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Kimmitsu Nakajima
Kimmitsu Nakajima
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le Mer 11 Juil - 13:23
Difficile de faire une journée encore plus longue que celle-là. Kimmitsu retint un bâillement appuyé, se frottant un peu les yeux en s’appuyant contre le dossier de sa chaise. Voilà plus de deux heures qu’ils étaient réunis là, un groupe de dix personnes en compagnie du commandant Moreau, qui leur détaillait point par point un long plan d’action pour la défense du pensionnat et plus particulièrement éviter les débordements, lors des entraînements de haut niveau. Ils étaient tous en uniforme, un tissu bleu nuit presque noir, avec le symbole de la Rébellion cousu sur le bras, juste sous l’épaule, dans un gris argenté, plus faible. Au début, ils ne portaient pas d’uniforme puis y étaient arrivés pour plusieurs raisons. C’était plus facile d’identifier, au milieu du chaos, les alliés des ennemis, le tissu résistant protégeait de pas mal de blessures lors des chocs, et il y avait le symbole, très important, à afficher. La guerre, c’était aussi une affaire de symboles, plus encore dans les guerres civiles… Kimmitsu soupira un peu, en y pensant, au moment où le commandant les relâcha en leur souhaitant de passer « quand même » une bonne soirée.

Il était un peu plus de dix-neuf heures, maintenant, l’activité globale commençait à retomber. Il rentra vers les appartements des adultes, à côté de l’école, sans se presser, marchant à côté de Christophe, peu bavard. Une soirée calme, comme ils en avaient déjà vécu plusieurs, ici, bien plus calme que la folie du mois de décembre. Ils échangèrent deux ou trois mots sur le trajet, sans plus, croisant parfois quelques enseignants qui eux aussi rentraient chez eux et des élèves, pour ceux déjà arrivés, qui regagnaient leurs chambres ou bien allaient manger au réfectoire. Ils arrivaient dans un petit salon commun qui servait pour les professeurs quand le nouveau directeur vit Emma, à moitié effondrée dans un canapé, qui n’avait pas l’air très bien. C’est en s’approchant qu’il vit qu’elle tenait à la main une grosse flasque de rhum, presque vide, qu’elle agita un peu devant elle quand ils approchèrent. D’accord, heureusement que la rentrée n’était pas dès demain… Il secoua un peu la tête puis lui et Christophe l’aidèrent à se remettre sur ses pieds, avant de l’accompagner à son appartement. Aussitôt entrée, elle s’effondra sur son lit et commença à ronfler.

Christophe – J’en connais une qui va bien dormir. On lui retire ses chaussures ?

Kimmitsu – Laisse couler, elle a l’habitude.

En sortant, il referma doucement la porte, même s’il ne risquait pas de la réveiller, puis fit un signe de main à Christophe avant qu’il ne rentre chez lui. En entrant chez lui, Kimmitsu avait à peine referma la porte que Solène lui courut tout droit dans les bras et s‘accrocha à son cou. Oh… Il referma doucement les bras sur elle en la berçant un peu, du même coup, en lui murmurant que tout allait bien, il était là. Il la sentait tremblante, ils ne s’étaient plus revus depuis des semaines, maintenant… Kimmitsu la serra plus fort dans ses bras à cette pensée, son ventre gonflé par la grossesse formant comme une petite montagne entre eux. Là, tout va bien, tout va bien… Ils étaient là, réunis tous les deux, tout va bien. L’écartant un peu, il l’embrassa à pleine bouche sans aucune gêne, même si les trois enfants étaient là, la faisant rougir des pieds à la tête, même s’il sentit que ça eut le mérite de la détendre tout d’un bloc. Quand il reprit son souffle, elle leva une main pour la passer dans ses cheveux, une moue aux lèvres. Qu’il y a-t-il ? Elle marmonna qu’il faudrait qu’il se fasse un peu couper les cheveux, quand même, et il éclata de rire, la serrant de nouveau contre lui.

Kimmitsu – J’y penserai, promis.

Solène – Comment vas-tu ? Et Gaby ?

Kimmitsu – Tout le monde va bien…

Il la tint encore un assez long moment contre lui, il ne l’avait plus revu depuis des semaines, après tout, avant de doucement la relâcher pour ensuite embrasser les trois enfants. Genji, surtout, eut l’air un peu surpris par sa tenue, son oncle lui expliquant rapidement que c’était ça pour tous les membres de la Résistance. Son pauvre neveu avait une bien mauvaise mine… Encore engoncé dans les plâtres, dans un fauteuil roulant, très pâle, toujours. Cet accident avait vraiment été horrible, il aurait pu mourir si brusquement. Après l’avoir embrassé sur le front, soit un des rares endroits où il ne portait aucun plâtre, il tendit les bras à Laura pour lui faire un câlin, à elle aussi, content de tous les revoir. Ils avaient été à l’abri des troubles, pour cette fin d’année, et à partir de maintenant, ils seront en sécurité, en parfaite sécurité, rien ne pouvait le combler mieux que cela. D’autant plus avec les problèmes connus par le frère de Solène et sa petite famille… Il n’avait pas encore de nouvelles récentes, peut-être que Gabriella en aura plus. C’était selon si l’hôpital des Religieuses leur avait adressé ou non un message.

Kimmitsu – Je vais me changer, dit-il après avoir serré Laura contre lui.

Il lisait l’inquiétude profonde dans les yeux de sa femme et avait remarqué, au passage, le Petit Journal, ouvert sur la table du salon, à l’article concernant l’assaut sur les antennes de Paris. Cela lui semblait déjà si loin… Ils avaient eu beaucoup à faire, ces derniers jours, Paris était déjà renvoyé au loin dans les souvenirs. Après avoir pris sa douche puis enfilé une tenue civile, il alla retrouver sa famille, commençant à aider Solène à préparer le repas du soir.

Kimmitsu – Gabriella quitte son poste, à l’école, je vais la remplacer. Elle dirigera la résistance avec Bradley, exclusivement. On commence à être plus nombreux, mieux organisés. La nuit à Paris a pas mal fait bouger les choses.

