qui m’a conseillé de vous parler mais je… Je n’ai pas vraiment essayé de m’entraîner jusqu’à aujourd’hui. Et je ne voulais pas vous déranger alors que je n’o… Que je n’y arrivais pas vraiment.

Son frère… Lequel ? Et pourquoi lui parler à lui, en plus ? Il n’était pas enseignant pour les élémentaires, à ce qu’il sache. Il n’avait même jamais donné le moindre cours à qui que ce soit, ses connaissances se limitaient à ce qu’il avait travaillé lui-même et à ses observations, rien de plus. Pour un don naissant, ça suffisait peut-être, c’était peut-être pour ça. Oh, et puis peu importe le pourquoi, tout le monde s’en fichait. Il se frotta un peu les yeux en regardant au loin, le vent léger soulever les quelques feuilles et secouer les arbres. Se secouer, oui, c’était ça qu’il devait faire, lui aussi. Ne pas se laisser aller. Les yeux fermés, un petit moment, il continuait à se masser la tempe, tiraillé entre l’envie de tout laisser tomber pour de bon, définitivement, et l’envie de bouger, de tout envoyer balader complètement, de refaire sa vie entièrement, ailleurs, loin… Il ignorait encore laquelle des deux envies était la plus forte, mais ça, c’était parce qu’il n’avait pas encore les idées très claires. Le divorce officiel hier matin, apprendre que son ex-femme l’avait déjà remplacé pour un autre homme l’après-midi, le notaire lui balançant qu’elle ne demandait même pas à revoir leur fils régulièrement, bien au contraire, puis une partie de la nuit à boire… Eisen avait franchement du mal à relativiser, à se dire qu’il y avait bien pire.

Laura – Monsieur Nakajima m’a dit que si je ne m’entraînais pas tous les jours, mon don pouvait finir par me blesser et qu’il sortirait par lui-même. Et que je devais le ressentir, comme un animal à apprivoiser, même en sortant simplement pour sentir le vent. J’essaie depuis que je suis arrivée, un peu, mais ce n’est que du vent, cela ne change rien et c’est si… différent de l’eau que je ne sais pas comment m’y prendre. Pour l’instant, les seules fois où mon don sort, c’est quand j’ai une émotion forte et j’ai toujours l’impression que c’est fort alors que non. Et quand j’essaie de le faire sortir, ça ne fait rien. Si c’est la concentration qui fait défaut, autant dire que je ne pourrai jamais manier ce don, tous mes professeurs me le reprochent en temps normal.

Eisen – Non, au début, la concentration... Ce qu'il faut, ce sont les émotions vives, fortes, l'enthousiasme, la vivacité. L'agitation, en résumé. Dévaler une colline couverte de neige en luge en criant un bon coup, par exemple, ressentir la vitesse... Le vent ne peut pas être confiné.

Un sourire las et triste avait effleuré ses lèvres avant de disparaître, l’instant suivant. Principe intégré, ça oui, même s’il avait du mal à accepter de suivre ses instincts, accepter… Accepter qui il était, somme toute. Accepter d’enfin écouter ces besoins qu’il ne cessait d’étouffer et laisser libre cours à un élément dont il considérait qu’il lui gâchait la vie. Oui, il ne fallait pas penser comme ça, oui, un don faisait parti de soi, oui, on ne pouvait pas le jeter, oui, il était censé le savoir, etc. Dans tous les cas, il se demandait bien pourquoi ce serait vers lui que la petite aurait pu être envoyée pour commencer à jouer avec ce pouvoir… Il était tout sauf vif, agité et prêt à se servir de son élément, ses frères le savaient, il n’agissait qu’en cas d’urgence ou lorsqu’il n’avait pas le choix. A moins qu’ils n’aient juste pensé à lui pour expliquer deux ou trois principes de base, comment ça fonctionnait en gros, et voilà, rien de plus.

Laura – Il faut faire ça tous les jours ? Mais c'est impossible… Il peut vraiment blesser gravement, même s'il est faible ? Ce n'est que le début…

Eisen – Je n'en sais rien, pour un second don, je ne suis pas prof. Pas au même point que pour nous, à mon avis, surtout au début. Tu veux t'exercer toute seule ?

Laura – Est-ce que... Est-ce que vous pourriez me montrer comment faire ou m'aider pour ça ? J'ai... Je n'ose pas m'entraîner. J'ai peur. Si... Si vous avez le temps.

Il lui avait fallait presque cinq minutes entières avant de nouveau ouvrir la bouche, un temps assez long à poireauter comme ça dehors dans le froid et dans le silence pour agacer Eisen. C’était si compliqué de dire oui, non ou merde ? Il avait pourtant une très grande patience, les dernières années le prouvaient, mais justement, cette patience avait été très bien usée et il en était parvenu à un point où il ne supportait plus du tout ces longs moments de silence que les gens plaçaient partout en cours de conversation. De nouveau, le tiraillement, l’envie de hurler, celle de se laisser aller et tout laisser tomber. La petite Française n’y était pour rien, dans tout ça, et ça n’avait aucune importance, Eisen en voulait à la terre entière, en ce moment. Il s’efforça néanmoins de lui adresser un vrai sourire et lui dit de venir avec lui, il allait déjà lui montrer ses vieilles fiches d’exercices, qu’un professeur lui avait donné quand son don était né. Après tout, il fallait bien commencer quelque part.

Sa chambre devait être la seule pièce de la maison à être dans un bordel affalant, Eisen ne prit pourtant pas la peine de lancer à Laura de ne pas y prêter attention. Momiji était toujours profondément endormi dans son couffin, son petit poing contre sa bouche et sa peluche serrée contre lui, les paupières frémissant parfois sous l’impulsion de ses lèvres. Quant au reste de la chambre… Le futon et la couvertures étaient roulés dans un coin, contre le mur, près d’un paquet de vêtements sales en vrac dans un petit panier. Les papiers de divorce, qu’il n’avait toujours pas rangé, étaient étalés ci et là, le sac avec les bouteilles d’alcool vides traînait à côté de la porte. Le jeune mère s’agenouilla près de la petite commode dans le coin près de la fenêtre et fouilla dedans, en disant à Laura qu’elle pouvait s’asseoir si elle voulait. Près du berceau, il y avait de la place, sans qu’on ait à écraser des papiers ou il ne savait quoi. De toute façon, elle ne pouvait pas les lire, tout était fait en Japonais.

Eisen – La concentration, au final, ne sert que si on veut vraiment utiliser des techniques particulières. Si c’est juste pour jouer avec et ne pas chercher à le développer, au cours de sa vie, pas besoin de concentration. La majorité des personnes ne font que ça, s’en servir pour s’amuser ou s’aider dans des situations par ci par là et rien de plus. Et ceux qui apprenant à utiliser le vent pour de bon font souvent parti d’une armée. Un peu comme les élémentaires foudre. Les élémentaires vent et foudre s’entendent souvent très bien, j’avoue que je n’ai jamais saisi pourquoi.

Enfin, il avait vaguement compris que c’était une question de ressemblances dans le caractère et surtout dans la façon de fonctionner de leurs éléments, une façon très commune, mais il n’avait pas creusé le sujet plus loin que ça. Il ne connaissait de toute manière aucun élémentaire foudre d’un niveau avancé, dont il aurait pu s’amuser à décrypter le comportement, histoire de comparer. Une fois les fiches dénichées, rassemblées dans une enveloppe en papier kraft, il la tendit à Laura, en ajoutant qu’elle pourra la garder ensuite, si elle voulait.

Eisen – Tu verras vite qu’avec le vent, on est rarement fatigué, lorsqu’on se bouge tous les jours. Bon, pas au début, mais ça vient vite, le temps qu’il grandisse un peu. De quoi as-tu peur, au juste, qu’il te blesse ? Il ne faut pas tomber dans la psychose non plus, ce n’est pas le feu ni la foudre.

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le Sam 21 Avr - 23:10
Après tout, cela ne coûtait rien d’essayer… Il valait mieux tenter que de rien faire du tout et de se blesser, que son tuteur découvre après qu’elle ne l’avait pas écouté ni tenu ses promesses alors qu’il était déjà déçu. Depuis qu’elle s’était fait prendre lamentablement lors de son escapade nocturne chez le prof de maths, Laura ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle avait franchi une limite, surtout avec les réactions de monsieur Nakajima. Alors, forcément, la tentation de sortir ou de ne pas écouter lui rappelait toujours ce moment horrible à sa mémoire… Raison pour laquelle elle suivit sagement Eisen lorsqu’il lui sourit en lui disant de venir avec lui, il allait lui montrer des fiches d’exercices données par un professeur à la naissance de son don. Il allait vraiment lui montrer ces fiches ? Oh, merci ! La collégienne le remercia avant de le suivre simplement, rentrant dans la maison et grimpant les escaliers. Tout était encore très calme… Au bout de combien de temps Eisen était-il venu la retrouver dans le jardin, au juste ? Elle n’avait même pas fait attention, resserrant la couverture sur ses épaules pour ne pas la faire tomber ni la laisser traîner au sol, bien qu’elle ne soit pas très grande.

En arrivant devant la porte que Laura devina être la chambre d’Eisen, elle marqua un léger temps d’arrêt, hésitant toujours un peu avant d’entrer dans la chambre d’un adulte. Surtout ici… Bon, sauf lorsque sa curiosité était trop poussée ou qu’elle ne réalisait pas tout de suite qu’il s’agissait d’une chambre, mais c’était un détail. Une fois entrée, par contre, le choc l’empêcha de dire quoi que ce soit tant ce qu’elle avait sous les yeux ne ressemblait pas du tout au reste de la maison. Juste à côté de la porte, elle manqua de buter contre un sac duquel dépassaient des goulots de bouteille aux inscriptions qu’elle ne comprenait pas. Mais l’odeur, elle, était reconnaissable entre mille. De l’alcool. Qu’est-ce que… ? Ayant l’impression d’avoir regardé à un endroit où il ne fallait pas, Laura détourna la tête pour constater que l’ensemble de la chambre était dans un désordre incroyable. Enfin, non, ce n’était pas si désordonné que cela par rapport à certaines chambres chez eux, mais là était ce qui soulevait le choc. Ils n’étaient pas chez eux mais au Japon où ordre et discipline règnent en maître. Il y avait des papiers que Laura ne pouvait pas lire non plus, çà et là, et qu’elle n’aurait de toute manière pas lu si elle avait pu par simple question de respect. Quant au futon et à la couverture, sans oublier le linge sale, c’était… à l’image du reste de la chambre.