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le Ven 20 Juil - 21:36
L’homme qui leur avait fait office de chauffeur sortit le premier de la voiture pour aller déplier le fauteuil roulant dans le coffre et aider Genji à s’asseoir dedans, toujours aussi peu bavard. Solène sortit avec plus de lenteur, autant gênée par son ventre, dans ses déplacements, que par les sacs qu’elle portait en bandoulière et celui posé sur ses genoux tout le long du trajet. On y était donc, le nouveau pensionnat… Y venir avait été long, plusieurs détours, plusieurs étapes, ils y avaient passé presque la journée entière, avant d’arriver sur une route qui n’en était pas vraiment une et dont les arbres repoussaient derrière eux pour la dissimuler, grâce au travail des élémentaires terre. L’endroit avait tout l’air du château médiéval, avec ses hauts murs, tous ces arbres, dans un nombre si impressionnant qu’on distinguait à peine les bâtiments, à l’extérieur. Ce devait être voulu, il n’était supposé y avoir que des ruines, ici, pas une école et encore moins un QG militaire. Dans tous les cas, ça restait très impressionnant. Leur guide leur indiqua en quelques mots quels étaient les bâtiments de l’école, désignant ceux du QG au loin, vers le fond du domaine, puis les salua d’un signe de tête, repartant vers le fond du domaine avec la voiture.

Jasper se chargea de pousser le fauteuil de Genji, portant un ou deux sacs sur le dos et en bandoulière, Solène se chargea de porter le reste des bagages à l’intérieur avec l’aide de Laura. Le sentiment d’être revenu au Moyen-Âge persistait, les murs en pierre n’étaient pas recouverts de peinture au papier peint comme l’école de Gray, il n’y avait pas de plancher en bois non plus. Ici, la pierre prédominait, aux sols, murs et plafonds, donnant une impression de solidité et une certaine sécurité. C’était solide, somme toute, on se sentait à l’abri dans ces couloirs. Ils croisèrent pas mal de personnes et l’une d’elle, une jeune femme qui portait une blouse blanche comme Adrien, s’arrêta obligeamment en sentant bien qu’ils étaient un peu perdus. Solène eut tout à coup peur qu’il soit arrivé quelque chose à Adrien, comme cette femme se présenta comme étant infirmière ici, mais elle fut rassurée presque aussitôt. Tout va bien, donc, leur docteur avait juste besoin d’aide, voilà tout. Elle lui serra la main avec un sourire, tandis que la jeune femme se proposait de les guider jusqu’aux appartements des professeurs et du personnel. C’était gentil.

Solène – J’imagine qu’il doit y avoir beaucoup de nouveaux.

Anet – Dans les enseignants, vous voulez dire ? Quelques-uns, oui. Pour le personnel, pas tant que cela. Je viens en aide à l’infirmerie, et monsieur Bauffre remplace mademoiselle Doucet.

Solène – Elle ne veut donc plus être mêlée à tout ça.

Anet – Non, elle… Je croyais que vous étiez déjà au courant. Elle est décédée durant un combat, au mois de décembre.

Même si elle avait dit ça avec une douceur incroyable, le ton le plus doux possible, Solène ne put s’empêcher d’avoir un certain choc, car jamais elle n’aurait cru que la femme la plus froide et distante du pensionnat, voire de toute la région, ait participé à la guerre. En silence, elle suivit leur guide jusqu’aux appartements désignés, croisant aux passages quelques têtes nouvelles mais aussi des visages plus familiers. Solène fit signe au passage à Adrien, qui répondit rapidement sans s’arrêter et disparut en courant au détour d’un couloir. Anet leur indiqua quel était le bon appartement puis partit elle aussi dans la même direction. Très bien… Kimmitsu leur avait laissé un mot, sur la porte, pour leur dire de rentrer, c’était ouvert. Elle le prit avant de pousser la porte, tâtonnant contre le mur pour allumer la lumière. Enfin arrivés. L’intérieur était familier, plutôt classique, encore un peu « trop bien » rangé, signe que Kimmitsu n’avait pas dû passer des masses de temps dans cet endroit et qu’on s’était contenté d’y poser à la hâte les affaires, sans véritable déménagement.

Première étape, pour eux tous, poser les sacs dans un coin, prendre des vêtements propres et se rafraîchir avec une douche. Elle commença par aider Genji à prendre la sienne, c’était toujours assez compliqué comme il fallait protéger les plâtres dans des sacs en plastique ou en tissu. Elle lui lavait la tête au-dessus du lavabo, à l’ancienne, en tâchant de ne pas lui faire mal. Une fis fait, elle l’aida à s’habiller puis prit sa propre douche, avant que les enfants n’y passent. Kimmitsu n’était pas encore rentré… Elle avait tant envie de le revoir que ça en devenait douloureux. Ça faisait des semaines ! Elle commença à ranger un peu les affaires puis fit un arrêt, complètement épuisée par le voyage et l’inquiétude. Il y aura le temps de ranger cette semaine… A la place, elle prit le numéro de janvier du Petit Journal, acheté à la gare en arrivant en France, pour le feuilleter. Le premier article concernait bien sûr la nuit du réveillon de Noël, à Paris… La future mère se sentait terrifiée à l’idée que son mari et sa sœur se soient retrouvés au cœur même du chaos, cette nuit-là. L’état des lieux n’était pas beau à voir… Le journal ne cachait plus rien, parlant ouvertement des persécutions, discriminations, des… Des massacres…

Bradley, bien sûr, était en photo, avec l’article, en compagnie d’un autre militaire que Solène n’avait jamais vu. Cette nuit avait profondément marqué les opinions et le journal reflétait les tensions et divergences dont le pays était couvert. Suite à l’article, Gabriella et Bradley étaient, très clairement, présentés comme les chefs de la Résistance, mais ce fut le « Anciennement directrice » qui fit réagir Solène. Sa sœur avait-elle abandonné complètement son poste ? Ou le journal notait-il cela parce que l’ancienne école avait été détruite ? Quant à Bradley… Tiens, elle ignorait qu’il était veuf, ou plutôt ignorait qu’il avait un jour été marié, tout court. Militaire de carrière et chef naturel, bah tiens, comme si ce n’était pas encore assez évident pour tout le pays. Elle lut en diagonale la lettre ouverte adressée au Président, qui ne faisait que refléter les tensions dans le pays et les interrogations soulevées depuis le mois de décembre 1931. Tant de morts, déjà… On avait beau savoir que la guerre était déclaré, être ainsi confronté à la réalité pure et dure produisait un choc.

L’article suivant parlait du pensionnat, de l’ancien, sur un ton nostalgique, remontant aux sources de l’école. Solène montra ça aux enfants, un peu amusée, dans le fond, en apprenant que l’école avait été fondée par une femme, déguisée en homme, une religieuse, rien de moins. Elle ne termina néanmoins pas l’article car elle avait entendu du bruit, dans le couloir, puis la porte s’ouvrir. Se levant aussitôt, elle courut jusqu’à l’entrée et se jeta aussitôt dans les bras de son mari alors qu’il avait à peine eut le temps de renfermer. Elle s’agrippa à lui avec une force qu’on ne lui soupçonnerait pas, profondément heureuse et soulagée de le revoir, bien vivant, là, dans ses bras. Elle en tremblait comme une feuille, rattrapée par la chute soudaine de la pression, et perdit brusquement le souffle lorsqu’il l’embrassa tout à coup à pleine bouche, sentant ses joues la chauffer à blanc. Ils n’étaient pas seuls et… Oh, et puis, peu importe. Elle lui rendit son baiser, les yeux fermés, avant d’enfin le détailler de plus près, une moue aux lèvres. Il faudrait qu’il se fasse un peu couper les cheveux, ça ne ressemblait plus à grand-chose, là.

Kimmitsu – J’y penserai, promis.

Solène – Comment vas-tu ? Et Gaby ?

Kimmitsu – Tout le monde va bien…

Il disait ça sur le temps « Je veux te rassurer mais je sais très bien que je te ment en partie ». Solène ne dit rien, cela dit, juste contente qu’il la serre dans ses bras encore un long moment. Elle ne le relâcha qu’à regret, pour qu’il puisse aussi dire bonsoir aux enfants, essuyant discrètement les larmes qui pointaient le bout de leur nez pendant qu’il les embrassait. Ce n’est que lorsque Genji fit la remarque qu’elle remarqua l’uniforme que portait son époux. D’un noir profond, la ceinture passant au autour de la taille et en travers du torse pour faire tenir armes, munitions, et sûrement d’autres choses, le symbole de la rébellion, une colombe en vol, était cousu sur le bras, dessous l’épaule, et sur la droite du col. Il y avait aussi des insignes, qu’elle ne comprenait pas, devant sûrement définir le grade ou la fonction. Ça aussi, c’était le genre de détails qui rendait la situation très réelle… Pendant qu’il allait prendre sa douche puis se changer, Solène s’efforça de se reprendre, passant dans la cuisine pour voir ce qu’elle pouvait leur faire à manger, ce soir. Il devait y avoir un réfectoire mais elle n’avait pas vraiment envie de se mêler à la foule.

On allait rester simple, ce soir, de la soupe de légumes avec du pain, de l’eau, un yaourt en dessert, puis tout le monde au lit. Elle se mit à éplucher les légumes en s’obligeant à ne pas se laisser aller. Son mari ne fuit pas long, cela dit, venant vite la rejoindre dans le coin cuisine, juste à côté du petit salon et du coin salle à manger. Solène stoppa un instant son geste pour lui poser la main sur la joue et le regarder, soulagée de le retrouver entier. Elle l‘embrassa puis revint sur sa préparation, encore assez tremblante. C’était plus fort qu’elle, après avoir passé des jours entiers seule, angoissée, à se demander si elle n’allait pas finir veuve.

Kimmitsu – Gabriella quitte son poste, à l’école, je vais la remplacer. Elle dirigera la résistance avec Bradley, exclusivement. On commence à être plus nombreux, mieux organisés. La nuit à Paris a pas mal fait bouger les choses.

Solène – Elle… Oh, donc c’est bien ça… Enfin, je m’y attendais un peu, même si ça reste effrayant.

C’était officialiser bien des choses. Un peu nerveuse, Solène coupa plus fort qu’il n’était besoin les légumes qu’elle avait sous la main, hésitant à demander plus de détails. Elle ne voulait pas imaginer les membres de sa famille plongés en pleine guerre, même si c’était la réalité pure et dure.

Solène – Que s'est-il passé, plus exactement, après que vous ayez tous disparu les uns après les autres ? Je veux dire… Comment est née la Résistance ?

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le Mer 25 Juil - 12:49
Solène – Elle… Oh, donc c’est bien ça… Enfin, je m’y attendais un peu, même si ça reste effrayant.

Effrayant ? C’était plutôt naturel, selon lui. Voilà déjà longtemps, maintenant, que Gabriella avait engagé ce combat, elle le mènera jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. Et eux derrière elle. Il retint un petit soupir en songeant à tous ceux qui avaient déjà perdu la vie, dans cette horreur… Paris avait été un épisode marquant, c’était la première fois de sa vie qu’il engageait son pouvoir dans le but de blesser d’autres personnes, la première fois de sa vie qu’il usait vraiment du vent dans un combat réel, pour commettre des dégâts, repousser, blesser s’il le fallait. La première fois qu’il réalisait ce que donnait le vent lorsqu’on l’utilisait enfin à pleine puissance, au maximum de ce qu’on était capable. Les dégâts, la peur que ce pouvoir engendrait… Il avala douloureusement sa salive, jetant un bref regard aux trois enfants installés non loin, dans le salon. C’était pour eux qu’ils agissaient ainsi et Kimmitsu ne pouvait pas s’empêcher de se demander s’ils pouvaient avoir peur de lui, à cause de ce don. C’était sans doute idiot, simplement… Il y avait une différence entre ce qui était vu en cour et la guerre.

Solène – Que s'est-il passé, plus exactement, après que vous ayez tous disparu les uns après les autres ? Je veux dire… Comment est née la Résistance ?