Sans l’alcool, l’adolescente ne se serait pas spécialement interrogé, même si Genji était tout de même très ordonné par rapport à eux, elle aurait simplement considéré qu’il était plus désordonné que les autres membres de la famille. Mais là, ces bouteilles… Il se passait quelque chose et il avait peut-être passé une très mauvaise semaine, ce qui expliquait son air si fatigué, épuisé. Ce n’est qu’au moment où il lui dit qu’elle pouvait s’asseoir que Laura se décida à bouger, le regardant fouiller dans une petite commode près de la fenêtre, agenouillé. Elle parcourut la pièce du regard, cherchant un endroit où s’installer sans marcher sur quoi que ce soit dans le cas où les papiers ou objets posés par terre étaient importants. Après un court instant, elle opta pour une petite place près du berceau du petit… de… du bébé dont elle avait oublié le prénom, paisiblement endormi et adorable, comme ça. Elle l’observa un long moment, un petit sourire aux lèvres, cette image contrastant horriblement avec l’état de la chambre. Cela lui rappelait un peu l’état de monsieur de Sora, en fait… Mais elle ne fit aucune remarque, ne touchant pas non plus le petit pour ne pas le réveiller, posant ses mains sur ses genoux pliés.

Eisen – La concentration, au final, ne sert que si on veut vraiment utiliser des techniques particulières. Si c’est juste pour jouer avec et ne pas chercher à le développer, au cours de sa vie, pas besoin de concentration. La majorité des personnes ne font que ça, s’en servir pour s’amuser ou s’aider dans des situations par ci par là et rien de plus. Et ceux qui apprenant à utiliser le vent pour de bon font souvent parti d’une armée. Un peu comme les élémentaires foudre. Les élémentaires vent et foudre s’entendent souvent très bien, j’avoue que je n’ai jamais saisi pourquoi.

Pour le coup, Laura ne put s’empêcher de comparer ici la directrice et le sous-directeur tant ils représentaient un exemple flagrant de cette théorie. Pourtant, il est vrai qu’imaginer Eisen dans pareille situation, d’après ce qu’elle ressentait en le voyant depuis son arrivée, était… bizarre. Comme s’il était un « faux élémentaire du vent » ou quelque chose comme ça. Sans être méchante ! Mais il paraissait si calme, si maître de lui. Il n’était, d’ailleurs, pas parti de la maison familiale… Et il semblait être le seul à posséder le vent dans la maison. Fronçant un peu les sourcils en songeant à cela, Laura prit automatiquement ce que lui tendait Eisen avant de réaliser ce dont il s’agissait. Se tirant de ses pensées, elle découvrit une enveloppe en papier kraft contenant les fiches dont il lui avait parlé quelques minutes plus tôt. Et qui étaient, pour la plupart, compréhensibles puisque composées de schémas et non de lignes manuscrites – ce qui soulagea Laura. Alors qu’elle l’ouvrait sans retirer les fiches dans un premier temps, il ajouta qu’elle pourrait les garder par la suite, si elle le voulait, lui faisant écarquiller les yeux. Pardon… ? Mais et lui ? Il n’en avait plus besoin ? Pas pour lui, évidemment, mais ses enfants si jamais eux avaient un don – ce qui était très probable – plus tard ? Non, non, certainement pas, elle ne pouvait les garder. Elle le remercia malgré tout, touchée qu’il soit prêt à lui laisser des fiches qui lui avaient tant servies par le passé.

Eisen – Tu verras vite qu’avec le vent, on est rarement fatigué, lorsqu’on se bouge tous les jours. Bon, pas au début, mais ça vient vite, le temps qu’il grandisse un peu. De quoi as-tu peur, au juste, qu’il te blesse ? Il ne faut pas tomber dans la psychose non plus, ce n’est pas le feu ni la foudre.

Laura – Non, je sais, mais c’est juste que… C’est votre frère qui m’a dit que je risquais d’être blessée si je ne m’entraînais pas, si je délaissais le vent, que ça ne pouvait pas attendre deux semaines. Il a failli avoir le bras cassé net à cause de son don, en l’ayant laissé de côté, et j’avoue que cette simple idée ne me rassure pas beaucoup…

Laura ajouta, très vite, qu’elle savait que ce ne serait pas de la même intensité pour elle comme ce n’était qu’un second don. Mais cette possibilité l’effrayait, elle n’était pas habituée à avoir un don capable de la blesser. Pour elle, le don ne pouvait s’en prendre à son possesseur, tout simplement, parce qu’il en faisait justement partie et qu’on ne pouvait s’en séparer, ce qu’elle expliqua aussi à Eisen même s’il devait déjà savoir tout cela. C’était plus en guise de justification pour montrer qu’elle n’était pas paranoïaque mais seulement un peu perdue… C’était nouveau, tout cela. Son tuteur lui avait dit que les dons défensifs et offensifs ne fonctionnaient pas de la même manière et n’avaient pas non plus les mêmes influences ou conséquences sur leur porteur, ce qu’elle commençait tout doucement à comprendre. Mais très lentement. Et puis, en dehors de ce petit détail, elle avait fait une promesse…

Laura – J’ai… J’ai aussi promis à monsieur Nakajima de m’entraîner et de me tenir tranquille ici, avoua-t-elle en regardant Eisen. Je n’ai pas été la plus sage des élèves, jusqu’ici, et je ne veux pas le décevoir si j’ai trop tardé à m’entraîner. Mais, avec vos fiches, je suppose que ce sera plus facile…

Laura jeta un œil aux dites fiches, une question lui brûlant les lèvres tandis qu’elle en parcourait quelques-unes rapidement des yeux. Par chance, il y avait des croquis représentant divers mouvements sur certaines d’entre elles mais d’autres possédaient des annotations en japonais qu’elle ne pouvait lire seule. Et elle ne voulait pas écrire dessus, elle comptait bien les rendre à Eisen à la fin de leurs vacances. Après tout, elles lui appartenaient et il en aura forcément besoin un jour. Mais… Tous ces exercices, toutes ces fiches, serait-elle capable de les mettre en application aussi tôt ? Son don était naissant et le frère de son tuteur lui avait dit qu’il fallait sortir, dévaler des collines, et ce genre d’activités pour commencer. Sauf qu’elle se voyait mal demander ça à Genji alors qu’il était en fauteuil roulant, qu’Océane et Jasper n’allaient pas sortir avec elle à chaque fois et, qu’en plus, ils ne connaissaient pas l’endroit. Peut-être pourrait-il… ? Laura releva la tête vers Eisen, une petite moue aux lèvres, hésitant. Il travaillait, forcément, mais peut-être aurait-il une petite heure à lui accorder pour le premier entraînement ? Même si ce n’était que lui montrer deux ou trois fiches, et le genre d’activité aussi. Pour ne pas qu’elle sorte toute seule.

Laura – Est-ce que vous seriez d’accord de me montrer quelques fiches comme je ne comprends pas certaines annotations ? Ou peut-être simplement m’accompagner à un endroit où je pourrais sentir le vent. Je ne connais pas du tout le coin et Genji est bloqué, on comptait faire des sorties ensemble, à quatre, avant… C’est pour éviter de sortir toute seule au début, et comme vous avez dû le faire aussi, vous connaissez peut-être quelques coins tranquilles. Je vous promets de faire tout ce que vous direz. Si vous êtes d’accord et que vous avez du temps, je ne souhaite pas vous déranger.

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le Ven 15 Juin - 21:16
Laura – Non, je sais, mais c’est juste que… C’est votre frère qui m’a dit que je risquais d’être blessée si je ne m’entraînais pas, si je délaissais le vent, que ça ne pouvait pas attendre deux semaines. Il a failli avoir le bras cassé net à cause de son don, en l’ayant laissé de côté, et j’avoue que cette simple idée ne me rassure pas beaucoup…

Ouais, il y avait des blessures, ça arrivait, même il y avait moins de risques quand c’était un deuxième don. La petite le savait déjà, en plus, car elle l’ajouta aussitôt d’un ton beaucoup plus rapide. Oui, oui, du calme… Il s’assit plus confortablement, le dos contre le mur, avec un vague signe de main pour lui dire de ne pas non plus angoisser juste pour ça. Don ou pas don, c’était un monde de merde rempli de problèmes, dont on n’arrivait jamais à se débarrasser définitivement. Il était fatigué… Et s’en voulait de cette fatigue, de cet état, alors que lui était pourtant chez lui en parfaite sécurité, avec sa famille, que rien ne le menaçait, qu’il n’y avait aucune guerre prête à leur tomber dessus avec violence. La honte et la culpabilité se mêlaient à la peine et à une déprime montante qu’il refusait encore d’admettre. Il écouta vaguement Laura ajouter que pour elle, un don ne pouvait pas s’en prendre à son porteur, puisqu’il en faisait parti. Ouais, pour l’eau, la terre et la glace, c’était ça, c’est vrai. Il suffisait juste de différencier les deux natures, défensif et offensif, et bien garder en tête que les règles changeaient. Pas énormément mais bon… Les élémentaires feu pouvaient-ils être sujets à la dépression ? Et si oui, longtemps ou non ?

Laura – J’ai… J’ai aussi promis à monsieur Nakajima de m’entraîner et de me tenir tranquille ici, avoua-t-elle en regardant Eisen. Je n’ai pas été la plus sage des élèves, jusqu’ici, et je ne veux pas le décevoir si j’ai trop tardé à m’entraîner. Mais, avec vos fiches, je suppose que ce sera plus facile…

Eisen – Mmh.