Kimmitsu – Il y a déjà presque un an que des personnes agissaient, à leur échelle, dans tout le pays. En un sens, la propagande menée nous a servi, Gabriella été démontrée comme la « figure » autour de laquelle tous les élémentaires pouvaient se réunir, ça a facilité les choses lorsqu’il a fallu réunir tous ceux pouvant se battre sous une seule bannière. Il fallait un chef, avant de pouvoir bâtir quoi que ce soit. Elle et Bradley, à eux deux, représentaient ce qu’il fallait. Ensuite, ça été très…

Il ne savait pas vraiment comment expliquer ça, en réalité. Le réseau s’était construit sur la base de différentes branches et cellules, personne ne savait ce que les autres cellules faisaient, à moins d’entrer en contact avec elles pour des missions particulières ou d’être un des gros leaders. Il resta un assez long moment silencieux, cherchant ses mots, ce qui était possible de dire ou non et comment. Pas vraiment par peur de choquer, après tout c’était la guerre et tout le monde le savait, mais plutôt parce qu’il y a des points qu’on ne pouvait pas détailler, pas même à sa propre famille. Simple question de sécurité, une personne ne sachant rien ne peut rien avouer si elle se trouve capturée. Comme dans chaque conflit, l’information est une donnée des plus précieuses, celui qui en sait le plus peut concevoir les meilleures stratégies d’attaques et de défense. Kimmitsu passa près de l’évier pour laver les légumes avant de les mettre à bouillir dans la marmite, pour la soupe, toujours en silence. Plusieurs débuts de réponses lui venaient en tête, tous étaient écartés à mesure parce qu’il ne pouvait pas leur en parler.

Kimmitsu – Je ne peux pas vous dire comment le réseau s’est formé, la façon dont il fonctionne, ni rien. Nos ennemis s’en prennent en priorité aux amis, aux membres de nos familles, si l’un de vous se fait approcher par un espion ou pire encore, vous ne devez rien savoir. Tant pis si nos familles ont peur ou angoissent pour ce qui arrive, l’enjeu est trop important pour qu’on se permette de rassurer en donnant des informations.

Les enjeux avaient beaucoup changé, à présent, Kimmitsu considérait qu’il était préférable qu’ils angoissent pour rien plutôt qu’ils obtiennent des informations qu’un tiers pourra leur arracher et utiliser ensuite contre la Résistance toute entière. Dit ainsi, ça pouvait sonner horrible, mais c’était comme ça. Les inquiétudes, angoisses et autres de leurs familles n’avaient aucun poids face à ce qui était mis en jeu dans ce combat. Tout comme les petites susceptibilités, la colère d’être « parqué en enclos » comme un animal, d’avoir toutes les communications filtrées et surveillées, somme toute, la fatigue et l’agacement de devoir vivre cachés. Il s’essuya les mains puis embrassa Solène sur le front, la câlinant au moins, comme il ne pouvait pas la rassurer.

Kimmitsu – Comment va ma famille ?

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le Lun 6 Aoû - 18:33
Kimmitsu – Il y a déjà presque un an que des personnes agissaient, à leur échelle, dans tout le pays. En un sens, la propagande menée nous a servi, Gabriella été démontrée comme la « figure » autour de laquelle tous les élémentaires pouvaient se réunir, ça a facilité les choses lorsqu’il a fallu réunir tous ceux pouvant se battre sous une seule bannière. Il fallait un chef, avant de pouvoir bâtir quoi que ce soit. Elle et Bradley, à eux deux, représentaient ce qu’il fallait. Ensuite, ça été très…

Oui ? L’hésitation qui le prit ne la rassura pas vraiment, d’un seul coup. Bien sûr, elle savait qu’il ne pouvait pas tout lui dire, voire qu’il ne pouvait presque rien lui dire, les informations sur la Résistance étaient des données extrêmement sensibles. Mais juste savoir… Si tout allait bien pour lui, comment il s’en sortait, si chacun et chacune pouvait traverser tout ça en prenant le moins de risques possibles ou si, au contraire, c’était un tel enfer quotidien qu’on ne pouvait plus se lever le matin en se disant « Demain, je vivrai toujours ». Elle voulut préciser, ouvrit la bouche, puis se rétracta au dernier moment, le regardant laver et mettre les légumes dans la marmite en silence. Peut-être ne valait-il pas demander cela non plus… C’était quand même horrible de demander à une personne si elle était sûre de revenir chez elle en vie ou non. C’était la guerre… C’était ça que Solène trouvait le plus affolant, cette incertitude, de ne pas savoir si on allait mourir violemment dans une heure, dans deux jours ou dans plusieurs années. De se lever chaque matin en sachant qu’on pouvait prendre une balle en pleine tête ! Comment vivre tout de même en sachant ça ? Comment ne pas s’effondrer à cause de la peur ?

Kimmitsu – Je ne peux pas vous dire comment le réseau s’est formé, la façon dont il fonctionne, ni rien. Nos ennemis s’en prennent en priorité aux amis, aux membres de nos familles, si l’un de vous se fait approcher par un espion ou pire encore, vous ne devez rien savoir. Tant pis si nos familles ont peur ou angoissent pour ce qui arrive, l’enjeu est trop important pour qu’on se permette de rassurer en donnant des informations.

Elle comprenait oui, c’était juste… Et bien, il fallait apprendre à vivre d’une autre façon. Une moue aux lèvres, elle réussit à retenir ses larmes, autant pour ne pas l’inquiéter lui que pour ne pas inquiéter les enfants. Il lui passa ensuite un bras autour des épaules pour l’attirer contre lui et l’embrasser sur le front, ce qui eut le mérite de lui rendre le sourire. Au fond, c’était comme ça, qu’il fallait raisonner. Profiter de chaque instant avec leurs proches, pour ne rien regretter ensuite. Elle ne pouvait rien au fait qu’il parte en guerre mais elle pouvait être pleinement là pour lui lorsqu’ils étaient ensemble. Après avoir mis un couvercle sur la marmite et baissé un peu le feu, elle se blottit un peu plus dans les bras de son mari, les yeux fermés et les mains doucement refermés sur sa chemise, du bout des doigts, la tête posée contre son épaule.

Kimmitsu – Comment va ma famille ?

Solène – Globalement, plutôt bien… Ton petit frère, Eisen, ne se sent pas très bien, depuis son divorce, la présence de son bébé l’aide à tenir le coup et il a du monde autour de lui. Josuke est épuisé, aussi, mais il s’en sort. Ils s’inquiètent pour toi, avec ce qui se passe dans ce pays. Nos bébés vont très bien, eux aussi, ils sont au chaud.