Ouvrir la bouche et articuler une phrase cohérente était pour l’instant au-dessus de ses forces. Son ventre gargouilla légèrement, au même instant, et il réalisa qu’il n’avait plus rien mangé depuis hier matin. Durant la pause de midi, au travail, il s’était contenté de boire un peau d’eau. Puis hier soir, il avait tout bu sauf de l’eau afin de s’effondrer dans son futon. Depuis son réveil cette nuit à quatre heures du matin, il s’était occupé de Momiji puis était resté là sans rien faire, avant de sortir et trouver Laura. Se contenter d’alcool n’était pas le plan idéal… Il appuya sa tête contre le mur de derrière avec un long soupir, pendant que sa nouvelle et jeune nièce parcourait les fiches du regard. Pas la plus sage des élèves, hein… Comme si ça améliorait les choses d’être sage ! Tous ses frères et sœurs étaient tous si sages, si sérieux, si forts de convictions, de principes et d’un sens moral aigu, il en venait même à se demander s’il n’avait pas été adopté. Sans la ressemblance physique indéniable avec certains membres de sa fratrie, la question se serait lourdement posée. Trop de preuves que non, il était bien né dans cette famille. Peut-être était-ce juste son cerveau qui ne fonctionnait pas comme ceux des autres.

Laura – Est-ce que vous seriez d’accord de me montrer quelques fiches comme je ne comprends pas certaines annotations ? Ou peut-être simplement m’accompagner à un endroit où je pourrais sentir le vent. Je ne connais pas du tout le coin et Genji est bloqué, on comptait faire des sorties ensemble, à quatre, avant… C’est pour éviter de sortir toute seule au début, et comme vous avez dû le faire aussi, vous connaissez peut-être quelques coins tranquilles. Je vous promets de faire tout ce que vous direz. Si vous êtes d’accord et que vous avez du temps, je ne souhaite pas vous déranger.

Eisen – Heu, ouais, pourquoi pas.

Difficile de parler sur un ton encore plus blasé que ça, quoi que… Non, pas la peine d’essayer. Il fit un effort pour se redresser mais ne se secoua finalement pour de bon que lorsque que Momiji rouvrit les yeux, dans son berceau, et sourit très largement à Laura juste à côté avec un grand « Gah ! » en tendant ses poings minuscules vers elle. Ce petit était réglé comme une horloge, il était sept heures du matin, très exactement, et il voulait son biberon. Au moins ne pleurait-il pas aussitôt pour le réclamer, comme conscient que son sourire et ses gestes décousus de la main suffisaient à clamer « J’ai faim ! » au reste du monde. Eisen alla le prendre avec délicatesse dans ses bras puis dit à Laura de venir, le suivre dans la cuisine, pour qu’ils voient comment organiser ça, pour le vent. En entrant dans la cuisine, il salua d’un ton maigre Josuke qui s’y trouvait, à lire il ne savait quoi avec son thé, puis prépara le biberon pour Momiji. Depuis quelques jours, il avait une nette tendance à ne presque plus adresser la parole aux membres de sa propre famille, dans cette maison… Il n’avait juste pas envie de faire semblant de sourire en mode tout va bien, bien sûr, depuis son divorce, et encore moins envie d’en parler ou se confier.

Une fois le biberon de son fils prêt, il alla plutôt s’asseoir avec Laura dans le salon. Installé en tailleur, son fils calé dans le creux de ses bras, il lui glissa avec douceur la tétine dans la bouche, attendre en le voyant téter aussitôt avec appétit. C’était un bel enfant… Un petit garçon de trois mois e excellente santé, aux yeux vifs et plus fins que ceux de son père, déjà de grands cils comme les avait eu sa mère, des cheveux noirs très fins sur la tête, encore en faible quantité. Il bougeait parfois les pieds quand il buvait, caché dans on pyjama bleu ciel avec un lapin dessus. Pour lui, Eisen devait se ressaisir… Cet enfant avait été abandonné par sa mère, il ne pouvait pas perdre son père en plus, ce serait trop cruel. Il fit donc un effort pour au moins sourire à son bébé, lui faire sentir qu’il l’aimait et le protégera toujours. Au bout d’un moment, il releva le regard vers Laura et lui qu’il pourra lui montrer quelques coins, si elle voulait, étant donné qu’il était en congés à partir de ce matin, pour la nouvelle année. Il soupçonnait son patron de l’avoir cru malade ou déprimé, d’ailleurs, d’après ce qu’il lui avait dit la veille. Son Français restait avec un accent solide mais tout de même compréhensible, il ne l’avait plus pratiqué depuis très longtemps.

Eisen – On va avoir du temps, ce matin, je dois simplement m’occuper du petit et lui faire prendre son bain, avant de le changer pour sortir. A moins que tu ne préfères rester ici ?

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le Sam 28 Juil - 19:44
Eisen – Heu, ouais, pourquoi pas.

Laura fit une petite moue, qu’Eisen ne vit sans doute pas étant donné son état actuel. Pourquoi son tuteur l’avait-il envoyée vers lui, au juste… ? S’il était aussi déprimé, cela ne pouvait pas être le cas que depuis une semaine ou deux, impossible. Donc il le savait forcément. De toute manière, il sait tout avant tout le monde, alors à partir de là… Et l’envoyer vers Eisen qui n’était pas bien était une mauvaise idée. Laura ne faisait que le déranger avec ses questions et ses propres préoccupations là où lui déprimait au plus haut point. Elle pouvait peut-être s’adresser à quelqu’un d’autre ? Solène connaissait un peu l’endroit mais, enceinte, elle n’irait peut-être pas bien loin. Jasper accepterait sûrement de l’accompagner, tout comme Océane, mais elle ne pourrait pas s’entraîner vraiment à côté d’eux. Si ? Laissant son regard se promener sur les fiches, Laura les observa toutes une à une jusqu’à ce que le petit se réveille, lui souriant et faisant bouger Eisen, l’incitant à relever le regard. Attendrie, elle lui rendit son sourire au moment où son nouvel oncle le prenait doucement dans ses bras en lançant à Laura de venir. Ils allaient organiser les sorties et entraînements dans la cuisine. D’accord…

Quittant la chambre d’Eisen, elle le suivit jusqu’à la cuisine dans laquelle le père de Genji était occupé à lire quelque chose. Il n’avait pas quitté la pièce depuis qu’elle était descendue, que pouvait-il bien trouver à faire ici… ? Soit, ce n’étaient pas ses affaires. Lui adressant un sourire poli, gênée par l’ambiance plus tendue régnant dans la pièce depuis qu’ils étaient arrivés sans qu’elle n’en sache la raison, Laura patienta près de la porte sans rien faire, mal à l’aise, observant Eisen préparer le biberon de son bébé. Le petit ne pleurait même pas, c’était incroyable… Pourtant, un bébé qui a faim, ça pleure, non ? Celui-ci était étonnamment calme, comme si l’atmosphère assez cotonneuse de cette maison l’apaisait d’elle-même. Comme s’il était complètement indifférent aux tensions et innocent face à tout ce qui l’entourait. Ce qui n’était pas très éloigné de la réalité, en fin de compte… Il ne devait rien comprendre, pas aussi jeune, ne gardera peut-être même aucun souvenir de sa mère. Elle ignorait ce qui s’était passé mais Laura avait bien remarqué son absence et n’avait, bien entendu, rien demandé. C’était récent, vu l’âge du bébé… Peut-être était-ce la raison de l’état de son nouvel oncle ?

Ce n’est qu’à cet instant qu’elle se rappela la couverture, toujours posée sur ses épaules, qu’elle n’avait même pas pris la peine de retirer en rentrant dans la maison. Elle avait vraiment froid, dehors, et ne l’avait pas ressenti sur le moment tant elle était concentrée sur autre chose. C’était aussi un élément que Jasper soulevait souvent, avec elle, sa tendance à trop se focaliser sur un détail jusqu’à en oublier le plus élémentaire. Ici, se réchauffer pour ne pas tomber malade… Ôtant la couverture, elle la replia et demanda au père de Genji où la ranger, le tirant de sa lecture. Il lui indiqua un placard dans le couloir avant la cuisine avec un sourire, comme s’il essayait de vraiment faire des efforts pour que Jasper l’apprécie un tant soit peu. Avant, avec leur tuteur, il était plus… moins… plus distant, moins aimable. Ou c’était une impression ? Peu importe. Allant ranger la couverture à sa place, dans un petit placard en bois assez près de la cuisine, elle revint au moment où Eisen se redressait également, le biberon à la main, pour aller s’asseoir dans le salon. Si ce n’était pas une preuve de tension avec son frère… Il y avait assez de places à la cuisine. Mais ne rien dire.

Assis en tailleur, elle l’observa discrètement s’occuper de son enfant, silencieuse et attendrie, remarquant une lueur différente de celle de ce matin dans le regard. C’était le petit qui allait le tirer de tout ça… Il l’obligeait à s’activer, à ne plus boire, un peu comme monsieur de Sora avec son bébé. Depuis qu’il l’avait, Laura l’avait très rarement vu saoul. Enfin, surtout depuis qu’il était davantage impliqué dans la Résistance, pour être honnête, mais le bébé l’avait sûrement aidé. Beaucoup. Tous ces éléments l’avaient obligé à se reprendre et à devenir quelqu’un de plus… fréquentable. Même s’il l’était déjà avant ! Mais là, il était vraiment infirmier, crédible et maître de toutes ses connaissances. Oui, bon… Une moue aux lèvres, qu’Eisen ne vit pas comme concentré sur son bébé, Laura se jura de ne jamais dire tout cela à voix haute. Même si c’était vrai, elle avait comme l’impression que ses explications étaient un peu bancales. Quoi qu’il en soit, elles justifiaient la ressemblance entre Eisen et l’infirmier. L’activité les obligeait à se reprendre, ils avaient un but. Monsieur de Sora avait son fils et la Résistance et Eisen avait son fils et… Oh. D’accord. Elle comprenait, d’un coup. C’était pour ça que son tuteur l’avait envoyée vers son frère… Cela changeait tout. Elle pouvait l’aider, à sa manière, la peur de s’entraîner dissipée soudainement même si elle allait revenir en un clin d’œil sitôt qu’elle devrait le faire. Au même instant, Eisen releva la tête, comme s’il avait entendu ses pensées, et lui dit qu’il pourrait lui montrer quelques coins si elle le voulait, étant donné ses congés pour le Nouvel An.

Eisen – On va avoir du temps, ce matin, je dois simplement m’occuper du petit et lui faire prendre son bain, avant de le changer pour sortir. A moins que tu ne préfères rester ici ?

Laura – Oh, non, sortir serait parfait. Comme ça, j’aurais déjà vu quelques endroits avant et ne devrai plus vous déranger pour savoir… Je me changerai et mangerai quelque chose pendant ce temps-là mais j’aimerais vraiment sortir pour voir le coin, au moins un peu.

Ce qui était vrai, même s’il y avait aussi la volonté de l’occuper plus, tout à coup. S’ils restaient ici, elle n’était pas sûre de l’aider vraiment, si tel était bel et bien la volonté de son tuteur en la conseillant de trouver Eisen. Alors, mieux valait sortir. Et puis, elle n’avait pas pu visiter le coin, pas vraiment. Du moins, pas très loin, pas les endroits verts et tranquilles dont Genji lui avait parlé encore et encore lorsqu’elle lui avait demandé de lui décrire le Japon. Il en connaissait tellement ! A force de fuguer… Elle resta encore un peu avec Eisen, le temps qu’il termine de donner le biberon à son fils, Momiji comme elle l’entendit le prononcer une fois tout bas, s’efforçant de faire la discussion au moins un peu avec lui pour le dérider un minimum. Ce n’était pas gagné… Lorsqu’il eut terminé, elle monta pour se changer et laver en vitesse, pas encore habituée au système japonais, enfilant une tenue confortable et passe-partout qui n’attirerait pas l’œil sur elle comme « Européenne », ayant demandé conseils à Océane. Enfin, pas plus. Même si c’était difficile. Couleurs sobres, tenue quotidienne et cheveux attachés pour ne pas être dérangée… Ça devrait être bon, non ?

Rejoignant à nouveau la cuisine, elle salua les nouveaux arrivants poliment et s’installa à son tour, à côté, notant l’absence d’Eisen qui s’occupait de Momiji au moment où la pièce était plus remplie. Mangeant rapidement pour ne pas trop traîner, elle échangea quelques paroles avec Océane sur l’état de Genji et les plans pour lui remonter le moral, comme il était coincé dans sa chambre la plupart du temps, notant toutes leurs idées dans un coin de sa tête pour les écrire plus tard sur un petit carnet de notes. Peut-être pourront-elles le conduire et le sortir de là, avant de retourner en France, non ? Lui faire prendre l’air, voir les paysages japonais qu’il aimait tant après ce qu’il avait vécu en Europe… Même si ce pays était évocateur de très mauvais souvenirs, il devait lui manquer, comme ses sœurs et sa famille. Après une liste de quelques moyens pour lui remonter le moral, elle aida à débarrasser la table puis rejoignit Eisen devant la maison, prête à partir.

Laura – Où allons-nous ? J’ai pris les fiches avec moi pour les mémoriser assez vite et vous les rendre avant de rentrer en France. Mais… Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas ? Si vous aviez d’autres projets pour la journée… Je sais que le Nouvel An est très important, au Japon, et que tout le monde participe à sa préparation.

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le Lun 19 Nov - 7:35
Laura – Oh, non, sortir serait parfait. Comme ça, j’aurais déjà vu quelques endroits avant et ne devrai plus vous déranger pour savoir… Je me changerai et mangerai quelque chose pendant ce temps-là mais j’aimerais vraiment sortir pour voir le coin, au moins un peu.

Voir le coin, oui… Il avait tendance à oublier que c’était plus important, d’un point de vue étranger, quand on arrivait ainsi dans des endroits bien différents. Il se contenta de hocher la tête, se concentrant ensuite surtout sur on bébé, pendant qu’il tétait, lui essuyant au coin de la bouche une perle de lait qui avait débordé. Il avait trois mois, maintenant, un petit garçon solide, qui ignorait encore qu’il n’avait plus de maman. Les femmes de la maison étaient de bon conseil, ses sœurs aussi, mais tout ça ne remplaçait pas la présence d’une véritable mère. Il discuta un peu avec sa nouvelle et jeune nièce tout en nourrissant son bébé, s’interrompant parfois pour dire bonjour du bout des lèvres à ceux qui se levaient à leur tour et débutaient leur journée. Ce n’est pas qu’il n’aimait pas sa famille, il n’était simplement pas… très à l’aise, en ce moment. En ce moment était un terme bien faible, il y avait quand même de longues semaines que ça durait, des années entières… Conserver les apparences, toujours, et peu à peu, à l’intérieur, se laisser aller, perdre le goût des choses, oublier certains rêves et espoirs. Par manque d’envie et de volonté. Par bonheur, son fils, lui, était plus éveillé et souriant. Il battait des pieds pendant que son père le lavait puis le changeait, le préparant pour sortir alors qu’il faisait bien froid. Il l’installa dans un petit porte-bébé, accroché devant lui, pour avoir les mains libres, retrouvant sa nièce ensuite devant la maison.

Laura – Où allons-nous ? J’ai pris les fiches avec moi pour les mémoriser assez vite et vous les rendre avant de rentrer en France. Mais… Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas ? Si vous aviez d’autres projets pour la journée… Je sais que le Nouvel An est très important, au Japon, et que tout le monde participe à sa préparation.

Eisen – Non, je n’avais pas spécialement de projet. Tu pourras emporter les fiches, si tu veux, plus personne ne s’en sert, ici.

Il posa une main contre le dos de son bébé, le massant un peu pour l’apaiser, amusé en le sentant battre des pieds et remuer un peu dans le porte-bébé, pour regarder ce qui se passait autour de lui. Eisen fit passer Laura devant lui, au grand portail du domaine, puis referma avec soin derrière lui avant de l’entraîner sur les chemins, dans les collines. Un léger vent piquant et froid les accueillit, il ne baissait jamais, dans le coin, soufflant en permanence sans jamais stopper, fort ou non. Le village avait beau se développer peu à peu, les collines, elles, restaient immuables, comme si le progrès ne pouvait pas les atteindre. Les chemins sillonnaient de longs bois, des demeures comme la leur venaient à leurs détours, parfois elles aussi entourées de hauts murs, parfois beaucoup plus accessibles. Eisen s’arrêtait parfois pour saluer l’un ou l’autre, sur la route ou en les voyant près de chez eux, on donnait quelques brefs nouvelles, puis chacun filait de son côté. Au moins les gens du coin ou voisins dévisageaient moins, maintenant, les « petits Français ». Ils savaient qu’ils étaient là, s’étaient habitués, plus besoin de poser des questions.

En chemin, le jeune homme ne parlait pas beaucoup, son Français était parfois hésitant et il complétait avec un ou deux mots d’anglais, lorsqu’il le pouvait. Ça, c’était la faute à ne jamais le pratiquer, pas comme s’il en avait souvent l’occasion non plus. Il devrait plus s’y mettre, pour parler plus facilement à ce bout de famille du bout du monde, pourtant. Il fit grimper Laura par un chemin plus escarpé, sur les hauteurs, mettant une main contre son bébé et serrant celle de Laura avec l’autre dans les passages un peu plus difficiles, lui étant plus à l’aise grâce à la force de l’habitude. Après quelques minutes à grimper, ils arrivèrent au sommet, sur une clairière plus dégagée et qui offrait une vue imprenable sur le village, la vallée. On voyait aussi la maison familiale, en contrebas. Le brouillard du matin n’était pas encore entièrement levé mais la vue valait le coup d’œil. Ici, le vent était beaucoup plus fort, sec et froid.

Eisen – Kimmitsu et Himako venaient ici pour s’entraîner en cachette, plus jeunes. Le vent ne s’y arrête jamais.Au début, ce n’est que ça, le ressentir, l’écouter. Un enfant comprend d’abord un élément en l’observant. Tu as déjà rêvé à ce que tu voulais en faire ensuite ?

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le Sam 12 Jan - 21:59
Eisen – Non, je n’avais pas spécialement de projet. Tu pourras emporter les fiches, si tu veux, plus personne ne s’en sert, ici.

Oh… Merci. Mais il en était vraiment sûr ? Laura ne voulait vraiment pas les lui prendre, surtout qu’il avait un enfant. Si ce bébé développait un don, il aurait besoin de cours, de conseils, de fiches… Et puis, lui les comprendrait mieux qu’elle étant donné son absence de connaissances du japonais. Elle voulut le dire, insister, mais Eisen s’occupait de son bébé, l’apaisant et lui caressant le dos avec un air beaucoup plus doux, moins torturé que tout à l’heure. Elle ignorait ce qu’il avait… Mais c’était grave. Surtout s’il buvait à ce point, surtout avec ce manque de discipline visible dans sa chambre. Chez elle, et puis chez Jasper aussi, ce n’était pas choquant. Mais chez Eisen, un Japonais, ayant évolué dans le même contexte que leur tuteur… Ce n’étaient pas ses affaires, elle le savait, mais il n’avait absolument rien dissimulé de son état. La preuve, il l’avait faite entrer dans sa chambre sans se soucier le moins du monde des bouteilles traînant çà et là dans la pièce.