Elle lui fit poser une main contre son ventre pour qu’il puisse les sentir bouger, tout en restant blottie tout contre lui. Elle les sentait, ses enfants, bouger en elle, et elle voulait qu’il le ressente aussi. Lorsqu’ils s’étaient dits au revoir, Solène n’était pas encore bien grosse, elle avait surtout pris pas mal de poids à partir de novembre. Tombée enceinte avant son mariage, elle approchait maintenant à grands pas du terme, ce sera pour ce début d’année 1932. Une vague de chaleur la prit, lorsqu’elle pensa au moment où elle allait mettre ses enfants au monde et qu’ils tiendront enfin leurs bébés dans leurs bras, tous les deux. Elle sourit de plus belle en disant à son mari qu’elle avait réfléchit à quelques idées de prénoms et qu’ils devront en parler, tous les deux, ajoutant qu’elle tenait à ce qu’ils aient un prénom Japonais, pour ne pas oublier cette part de leurs origines, même s’ils naîtront, grandiront et vivront en France. Allez, ils ne devaient pas pleurer mais juste profiter d’être ensemble, même pour lui, il devait se sortir la tête de cette guerre dès qu’il le pouvait, ça lui fera le plus grand bien. Solène se retourna et lui prit le visage entre ses mains, l’embrassant longuement sur la bouche.

Reculant un peu lorsqu’elle fut à bout de souffle, elle revint s’occuper de la cuisine puis demanda à Jasper de mettre le couvert, pour toute à l’heure. Solène lui passa les assiettes creuses qu’elle prit dans le placard, puis les couverts, plus détendue maintenant qu’elle savait que son mari était près d’elle et qu’ils ne seront plus séparés pour de longs mois.

Solène – Racontez donc un peu vos vacances, Jasper et Laura. C’était la première fois que vous alliez au Japon, tous les deux.

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le Sam 8 Sep - 23:39
Laura avait sérieusement dû étouffer ses élans d’affection pour ne pas sauter dans les bras de son tuteur aussitôt après son entrée tant elle était soulagée de le voir là, entier, avec Solène. Il n’était pas blessé, en tout cas au premier regard, et semblait « seulement » très fatigué. Ce qui était normal après ces dernières semaines de combat, loin de sa famille, à toujours surveiller ses arrières sans savoir de quoi serait fait le lendemain. Elle était soulagée. Rassurée. Leur discussion dans le presbytère à Issoire l’avait ébranlée, plus que n’importe laquelle des discussions qu’elle avait pu avoir avec son professeur jusque-là. Durant tout le trajet du retour, elle n’avait cessé d’imaginer le pire, de réaliser que de nombreuses personnes étaient mortes, qu’il ne resterait plus que quelques-uns des leurs à la nouvelle école. Que monsieur Nakajima n’avait rien dit pour ne pas les inquiéter, comme d’habitude. Mais non, il était là. Il était bien là, vivant, entier, et en aussi bonne santé que possible dans de telles conditions de vie.

La soirée venait de commencer, il l’avait serrée dans ses bras sans que Laura ne dise quoi que ce soit, restant plus silencieuse et en retrait pour une fois. La fatigue jouait beaucoup, même si la douche l’avait un peu réveillée et détendue, la journée avait été incroyablement longue à cause du trajet et elle n’avait pas récupéré du décalage horaire, impossible en si peu de temps. Elle écoutait donc, de loin, la discussion entre Solène et son mari, les nouvelles qu’ils s’échangeaient sur la guerre, l’évolution des événements, le fait que leur tante quitte la direction de l’école… Etrangement, cela n’étonnait que très peu Laura. Elle s’y était préparée depuis un bon moment et en avait beaucoup parlé avec Jasper pendant leurs vacances au Japon. C’était prévisible, tout le monde l’avait vu venir, il n’y avait qu’à observer le changement de comportement et l’absence presque totale de réaction de l’ancienne directrice du Pensionnat lorsque ce dernier s’était effondré en grande partie… Mais ils étaient en vie, peut-être pas en bonne santé, vu ce qu’il avait dit, mais bon. C’était déjà rassurant… Non ?

Laura les observa de loin, échangeant des regards fréquents avec Genji et Jasper blottie dans le fauteuil. Il n’y avait pas la même séparation entre les pièces qu’au Pensionnat, pour le moment, cet appartement était relativement vide en fait. Enfin… Il n’y avait pas la même « âme », comme si leur tuteur n’avait pas encore vraiment passé de temps ici. Ce qui était sans doute vrai, par ailleurs, mais s’y sentir à l’aise était plus difficile. Elle comptait aller voir Antoine demain, ils avaient convenu du rendez-vous très tôt tant il lui manquait alors qu’elle était au Japon. Là-bas, tout lui manquait, surtout à cause de l’éloignement, de cet isolement forcé et bénéfique, certes, mais isolement malgré tout. Le Japon était étrangement apaisé, calme, comme dans une bulle par rapport à la France, même après l’annonce le 24 décembre. Or, depuis qu’ils avaient mis un pied en Europe, toute l’agitation leur était revenue d’un coup, en pleine figure, les rendant plus nerveux dans un premier temps avant qu’ils ne reprennent leurs marques. C’était comme se réveiller brutalement d’un cauchemar dans lequel on avait été spectateur et protégé.

Kimmitsu – Comment va ma famille ?

Solène – Globalement, plutôt bien… Ton petit frère, Eisen, ne se sent pas très bien, depuis son divorce, la présence de son bébé l’aide à tenir le coup et il a du monde autour de lui. Josuke est épuisé, aussi, mais il s’en sort. Ils s’inquiètent pour toi, avec ce qui se passe dans ce pays. Nos bébés vont très bien, eux aussi, ils sont au chaud.

Hum. Par pudeur, Laura détourna les yeux, encore très peu habituée à ce genre de proximité, ayant l’impression de déranger, de ne pas devoir être là. Elle tâchait de ne pas écouter ni regarder, se plongeant dans la contemplation de l’appartement, les murs, le mobilier déjà installé et certains cartons, eux, toujours emballés. Et puis, leurs valises, aussi… Elle étouffa un bâillement avec sa main, se frottant ensuite les yeux pour en chasser les traces de fatigue. La famille, au Japon… Eisen qui n’allait pas bien, c’était un mot bien faible, surtout lorsqu’elle repensait à l’état dans lequel elle avait découvert la chambre d’un de ses oncles tout juste découverts. Il lui avait prêté ses fiches, elle en avait même recopié certaines pour pouvoir s’entraîner en France, mais… Non, il n’allait pas bien, pas bien du tout, et les bouteilles d’alcool parsemées un peu partout dans la chambre en témoignaient. Son tuteur le savait, forcément, sinon il ne lui aurait pas dit d’aller trouver Eisen même si ce conseil restait très étrange quand elle y repensait. Il ne s’y connaissait pas, n’avait eu que de brefs entraînements et n’aimait pas son don, c’était clairement visible. Alors… Pourquoi ?

Si c’était une manière de les inciter, tous les deux, à utiliser ce don peu familier, c’était quelque peu raté car elle était presque convaincue qu’il n’allait pas s’entraîner davantage par la suite, en son absence. Mais hors de question de le souligner, monsieur Nakajima n’avait pas besoin de le savoir, surtout avec la guerre faisant rage ici. C’est Solène qui interrompit le cours de ses pensées lorsqu’elle appela Jasper d’un ton beaucoup plus détendu, lui demandant de l’aider à mettre la table. Elle voulut se lever pour l’aider aussi mais, visiblement… Une légère moue aux lèvres, elle se rassit dans le fauteuil, patientant simplement pendant qu’ils mettaient la table à deux.

Solène – Racontez donc un peu vos vacances, Jasper et Laura. C’était la première fois que vous alliez au Japon, tous les deux.

Laura – Oh, heu… C’était bien. On a… aidé à nettoyer la maison, Munemori nous a fait visiter les environs et il nous a emmenés choisir des tenues pour le Nouvel An. Et puis… J’ai aussi parlé avec Eisen, pour le vent, mais les vacances ont été tranquilles autrement.

Laura détailla un peu plus tout ce qu’ils avaient vu, visité, lui parla un peu de l’ambiance qui régnait au Japon et dans la famille, gardant tout de même certaines de ses sorties solitaires pour elle pendant que Jasper expliquait ce qu’il avait fait en plus, de son côté. Après tout, pendant qu’ils s’entraînaient tous les deux, ils n’étaient pas ensemble, ce qui était normal. Même si ces vacances loin de la France et des tensions qui allaient avec leur avaient permis de se retrouver, vraiment, et d’arrêter de courir partout en s’éloignant l’un de l’autre, ils avaient tout de même pris du temps pour eux. Et puis, elle avait souvent ressenti le besoin de prendre l’air, de sortir, de voir un peu le coin. A la fois pour elle et pour Genji qui était coincé dans un fauteuil, ils avaient fait leur possible pour rendre sa convalescence moins pénible. Heureusement qu’Océane était là… Jasper ajouta qu’ils avaient rencontré toute l’autre famille, ou une grosse partie en tout cas, à présent, et que cela s’était bien passé, Laura lui jetant un coup d’œil très bref. Difficile, encore, de voir ce qu’il ressentait vraiment vis-à-vis du père de Genji… Mais il ne dit rien à ce sujet.

Laura – On a aussi rencontré votre ancien maître, maître Shigeyuki, ajouta-t-elle en se le remémorant tout à coup. Après notre arrivée, il a été invité et voulait nous rencontrer… Il était étonné que vous soyez professeur mais vous a toujours suivi de loin. Et… Munemori nous a conduits sur la tombe de votre professeur, Ogai Tanaka, pour déposer une offrande à votre place.

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le Mer 17 Oct - 13:28
Solène – Globalement, plutôt bien… Ton petit frère, Eisen, ne se sent pas très bien, depuis son divorce, la présence de son bébé l’aide à tenir le coup et il a du monde autour de lui. Josuke est épuisé, aussi, mais il s’en sort. Ils s’inquiètent pour toi, avec ce qui se passe dans ce pays. Nos bébés vont très bien, eux aussi, ils sont au chaud.

On ne pouvait pas reprocher à qui que ce soit de s’inquiéter, à présent, étant donné ce que traversait le pays… C’était légitime, même s’il ne fallait pas arrêter de vivre pour autant. Solène lui fit porter la main contre son ventre gonflé, sans s’écarter, doucement. Il s’écoula un instant avant qu’il ne sente les bébés bouger. Juste un effleurement, un mouvement très léger, mais qui suffit au futur père pour sourire plus largement, profondément touché. Presque jusqu’aux larmes. Ses bébés… Qui aurait cru qu’un jour, il aurait ainsi autant d’enfants à la maison, grands comme petits ? Pour les prénoms, il comptait laisser Solène avoir le dernier mot, sur le sujet, c’était la première fois qu’elle était enceinte et elle qui les avait porté durant tant de mois, c’était à elle qu’il revenait de choisir. Il lui donnera son avis, quand ils en discuteront, mais ce sera elle qui tranchera sur la fin. En France, il était de tradition de laisser à la mère une plus grande liberté sur la façon de nommer le premier enfant, même s’il était très commun et habituel de donner au premier fils le prénom de son père, dans ce pays.

Quant à sa famille, même s’ils n’étaient pas au meilleur de leur forme actuellement, au moins étaient-ils en sécurité, c’était le mieux qu’il pouvait leur souhaiter pour le moment. Peut-être retournera-t-il aussi là-bas… après la guerre… peut-être. Au fond de lui, il n’en était pas sûr, sachant qu’il parvenait de moins en moins à comprendre les habitudes et la mentalité de son pays natal, alors même qu’il y avait grandi. Ce qu’il vivait depuis plus d’un an l’avait fait changer, éloigner encore un peu plus du passé et ce qui s’ensuit. S’écartant enfin de Solène, il l’aida à continuer de préparer le repas, pendant que Jasper mettait le couvert. L’appartement était encore un peu « rustique ». Seul le plus strict nécessaire était installé, pas de décorations, des cartons encore emballés, près des bagages, et posés contre les murs de pierre. Il n’avait passé que très peu de temps ici, passant surtout de longs jours au loin, dans toute la France, des journées parfois très violentes dont il n’était pas encore prêt à parler à Solène. Mariés ou non, il y a ainsi des choses qu’il valait mieux garder pour soi.

Solène – Racontez donc un peu vos vacances, Jasper et Laura. C’était la première fois que vous alliez au Japon, tous les deux.

Laura – Oh, heu… C’était bien. On a… aidé à nettoyer la maison, Munemori nous a fait visiter les environs et il nous a emmenés choisir des tenues pour le Nouvel An. Et puis… J’ai aussi parlé avec Eisen, pour le vent, mais les vacances ont été tranquilles autrement.