Laura se secoua un peu, sortant devant Eisen qui l’avait fait passer devant lui, passant par le grand portail qui déterminait la fin du domaine Nakajima. Il referma derrière eux, ouvrant ensuite la marche sans que la collégienne ne parle pour l’instant, prenant une petite bouffée d’air frais. Dans le jardin, elle n’avait pas froid… Mais ici, avec son manteau, le vent soufflant et moins de murs ou d’arbres pour les entourer, elle sentait le froid et les températures très basses. Malgré le froid, il faisait très beau, comme un matin d’hiver, et le simple fait de voir l’extérieur reboostait comme jamais. Il n’y avait pas ce sentiment d’oppression comme à chaque coin de rue, en France, et Laura comprenait bien mieux, tout d’un coup, le souhait de leur père adoptif de les envoyer au Japon durant deux semaines. C’était agréable. Elle découvrait de nouveaux paysages et Eisen avait peut-être un esprit plus torturé, mais il était aussi plus calme que Munemori. En tout cas, il ne disait pas grand-chose, se contentant de marcher sur les chemins sillonnant les collines et les bois du coin. En un sens, c’était comme si la nature avait gardé la mainmise sur le village et que l’Homme n’y avait pas touché. Tout le contraire de la France et des villages qu’elle avait vus jusqu’ici…

Laura restait légèrement en retrait lorsqu’Eisen tombait sur quelqu’un qu’il connaissait, par respect même si elle ne comprenait pas ce qu’ils se disaient lorsqu’ils parlaient en japonais. Certains, ayant déjà vu la Française plusieurs fois depuis leur arrivée au Japon, essayaient de parler français ou anglais pour qu’elle ne se sente pas à l’écart. Dans ces cas-là, elle les remerciait d’un grand sourire et échangeait l’un ou l’autre mot avec eux à son tour, contente de pouvoir participer. C’était ce qui lui manquait le plus de la France : comprendre les gens, pouvoir leur parler sans problème, tout écouter et saisir au vol. Enfin, cela avait ses points positifs et négatifs… D’un côté, elle n’était plus assaillie par mille informations à la minute. D’un autre, elle se sentait un peu isolée mais était également plus apaisée. Oh, sans doute était-elle mise de côté pour les sujets d’adultes, mais elle se surprenait à apprécier cette idée. Un peu d’air, ce n’était pas plus mal.

Et puis, ce village était très petit ! Munemori avait beau le qualifier de « ville », pour elle, ce n’était pas le cas, ils connaissaient tout le monde et furent bientôt engagés sur des chemins plus escarpés et réclamant tout son souffle à Laura qui était, pourtant, une adolescente sportive. Rapidement, Eisen lui prit la main après l’avoir vue peiner à grimper à un endroit, ralentir voire faire un léger pas en arrière à un autre, avançant beaucoup plus lentement. Lui était en pleine forme… Comment faisait-il ? Il était plus vieux, pourtant ! Après quelques minutes, heureusement, ils arrivèrent à ce qui devait être le sommet – Laura le comprit car Eisen lui lâcha la main et le chemin arrêtait de monter pour devenir plus plat, légèrement. Une fois son souffle repris, la collégienne ouvrit grand les yeux en contemplant le village entier et les alentours qui s’étendaient sous ses yeux. Ils étaient si haut que ça… ? Elle ne l’avait même pas remarqué ! Mais le vent soufflait bien plus fort, était plus froid et sec, plus puissant aussi, ce qui expliquait la difficulté à grimper cette « colline ». Elle n’y avait pas fait attention sur le moment, mais maintenant qu’ils étaient en haut… Et elle ne regrettait absolument rien. C’était magnifique. Epuré, grand, sobre des technologies humaines comme à Paris. Ils pouvaient regarder au hasard et tomber sur de petits coins déserts sans problème.

Eisen – Kimmitsu et Himako venaient ici pour s’entraîner en cachette, plus jeunes. Le vent ne s’y arrête jamais.Au début, ce n’est que ça, le ressentir, l’écouter. Un enfant comprend d’abord un élément en l’observant. Tu as déjà rêvé à ce que tu voulais en faire ensuite ?

Hein, ils venaient se cacher ici ? Mais… Laura fronça les sourcils, ouvrant la bouche sans rien dire dans un premier temps, choquée. Ils s’entraînaient vraiment ici ? C’était à partir de là que tout s’était déclenché ? L’adolescente posa le regard sur la maison qu’ils pouvaient voir un peu plus bas avant de fermer brièvement les yeux, sentant bien plus fort le vent contre elle et dans ses cheveux tout à coup. Parfois, une bourrasque la faisait même légèrement bouger tant elle était forte, Laura n’étant pas bien grande ni grosse. Ressentir le vent… C’était nettement plus clair, tout d’un coup. Elle avait la même sensation qu’avec son tuteur, dans le presbytère, lorsqu’il avait utilisé son don pour lui faire comprendre l’obligation de le faire sortir tous les jours. Ici aussi, elle le ressentait, et rien ne pouvait être contrôlé. Il semblait puissant et incontrôlable. Voire dangereux lorsqu’elle voyait à quel point les feuilles s’agitaient, tombaient. Son tuteur et Himako étaient vraiment venus ici, avaient vu tout ça ? C’était par là qu’ils avaient commencé ? Mais l’observer… Il n’y a rien à observer. C’était du vent. Elle comprenait l’idée, oui, mais en quoi cela devait-il l’aider ? Et Eisen lui demandait ce qu’elle voulait en faire ensuite…

Laura – Je ne sais pas…, avoua-t-elle presque honteusement. Je n’ai en tête que le côté destructeur, je ne vois pas vraiment à quoi peut servir ce don. Il n’est même pas passif comme les autres, on le ressent encore plus en étant ici, à cet endroit précis. Je comprends sa puissance et qu’on soit obligé de l’écouter, de l’utiliser, surtout maintenant. Mais…

En dehors de l’aviation, l’armée ou la destruction pure et dure, à quoi se destinaient les personnes possédant l’élément vent ? Laura posa sa question à voix haute, ajoutant que son père adoptif avait opté pour l’enseignement pour terminer par la défense des plus faibles. Tout comme tous leurs professeurs au Pensionnat possédant le même élément, ou le feu et la foudre. Evidemment, le côté de l’aviation était tentant, surtout avec cet élément, mais ce n’était pas possible et ce n’était qu’une idée qu’elle avait eue comme ça. Lorsqu’on dit « vent », on pense d’office à voler. C’est normal, logique, presque banal. Surtout pour elle, vu que Genji avait déjà montré ce qu’on pouvait faire avec cet élément lorsqu’ils étaient entrés dans le Pensionnat à la rentrée sans vraiment y avoir été invités. Plus bas, elle vit une mère et ses enfants traverser le chemin pour rejoindre leur maison ou le lieu de travail, elle n’en savait rien, la mère tenant ses enfants par la main. Presqu’immédiatement, elle pensa alors à Himako. Qu’elle n’avait jamais vue, mais elle avait déjà entendu son prénom plusieurs fois dans la maison.

Laura – Dans quoi travaille Himako ? Si elle a l’élément vent et qu’elle n’est pas dans la maison, je suppose qu’elle a le même caractère que notre tuteur… Vers quel domaine s’est-elle orientée ? On peut vraiment utiliser le vent d’une autre manière ? Pour être honnête, j’ignore ce que je dois « observer »…

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le Mer 23 Jan - 7:18
Le bruit était presque infernal, avec les bourrasques agitant les sapins et filant au-dessus de leurs têtes, avec les courants s’entrechoquant entre eux et provoquant des sifflements stridents, comme annonçant la fin du monde. Et pourtant, Eisen avait toujours beaucoup aimé cet endroit, même s’il l’avait découvert très tard. Un bout de nature très sauvage que sa grande sœur lui avait montré, il y a trois ans à peine, en lui avouant où elle partait « se balader », très tôt le matin, voire parfois la nuit, avec son grand frère avant qu’il ne parte. Bien sûr, jamais leur père n’avait été au courant, il ne l’aurait pas toléré, surtout en comprenant que Kimmitsu « corrompait » sa petite sœur avec cet élément infect. D’ailleurs, personne à la maison n’en avait jamais rie su, pour ces entraînements en secret. Ni leurs parents, ni leurs autres frères et sœurs, personnes. Officiellement, quand on les voyant sortir, c’était pour marcher un peu près de la maison prendre l’air et se vider la tête, ou bien pour aller faire une course rapide au village. Même aujourd’hui, tout le monde ignorait le secret de cet endroit. Les deux principaux concernés étant partis, il ne « servait plus à rien » d’en parler à leur place. C’était du passé, comme tout le reste.

Laura – Je ne sais pas…, avoua-t-elle presque honteusement. Je n’ai en tête que le côté destructeur, je ne vois pas vraiment à quoi peut servir ce don. Il n’est même pas passif comme les autres, on le ressent encore plus en étant ici, à cet endroit précis. Je comprends sa puissance et qu’on soit obligé de l’écouter, de l’utiliser, surtout maintenant. Mais…

Mais c’était encore compliqué de répondre à ça quand on avait quatorze, quoi que ça dépendait aussi des personnes. Au même âge, Kimmitsu commençait à comprendre qu’il devra quitter son pays natal, autrement dit, qu’il allait devoir remettre en question sa vie toute entière, un avenir déjà pourtant tout tracé, et ce pour un très grand voyage vers l’inconnu, dont il ne pouvait avoir la moindre idée de la manière dont ça allait se dérouler. Serait-il parti, s’il avait su qu’il y aura la guerre ? Peut-être… Pour vivre tout de même selon ses principes et valeurs. Il haussa un peu les épaules quand Laura s’interrogea sur les métiers les plus pratiqués par les dépositaires de cet élément, tout en protégeant un peu mieux son fils contre le froid, avec son bonnet et la couverture qu’il tenait autour de lui, dans son harnais. On ne pouvait pas dire qu’il y avait des métiers dédiés, ce qui changeait, c’était la façon de penser et surtout celle de vivre. Les élémentaires vents, plus encore ceux qui étaient nés avec au lieu de le développer plus tard, ne laissaient personne leur dicter quoi faire, se défendaient plus et défendaient les autres, c’était presque systématiquement comme ça. Évidemment, ce n’était pas une règle universelle, mais ça revenait souvent.

Laura – Dans quoi travaille Himako ? Si elle a l’élément vent et qu’elle n’est pas dans la maison, je suppose qu’elle a le même caractère que notre tuteur… Vers quel domaine s’est-elle orientée ? On peut vraiment utiliser le vent d’une autre manière ? Pour être honnête, j’ignore ce que je dois « observer »…

Eisen – Il n’y a pas de métier « dédié », ça dépend de chacun, ce qui ressent, c’est le comportement dans certaines situations. Himako est femme au foyer, elle donne parfois quelques cours aux jeunes élémentaires, sinon, elle s’occupe du travail de la maison. En caractère, elle est… beaucoup plus emportée et agressive, parfois, que notre frère, même si elle a tenu un peu plus longtemps à la maison. Colérique, emportée, rebelle…

Très colérique, oui, il ne l’avait pas vraiment réalisé avant et l’avait compris avec un peu plus de recul, lorsqu’elle avait claqué la porte de la maison il y a un bout de temps, maintenant. Plus jeune, elle s’était frottée plus d’une fois à leur père, qui lui n’avait pas eu la même réaction emportée qu’avec Kimmitsu car c’était une fille et aussi parce qu’il était alors déjà plus affaibli. Après sa mort, c’était avec leur mère que la tension était montée, puis avec Josuke, et enfin avec l’ensemble de la famille. La toute jeune femme n’avait certainement pas la langue dans sa poche et le faisait savoir, si quelque chose lui déplaisait. Avec leur statut social, fréquenter en cachette un homme et avoir des relations sexuelles avant le mariage n’était pas tolérable. Elle l’avait pourtant fait, était tombée enceinte avant d’être mariée, puis avait quitté la maison. Il secoua un peu la tête en pensant à ça, regrettant un peu de ne pas avoir que le quart du caractère de sa grande sœur, les choses auraient été plus simples. Il s‘assit sur un gros tronc d’arbre renversé, invitant Laura à faire de même.

Eisen – Personne à la maison ne sait que Himako et Kimmitsu venaient ici. Moi-même, je ne l’ai su qu’il n’y a deux ou trois ans. Kimmitsu a toujours gardé un certain contrôle de lui-même, sauf les derniers temps avant qu’il ne soit mis à la porte. Himako, elle… Après le départ de notre frère, elle s’est enflammée, le point de rupture est venue très vite. Elle avait compris pourquoi notre frère était vraiment parti et était bien la seule, quand j’y pense, mais ça provoqué… une sorte de déclic, chez elle. Une révolte, on peut le dire. Je lui rends visite, de temps en temps. Elle ne veut plus voir personne d’autre, dans la famille. Elle s’est mariée avec son amant, qu’elle fréquentait en secret depuis ses seize ans, et a eu une fille.

Enfin bon, des soucis comme ça, il y en avait un peu partout, que pouvait-on y faire ? C’était la nature humaine. Il posa une main sur l’épaule de Laura et lui dit de fermer les yeux, juste ça, dans un premier temps. Sentir le vent contre son visage, écouter le son produit quand il frappait les branches, les feuilles et la terre, quand il s’entrechoquait dans le ciel avec d’autres courants aussi forts. Une fois parfaitement détendu, une fois la garde totalement baissée, on pouvait sentir notre propre pouvoir y répondre comme un écho. L’envie de suivre ce mouvement, y participer, l’envie de s’envoler.

Eisen – Tu voudrais que je te présente Himako, pendant les vacances ?

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le Jeu 7 Mar - 23:34
Eisen – Il n’y a pas de métier « dédié », ça dépend de chacun, ce qui ressent, c’est le comportement dans certaines situations. Himako est femme au foyer, elle donne parfois quelques cours aux jeunes élémentaires, sinon, elle s’occupe du travail de la maison. En caractère, elle est… beaucoup plus emportée et agressive, parfois, que notre frère, même si elle a tenu un peu plus longtemps à la maison. Colérique, emportée, rebelle…

Laura tourna la tête vers Eisen, n’osant rien dire comme il semblait perdu dans ses pensées. Elle n’arrivait pas à imaginer la vie que devait être la leur, une vie où l’on cache sans cesse son don, un don aussi puissant que celui de Jasper. Leur enfance avait été difficile, oui, mais jamais leur don n’avait été brimé, refoulé. Au contraire. Autant, pour la collégienne, cela n’aurait rien changé… Mais pour son frère ? Réprimant un frisson, elle lança un regard à son nouvel oncle qui secoua tout d’un coup la tête, sans rien dire, comme s’il essayait de chasser un mauvais souvenir. Elle fronça alors les sourcils tout en le regardant s’asseoir sur un gros tronc d’arbre couché sur le sol, s’asseyant à son tour lorsqu’il l’invita à faire de même. Si Himako avait un tempérament aussi fort, comment faisait-elle pour être mère au foyer sans que cela n’entre en conflit avec son propre caractère ? Enfin, leur tuteur était tout à fait capable d’enseigner aux élèves et était incroyablement patient avec eux, donc ce n’était pas incompatible, finalement. A moins d’avoir un tempérament vraiment trop fort, trop poussé que pour composer avec une vie saine.

Eisen – Personne à la maison ne sait que Himako et Kimmitsu venaient ici. Moi-même, je ne l’ai su qu’il n’y a deux ou trois ans. Kimmitsu a toujours gardé un certain contrôle de lui-même, sauf les derniers temps avant qu’il ne soit mis à la porte. Himako, elle… Après le départ de notre frère, elle s’est enflammée, le point de rupture est venu très vite. Elle avait compris pourquoi notre frère était vraiment parti et était bien la seule, quand j’y pense, mais ça provoqué… une sorte de déclic, chez elle. Une révolte, on peut le dire. Je lui rends visite, de temps en temps. Elle ne veut plus voir personne d’autre, dans la famille. Elle s’est mariée avec son amant, qu’elle fréquentait en secret depuis ses seize ans, et a eu une fille.

Oh… Heu… Quoi ? Elle avait un amant, était enceinte, et le connaissait depuis ses seize ans ? Laura entrouvrit légèrement la bouche, choquée, s’imaginant dans cette situation, à sa place, dans la famille qu’elle avait. Autant dans la famille Nakajima que dans la leur, cette position aurait été horrible et pointée du doigt à chaque instant, à la moindre occasion qui se serait présentée. Jamais la collégienne n’aurait osé faire une telle chose, se pliant bien trop à la volonté de leurs parents malgré elle. Sans Jasper, d’ailleurs, elle ne serait pas comme cela aujourd’hui… Son caractère aurait été totalement différent, aucun doute là-dessus. Himako, par contre, avait tout assumé et avait pris la décision de suivre son cœur, peu importe ce qu’en pensait sa famille, et ne semblait pas affectée par ce changement. Enfin, de ce qu’en disait Eisen en tout cas.

Son nouvel oncle lui posa soudain une main sur l’épaule, la tirant de ses pensées par ce geste, lui disant de fermer les yeux, simplement, dans un premier temps. Heu… Maintenant, tout de suite ? D’accord… Laura tâcha de l’écouter, essayant de ressentir le vent contre ses joues, dans ses cheveux, sans s’agiter pendant quelques secondes. Elle se tut, ne bougeant plus tandis que le vent se faisait entendre entre les feuilles et les branches des arbres proches. Au sol, elle le sentait s’infiltrer dans ses vêtements en enveloppant ses jambes, ses pieds… C’était la même sensation qu’avec son tuteur, mais de manière plus large, plus importante. Au bout d’un moment passé à écouter et ressentir, Laura parvint même à… se détendre. Elle avait dû plisser les yeux, les fermer plus fort à plusieurs reprises pour rester concentrée au début, mais après… Elle s’était laissée aller, tâchant de se détendre.

Eisen – Tu voudrais que je te présente Himako, pendant les vacances ?

Laura – Himako ? Heu... Oui, je veux bien. Mais elle n'apprécie pas votre famille, je doute qu'elle souhaite me voir, et on risque de la déranger, non ? Même si j'avoue que j'ignore comment elle a fait pour... tenir tête à ce point. Et on pourrait vraiment y aller, si elle est en froid avec... les autres ?

Eisen – Elle est juste en colère contre notre frère, c'est tout. Mais nous, elle ne dira rien. Tu viens ?

Hein, maintenant ? Laura fut prise de court mais se secoua, se relevant pour suivre Eisen qui ouvrait la marche. Mais ils ne pouvaient pas ! Et puis, elle était sûrement occupée, non ? Il était tôt, dans la journée… Et si les autres leur disaient quelque chose ? La collégienne voulut faire la remarque mais se retint à la dernière seconde, réalisant qu’Eisen se moquait très probablement de l’avis du reste de la famille. Après tout, ils étaient sortis, elle était avec un adulte responsable – enfin, normalement, elle ne risquait rien avec lui… - qui connaissait les environs et le chemin pour aller jusque chez Himako. D’ailleurs, il y allait aussi souvent que ça, lui ? Ses frères ne disaient rien de ses absences répétées, si la famille était aussi importante que cela au Japon ? Laura fit une moue, réfléchissant à sa question, hésitant à la poser tandis qu’ils marchaient. Elle observait les rues, le paysage, le village encore calme pour elle. C’était reposant, en fin de compte.

Laura – Vos frères ne vous disent rien sur vos absences pour aller voir Himako ? De ce que j’ai cru comprendre, chacun passe tout de même beaucoup de temps à la maison. Sauf si le rythme est différent, d’habitude, et que cela change parce que ce sont les vacances.

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le Lun 18 Mar - 13:14
Laura – Himako ? Heu... Oui, je veux bien. Mais elle n'apprécie pas votre famille, je doute qu'elle souhaite me voir, et on risque de la déranger, non ? Même si j'avoue que j'ignore comment elle a fait pour... tenir tête à ce point. Et on pourrait vraiment y aller, si elle est en froid avec... les autres ?

Eisen – Elle est juste en colère contre notre frère, c'est tout. Mais nous, elle ne dira rien. Tu viens ?