C’était le but, oui, leur permettre au moins de passer une semaine ou deux en paix, loin de la France et surtout loin d’autres… « problèmes » plus particuliers. Le plus jeune des frères de Solène était encore dans un sale état et cette dernière l’ignorait, ne rentrant qu’à peine, ce n’est pas le genre de nouvelles qu’on annonce au téléphone. Gabriella comptait lui en parler cette semaine, d’ici-là, elle lui avait demandé de ne rien dire. Un choix qu’il respectait, il s’agissait de sa petite sœur et elle restait la mieux placée pour lui en parler. Pensif, il écouta un peu plus Laura, lancée dans une description plus complète de ce qu’elle avait vu et fait, au Japon, durant les vacances. Globalement, ça s’était bien passé, sans doute en grande partie grâce à Munemori, il avait un don pour détendre l’atmosphère, leurs autres frères et sœurs étaient bien plus sérieux. Ce qui était aussi amusant que bizarre, également, c’est qu’il ne réalisait qu’avec les récits des enfants et de Solène le décalage culturel très marqué entre les deux pays. Aujourd’hui, lui-même ne le réalisait plus, même si cela ne faisait que quelques mois à peine qu’il ne prêtait plus attention à ça. La guerre avait énormément aidé à relativiser un très grand nombre de sujets.

Laura – On a aussi rencontré votre ancien maître, maître Shigeyuki. Après notre arrivée, il a été invité et voulait nous rencontrer… Il était étonné que vous soyez professeur mais vous a toujours suivi de loin. Et… Munemori nous a conduits sur la tombe de votre professeur, Ogai Tanaka, pour déposer une offrande à votre place.

Oh, son frère avait fait ça ? C’était touchant. Quant à son ancien maître d’arts martiaux, Kimmitsu était un peu surpris qu’il ait renoué contact et voulu voir les enfants, rendant un regard légèrement pensif à Jasper et Laura, sans répondre immédiatement. Tout cela datait, il avait quitté le pays depuis… Et bien, cette année, cela fera vingt-quatre ans. Au moins d’août, cela juste vingt-quatre ans qu’il vivait en France. Il avait quitté le Japon à dix-neuf ans, à présent, il avait vécu plus longuement en France qu’au Japon. Toujours en silence, il continua de s’occuper de la cuisine, le regard perdu dans le lointain, n’entendant même plus si Solène ou les enfants continuaient de parler. Au fond, il n’était plus vraiment certain que le Japon lui manque. Ces derniers mois avaient été… Il avait changé, au fil du temps et des problèmes rencontrés, et le réalisait maintenant. Pris dans la cadence presque infernale de la France, un rythme qui avait pris une accélération formidable à compter des années vingt, son pays natal s’était peu à peu « effacé » de son existence. Une page du passé, somme toute, l’enfance, l’adolescence, puis s’en était terminé.

Kimmitsu – Shigeyuki est très sévère, répondit-il finalement, mais c’est quelqu’un de bien.

Mais tout ça était du passé, il ne pouvait même plus considérer le Japon comme son pays. Même si la paix revenait partout, dès ce soir, il savait qu’il ne pourrait plus jamais s’intégrer au Japon, qu’il y soit né et y ait grandi ne changeait rien à l’affaire. Kimmitsu inspira légèrement, essuyant d’un geste de la main les quelques larmes qui avaient coulé, tremblant un peu. Vingt-quatre ans, oui, il commençait juste à réaliser qu’il avait à présent passé plus de la moitié de sa vie en France. Et il sera revenu au Japon… Deux fois, en tout ? Non, trois fois, c’était ça. Dont la première après une absence de dix années complètes. Il fit un léger signe à Solène pour qu’elle ne s’inquiète pas, il était juste fatigué, rien de plus.

Kimmitsu – J’ai appris à connaître Bradley, lors des ces dernières semaines, d’ailleurs. On peut dire que c’est le genre de type qu’on croit comprendre ou connaître alors que non, les apparences sont très trompeuses, dans son cas. Tout s’organise, Gabriella fait agir les gens et il les coordonne. Pas un homme mauvais mais dur, la Grande Guerre a brisé qui il était et l’a fait devenir un autre homme. Il passera sans doute dans les classes et les cours, pour parler de la sécurité.

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le Jeu 22 Nov - 7:15
Une soirée tranquille, en famille, et ensuite, tout le monde au lit. Solène, en tout cas, rêvait de retrouver le sien et les bras de son mari avec. Le voyage, l’inquiétude de ces dernières semaines, la tension, la grossesse, tout cela l’avait épuisé bien plus qu’elle n’acceptait de l’admettre et elle avait hâte d’avoir enfin un vrai temps de repos, maintenant qu’elle était certaine que son mari était de nouveau après d’elle, qu’il allait bien. Dès demain, elle tâchera de voir ses frères, sa sœur, ses neveux et nièces, si tout le monde était là en tout cas, ainsi que ses parents, pour s’assurer qu’eux aussi aillent bien. Enfin, qu’ils aillent le mieux possible. Demander à ce que tous aillent « bien », c’était très utopique et naïf. Mais au moins espérer qu’ils n’aient pas de blessures graves ? D’ailleurs, parlant de ça, elle comptait déjà s’en assurer ce soir avec Kimmitsu, une fois qu’ils seront seuls, tous les deux. Elle devait aussi aménager un peu la chambre des enfants pour que Genji puisse se coucher à l’aise, en faisant attention à ses plâtres. En janvier, si tout allait bien, il en sera peu à peu libéré, encore un peu de patience.

Laura se mit à détailler et raconter un peu plus leurs vacances, après que Solène l’ait interpellée. Au moins, ces vacances avaient été un vrai temps de repos, même si la future mère n’avait jamais pu écarter toute inquiétude de son esprit. Elle apporta les verres et les tendit à Jasper pour qu’il les mette, avant d’aller surveiller le repas. Les légumes cuisaient bien, elle commença alors à les mixer peu à peu pour faire la soupe, rajoutant aussi un peu d’eau au passage. Enfant, son père adoptif lui avait appris à faire la cuisine dès le plus jeune âge et elle se débrouillait maintenant bien, dans ce domaine, même si elle ne s’occupait pas de grands pas ou de cuisine haute gamme. Le tout était de faire simple, avec les légumes de saison, et la soupe demeurait un incontournable, en plein hiver. Des plats qui réchauffaient, faciles à faire, et qui ne prenaient pas non plus des heures et des à préparer. De toute façon, Solène ne pouvait plus être aussi active qu’auparavant. Elle ignorait si ce n’était dû qu’à la grossesse ou son âge jouait aussi, mais elle se sentait très vite fatiguée.