Leur sœur n’avait rien contre son frère parti en France, ni contre lui-même, pas plus qu’elle ne pourrait en vouloir aux enfants adoptifs de Kimmitsu ou à sa femme, c’était tellement évident ! Non, elle en voulait à ses parents, elle en voulait à Josuke pour n’avoir rien changé à la maison après la mort de leur père, pour n’avoir rien vu quand lui-même allait de moins en moins bien, tout comme Genji d’ailleurs, elle lui en voulait de ne pas avoir su l’écouter et encore moins comprendre ce qui arrivait aux membres de sa propre famille. Elle en voulait à ses autres frères et sœurs de ne pas avoir compris ou accepté ses propres choix de vie, elle en voulait au système imposé, à un carcan qui l’avait étouffée trop longtemps et qu’elle ne supportait plus. Tout le monde avait des réactions très différentes, en se trouvant au bord du gouffre… Kimmitsu avait choisi de sauter et de franchir une nouvelle étape, tout comme Himako qui avait suivi sa propre voie en oubliant ce qu’il y avait derrière. Alors que lui et Genji avaient sombré tout au fond, purement et simplement. S’en sortir, après ça, était tout aussi long que douloureux.

Oui, leur aîné avait commencé à changer, récemment, mais… ça n’effaçait pas tout le reste et Himako était rancunière. Quant à lui, il ne se sentait pas aussi proche d’eux qu’il devrait l’être. La différence d’âge et de mentalité était si grande… En quittant le long chemin pour descendre du flanc de la colline, il prit un autre sentier plus à l’écart du village, pour le contourner. Sa sœur vivait plus loin, en-dehors, aucun risque de la croiser par hasard en sortant se promener. En un sens, il l’enviait, elle au moins avait trouvé sa liberté et ce qui la rendait heureuse, même sans quitter son pays. Il devrait être capable de l’imiter, mais pour ça, il lui faudrait plus de courage. Plus de volonté, aussi. Cette force mentale qu’avaient Himako et Kimmitsu, il ne la possédait pas, se laissant plutôt porter par les événements sans plus réagir que ça. Là encore, c’était avant tout une question de personnalité.

Laura – Vos frères ne vous disent rien sur vos absences pour aller voir Himako ? De ce que j’ai cru comprendre, chacun passe tout de même beaucoup de temps à la maison. Sauf si le rythme est différent, d’habitude, et que cela change parce que ce sont les vacances.

Eisen – Je ne sais pas trop s’ils savent que je la vois régulièrement, en fait. J’ai l’habitude de passer du temps seul, dehors. Tu sais, enfants, ceux qui ont des dons ont pris l’habitude tôt de ne rien dire, ne pas trop en parler, avec nos parents, et puis… Enfin, ce n’était pas vraiment bon, quand j’y repense. J’étais petit, quand Kimmitsu est parti, notre père était furieux, donc j’ai pris l’habitude de plus sortir, seul, pour me vider la tête et ne pas craquer. Il ne pouvait pas nous emmener avec lui.

Himako avait alors douze ans et lui-même n’avait pas dépassé la barre des dix, impossible que leur frère, âgé de dix-neuf à peine, puisse les conduire avec lui jusqu’en France et s’occuper d’eux, alors qu’il n’était pas sûr de ce qu’il fera exactement une fois sur place. Leurs parents, bien évidemment, s’y seraient opposés, et ils ne pouvaient pas fuir comme ça en cachette, fuguer, disparaître. Parfois, il le regrettait quand même… D’avoir été trop jeune pour comprendre ce qui se passait et ce qui allait arriver par la suite. S’il avait su, il aurait sans doute fugué avec sa sœur et son frère. Il sourit faiblement en s’en imaginant ainsi, enfant, courir sur le quai en pleine nuit avec sa famille, pour fuir vers les villes portuaires, puis en bateau, avant de traverser deux continents en train, avant d’enfin arriver en France. Soyons un peu sérieux. Il pencha la tête, tout en marchant, sur son bébé, l’embrassant sur le front avec tendresse en le sentant remuer un peu. Là, tout va bien. Après dix bonnes minutes de marche encore, ils arrivèrent à extérieure du village, prenant le chemin menant à la maison d’Himako.

Le style était lui aussi très traditionnel, à l’instar de la maison familiale. Un long muret de pierres, peu élevé, entourait la maison et son jardin. Il fit passer Laura par un portillon puis avança au-devant de la maison. La porte coulissante s’ouvrit peu de temps après qu’ils aient frappé mais pas sur sa sœur, mais sur une fillette minuscule d’un an tout juste, qui tenait à peine debout sur ses jambes, et qui leur adressa un adorable sourire de bambin. Himako arriva à peine une minute après et récupéra sa fille dans ses bras, avant de leur dire bonjour. Eisen lui présenta Laura dans les formes, même si elle devait déjà la connaître par le biais des courriers échangés et peut-être d’une photo. Dans les bras de sa mère, la petite Yuki tendait les bras avec force vers sa nouvelle cousine, sans doute attirée par l’envie de jouer avec ses longues mèches de cheveux. Sitôt que sa mère l’ait mise dans les bras de Laura, la petite entreprit aussitôt, effectivement, d’enrouler les mèches autour de ses doigts et faire des boucles avec. Eisen eut un sourire profondément attendre, glissant le doigt sur la joue de sa toute jeune nièce.

Eisen – Elle s’appelle Yuki. Tu dis bonjour à Laura, ma puce ?

La fillette ne devait pas l’avoir entendu car elle était toujours occupée à jouer. Ils rentrèrent ensuite, bien au chaud, le vent se faisait plus fort et il était glacial. Himako n’avait pas changé, depuis la dernière fois. Elle devait être aussi grande que Josuke et sans doute aussi forte que lui, voire même plus. Habillée d’un kimono d’intérieur et d’un chignon assez lâche, dont de nombreuses mèches retombaient désordonnées sur ses épaules, comme si elle venait de batailler pour se sortir d’une zone en friche. Elle leur lança de s’installer et se mettre à l’aise, dans le salon, pendant qu’elle leur préparait du thé. Eisen se libéra de son harnais, puis laissa Momiji jouer tranquillement avec sa peluche, allongé près d’eux sur une petite couverture. Quand à Yuki, elle s’était mise derrière devant Laura, encore peu adroite sur ses jambes, et tentait visiblement de lui faire une coiffure comme elle essayait sur sa poupée. Sa mère revint quelques instants plus tard, avec un plateau chargé de quelques tasses, de l’eau et du thé, pour faire le service.

Eisen – On ne te dérange pas, j’espère ?

Himako – Je viens juste de finir mon ménage, j’étais en train de ranger la bibliothèque.

Elle parlait Français, pour Laura, cherchant parfois certains mots, avec hésitation. Tout en servant le thé, elle leur dit que son mari était parti tôt au travail, ce matin, et que les préparatifs pour le Nouvel An allaient bon train.

Himako – J’ai déjà vu une photo de ton frère et toi, Laura, par notre frère, ajouta-t-elle en lui donnant sa tasse de thé. Bienvenue au Japon, tu dois sûrement trouver ce pays plus calme que la France. Tu passes de bonnes vacances ?

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le Dim 21 Avr - 11:12
Eisen – Je ne sais pas trop s’ils savent que je la vois régulièrement, en fait. J’ai l’habitude de passer du temps seul, dehors. Tu sais, enfants, ceux qui ont des dons ont pris l’habitude tôt de ne rien dire, ne pas trop en parler, avec nos parents, et puis… Enfin, ce n’était pas vraiment bon, quand j’y repense. J’étais petit, quand Kimmitsu est parti, notre père était furieux, donc j’ai pris l’habitude de plus sortir, seul, pour me vider la tête et ne pas craquer. Il ne pouvait pas nous emmener avec lui.

Laura leva les yeux vers Eisen, attristée de voir qu'il avait vécu une enfance aussi horrible que celle qu'il décrivait. Il avait l'air gentil, déprimé aussi, mais extrêmement gentil et aimant – c'est ce qu'elle ressentait en voyant son comportement avec son bébé. Et puis, il l'avait aidée. Il était même sorti avec de quoi la couvrir alors qu'il ne la connaissait pas du tout, en soi, et qu'il avait plus important à faire. Alors, oui, la collégienne était touchée et vraiment triste pour lui. Être seul, enfant, sortir seul et ne pas pouvoir parler à d'autres enfants ou adultes de son don, de ce que l'on pense ou voit… Elle ne pouvait pas le concevoir. Elle-même avait toujours parlé avec son frère lorsqu'elle essayait un truc, qu'elle découvrait qu'elle pouvait simplement arroser les plantes ou au contraire lorsqu'elle n'arrivait pas à faire ce qu'elle cherchait. Une vie, seule… Non. Elle n'aurait pas pu. Pas en étant isolée, en gardant tout pour elle. Quel comportement aurait-elle eu aujourd'hui ?

Soudain, Laura songea à Alexis. Lui aussi avait été seul, isolé, avait dissimulé son don sans s'être senti soutenu lorsqu'il était avec sa famille. Seul. Et ses amis à l'école, au Pensionnat, étaient arrivés bien trop tard. Il n'avait pas pu s'intégrer, pas suffisamment pour compenser la solitude qu'il subissait chez lui. Au fond, il avait été dans le même cas qu'Eisen, sauf que son nouvel oncle n'avait pas eu le choix de vivre ou non parce que la famille était présente, trop présente autour de lui que pour lui laisser l'opportunité d'attenter à ses jours. C'était… triste et rassurant à la fois. Laura lui lança un regard, se demandant comment sa famille aurait réagi s'il avait fait quelque chose, comment la famille d'Alexis avait réagi également en apprenant son suicide – si elle avait réagi, par ailleurs. Elle laissa vite ces sombres pensées de côté, ayant déjà discuté du sujet avec monsieur Nakajima et refusant d’y penser ici, aujourd’hui. Eisen avait souffert, comme beaucoup de personnes, et Himako le soutenait d’une certaine manière. Ce n’était pas plus mal, vu son état actuel…

Ils marchèrent un court moment, peut-être dix minutes, avant de s’engager sur un chemin quittant le village et menant vers une maison traditionnelle comme n’importe quelle autre ici. Laura comprit qu’Himako habitait là avec sa propre famille lorsqu’ils continuèrent à avancer sur le chemin, puis vers la maison entourée d’un petit muret de pierres et d’un jardin. Elle vivait donc à l’extérieur de la ville… Peu de chance de croiser les autres, effectivement. Elle s’était isolée, volontairement ou non, sans devoir quitter le pays pour autant. C’était une solution, ça, pourquoi Eisen ne le faisait pas ? Laura faillit le lui demander mais il ouvrit le portillon menant au jardin, puis à la maison, et elle attendit qu’il passe devant sans oser s’approcher davantage. C’est qu’elle ne connaissait pas Himako, en dehors de son prénom et des photos, en plus de ce que son père adoptif lui avait raconté à son sujet. Eisen avança donc en premier et, surprise, la collégienne vit la porte coulissante de la maison s’ouvrir sur une petite fille d’un an environ sans qu’ils ne s’annoncent. Mais comment… ? Elle les avait vus, c’est ça ? Ou alors, Eisen devait passer aujourd’hui chez sa sœur et l’adolescente s’était juste fait kidnapper au passage ? Ce qui expliquait qu’il soit passé de « pendant les vacances » à « maintenant »…

Une minute à peine plus tard, une jeune femme, que Laura devina être Himako, récupéra la petite dans ses bras en les saluant, son nouvel oncle faisant les présentations. Elle fit un sourire timide, restant en retrait, observant la fillette tendre les bras vers elle sans réagir tout de suite, son regard attiré par la jeune mère. On lui avait tant parlé d’elle que c’était… impressionnant de la voir en vrai, en fait. Mais jamais elle ne l’avouerait ! Mais elle n’eut pas vraiment le temps de plus la détailler que cela, Himako mettant sa fille dans les bras de Laura pour qu’elle joue directement avec ses longs cheveux. D’accord, c’était donc ça. Eisen caressa la joue de la fillette qui était toujours obnubilée par ses cheveux. A croire que c’était un véritable jeu pour les enfants… A chaque fois qu’elle prenait un bébé dans ses bras, il se retrouvait à jouer avec ses cheveux et à les enrouler autour de ses touts petits doigts.

Eisen – Elle s’appelle Yuki. Tu dis bonjour à Laura, ma puce ?

Laura fit un petit sourire, attendrie, voyant que Yuki ne réagit pas. Elle était toujours occupée à jouer avec les longues mèches qu’elle pouvait attraper, ce qui était adorable et faisait presque oublier à l’adolescente l’appréhension qu’elle avait en entrant dans cette maison. Ce qu’ils firent assez vite, le vent se levant au-dehors. Laura put, ainsi, observer un peu mieux Himako en laissant sa fille jouer avec ses cheveux, remarquant tout de suite les traits de la famille Nakajima. Comme le père de Genji, elle était très grande et avait attaché ses longs cheveux noirs en un chignon lâche, certaines mèches retombant sur ses épaules. Elle portait un kimono et parlait même français pour Laura, ce qui attira son attention. A l’intérieur, tout était rangé dans le même style que dans la maison des Nakajima, des décorations propres à Himako, évidemment, tout en restant dans la sobriété. C’était sûrement un trait de caractère commun aux Japonais étant donné leur vie très… cadrée. Cependant, elle ressentait moins l’impression de cadre et d’oppression ici, comme si le fait qu’une élémentaire tienne la maison avec un homme donc plus ouvert changeait tout. Ils s’installèrent dans le salon, la petite Yuki derrière Laura pour jouer avec ses cheveux et essayer de nouvelles coiffures, même si elle-même n’y prêtait pas plus attention que cela. Elle observait surtout le style, les décorations, l’ambiance… Tout.

Eisen – On ne te dérange pas, j’espère ?

Himako – Je viens juste de finir mon ménage, j’étais en train de ranger la bibliothèque.

Son français était très bon, même si elle cherchait parfois certains mots et hésitait. Elle faisait l’effort là où Laura ne parlait pas un seul mot de japonais, alors ce n’était certainement pas elle qui allait la critiquer ou la juger. Et puis, son anglais, à elle, n’était pas non plus exceptionnel même si elle se débrouillait et le comprenait. Himako leur servit du thé, leur disant que son mari était parti très tôt ce matin.

Himako – J’ai déjà vu une photo de ton frère et toi, Laura, par notre frère, ajouta-t-elle en lui donnant sa tasse de thé. Bienvenue au Japon, tu dois sûrement trouver ce pays plus calme que la France. Tu passes de bonnes vacances ?

Laura – Il… Il vous a envoyé une photo et vous a parlé de nous ? Je… Je ne pensais pas, dit-elle en faisant les yeux ronds. Il m’a dit éviter de trop parler à sa famille pour… plusieurs raisons, je pensais qu’il… vous évitait aussi, un peu. Pardon.

Laura baissa la tête, ayant l’impression de marcher sur des œufs. Elle ne savait pas que son tuteur avait parlé d’eux à Himako, qu’il lui avait même envoyé une photo d’eux ! D’ailleurs… Quand avait-il pris une photo ? Ou alors, il en avait récupéré ? Non, ce n’était pas le genre de leur professeur. Il avait dû prendre une photo sans qu’ils ne le réalisent, plongés dans leurs devoirs. C’était possible, après tout. S’excusant encore une fois, la collégienne remercia sa nouvelle tante pour la tasse de thé. Un peu de thé pour la réchauffer lui ferait le plus grand bien, elle avait froid et ne le réalisait que maintenant, ses mains étant presque glacées. Désolée, Yuki… Elle l’avait tenue dans ses bras, en plus, l’avait touchée avec ses mains froides. Tenant sa tasse avec ses deux mains, pour essayer d’en récupérer toute la chaleur, Laura en but quelques gorgées, frissonnant. Ici aussi, ils étaient dans les préparatifs pour le Nouvel An avançaient, tous les ménages étaient à cet étape avant le Nouvel An, tous dans cette même routine précédant la nouvelle année. C’était étrange de voir une telle union… En France, chaque famille avait ses habitudes pour les fêtes et tout était très différent, même s’il y avait certains points en commun. Quant aux vacances… Difficile de dire qu’elles étaient mauvaises. Différentes, oui, mauvaises, impossibles.

Laura – Les vacances se passent bien, oui, merci, mais ça ne fait que quelques jours que nous sommes ici. C’est très différent de la France, que ce soit au niveau de l’atmosphère ou au niveau de la préparation du Nouvel An. On ne passe pas… autant de jours sur la préparation et le nettoyage de la maison, chez nous. Il n’y a vraiment qu’un jour de fête, le 31 décembre, on célèbre la nouvelle année avec la famille et on rentre chez nous lorsque cela est possible. Et évidemment, oui, c’est très calme.

Un peu trop calme, même. A vrai dire, Laura faisait tout son possible pour vraiment s’intégrer et la famille Nakajima restait gentille, au fond. Bien plus que ce qu’elle ne pensait, même si le contexte était particulier et qu’ils devaient faire un effort pour Jasper et elle. Même pour Genji qui était bloqué et qui avait échappé à la mort. Le contexte était donc particulier, elle ne pouvait pas témoigner de ce que devait être la vie au quotidien, ici, en dehors de l’agitation régnant autour de la fin d’année. Ils allaient faire quelques sorties, elle-même allait s’entraîner, Munemori avait déjà parlé de plusieurs coins à leur faire voir… Ce serait donc une vraie pause, des vacances en sécurité loin de la guerre qui se déroulait en France. Comme l’avait souhaité leur tuteur en les envoyant ici… Elle espérait seulement que tout se passerait bien, pour lui. Buvant une autre gorgée de thé pour chasser les pensées plus sombres, elle resta quelques instants silencieuse, retenant un long frisson avant de sourire en sentant la petite Yuki jouer dans ses cheveux. Elle allait être belle, en sortant d’ici.

Laura – Munemori a parlé de nous faire voir plusieurs endroits pour sortir de la maison, ajouta-t-elle ensuite. Genji est bloqué et c’était avec lui qu’on comptait sortir… Donc j’ignore où on ira, je suis le mouvement. Je voulais passer le plus de temps possible dehors, pour me promener. Eisen m’a montré un bel endroit, ce matin, j’irai là-bas aussi pour m’entraîner et ne déranger personne. Autrement, j’avoue découvrir le village au jour le jour, comme on peut sortir, ici. Sauf si vous avez des conseils…

C’était stupide, mais Laura n’osait pas lui dire que Kimmitsu ne lui avait pas particulièrement parlé d’elle, en dehors de son comportement assez vif, qu’elle avait claqué la porte à sa famille… Que des sujets de tension qu’elle voulait éviter, ici, avec Eisen. Il n’était pas bien, mieux valait éviter de parler de sujets qui fâchent. Si elle pouvait, elle reviendrait un autre jour, et si Himako le voulait bien. Elle se sentait tellement mieux, ici ! Difficile de dire pourquoi… L’ambiance, l’atmosphère, l’accueil de la jeune mère… Ou alors, Laura retirait inconsciemment certaines barrières parce qu’elle savait qu’Himako avait le feu, comme son frère, et qu’elle avait l’habitude de côtoyer ce genre de personnes plus vives. Et… Elle n’osait pas dire qu’elle ne se sentait pas non plus très, très bien dans la maison avec toute la famille. D’un, parce qu’il y avait Eisen et qu’elle ne voulait pas en rajouter une couche, de deux parce qu’Himako et leur père adoptif entretenaient visiblement une correspondance plus fournie et soutenue. Elle avait mille questions, mais ce serait pour une autre fois. Intérieurement, Laura était plutôt contente, elle faisait des efforts immenses ! Ne pas poser mille questions d’emblée était difficile, mais elle se modérait.

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