Laura – On a aussi rencontré votre ancien maître, maître Shigeyuki. Après notre arrivée, il a été invité et voulait nous rencontrer… Il était étonné que vous soyez professeur mais vous a toujours suivi de loin. Et… Munemori nous a conduits sur la tombe de votre professeur, Ogai Tanaka, pour déposer une offrande à votre place.

Tiens, elle n’avait pas ça, par contre, quand y avaient-ils été ? La jeune femme lança un regard légèrement surpris aux enfants, tout en continuant à préparer la soupe, sans finalement poser la question. Ils étaient sortis plus souvent qu’elle, avec Munemori et parfois avec Eisen, durant les vacances. Solène tourna la tête pour un tendre sourire vers Laura, trouvant très mignon ce geste. Kimmitsu avait répondu d’une simple phrase, d’un ton soudain un peu lointain qui inquiété Solène. Elle voulut aller vers lui, lorsqu’elle le vit tout à coup verser une larme, s’abstenant lorsqu’il lui fit signe de ne pas s’en faire. Il devait avoir le moral en dents de scie, ces derniers mois…

Kimmitsu – J’ai appris à connaître Bradley, lors de ces dernières semaines, d’ailleurs. On peut dire que c’est le genre de type qu’on croit comprendre ou connaître alors que non, les apparences sont très trompeuses, dans son cas. Tout s’organise, Gabriella fait agir les gens et il les coordonne. Pas un homme mauvais mais dur, la Grande Guerre a brisé qui il était et l’a fait devenir un autre homme. Il passera sans doute dans les classes et les cours, pour parler de la sécurité.

Solène – La guerre brise tout le monde, soupira-t-elle. Mais tout le monde ne se reconstruit pas.

Elle ne doutait pas le moins du monde que personne ne devait réellement connaître Bradley, à part ceux qui le côtoyaient au quotidien. Solène arrêta un moment de mixer ses légumes pour aller vers son mari et l’embrasser longuement, une main posée contre sa joue, en lui murmurant de ne plus s’en faire, sa famille était auprès de lui. Et une famille qui s’agrandira bientôt ! Une grossesse gémellaire ne se menait que rarement au terme, c’était trop dangereux pour la mère et pour les bébés, Adrien lui avait déjà parlé très tôt, dès le début de la grossesse, qu’il devra provoquer l’accouchement un mois environ avant le terme, suivant son état. Autrement dit, en février, d’ici quelques semaines, ce sera le moment. Elle ignorait complètement comment on « provoquait » un accouchement, si ça faisait mal ou non. Gabriella s’était contentée de lui dire qu’elle avait accouché avant terme à cause des circonstances extérieures, dans son cas, pas sur l’avis des médecins. Bon, oui, d’accord, c’était vrai, elle n’aurait sans doute pas dû lui poser la question, c’était extrêmement différent. Mais plus les jours défilaient et plus la jeune femme commençait à angoisser. Peur d’avoir très mal, peur que ses enfants ne naissent pas en bonne santé ou ce genre de chose. Peur aussi de ne pas réussir à bien s‘occuper d’eux.

D’ici là, néanmoins, il fallait bien vivre. Solène inspira doucement, chassant pour le moment les angoisses liées à l’accouchement proche, puis termina de mixer les légumes, ajouter un peu d’eau et de sel, avant de laisser le tout chauffer doucement, en brassant de temps en temps. Le couvert était mis, tout le monde avait pris sa douche et s’était un peu reposé, le soir était calme. Au moment même où elle pensa, un bruit de course se fit entendre dans le couloir, suivi d’un cri lointain, puis de la voix beaucoup plus proche, mais pas angoissée pour autant, d’Adrien qui cria en retour « J’arrive ! », avant que ça ne redevienne silencieux. Qu’est-ce… Solène, prête à aller voir, se rétracta au dernier moment, mieux valait en prendre son partie, quand on y pensait. Ça risquait d’arriver souvent, dans le coin. Tout en discutant avec sa famille, elle rangea un peu le bazar qui traînait, certains sacs restés en travers du chemin, les prochains jours allaient surtout être consacrés à ça. Défaire les bagages, s’installer, ranger, nettoyer, découvrir cette nouvelle école. Elle referma d’un petit coup sec le journal et le laissa dans un coin, pas envie de revoir ces articles pour le moment.

Solène – Je suis quand même curieuse, au sujet de Bradley. On l’a tellement vu, tellement entendu parler de lui, sans jamais le connaître. On ne l’imagine même pas vivre normalement, en fait.

Elle stoppa près de Laura en lui caressant doucement la joue et en lui demandant de faire la salade, pendant qu’elle s’occupait du reste, elle serait mignonne.

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le Lun 31 Déc - 17:35
Kimmitsu – Shigeyuki est très sévère, répondit-il finalement, mais c’est quelqu’un de bien.

C’est ce que Laura avait cru comprendre, oui, surtout après l’avoir rencontré. C’était étrange de mettre un visage sur les personnes que leur tuteur avait côtoyées durant autant d’années… Mais pas plus mal. Au contraire, l’adolescente se sentait moins distante, à l’écart, comme si ce voyage avait permis de tisser un vrai lien alors qu’il n’était même pas avec eux. D’une certaine manière, découvrir où il avait grandi et comment le rendait moins intimidant. C’était déjà une amélioration, non ? Lui qui craignait de les effrayer, au point qu’il pense qu’elle-même ne lui fasse pas confiance… Baissant un peu les yeux, pensive, Laura ne fit aucun commentaire lorsqu’elle vit, tout comme Jasper et Genji, leur professeur afficher un air beaucoup plus triste, sans doute à cause des pensées évoquées par cette visite au cimetière. Oh, mais… Mais Munemori avait voulu lui faire plaisir, pas le rendre triste. De loin, elle le vit essuyer de la main ses joues, des larmes ayant commencé à couler, avant de faire signe à Solène. Mais… Désolée ? Laura lança un regard à Jasper, une petite moue aux lèvres, ne sachant pas ce qu’elle devait faire, mal à l’aise. Elle n’aurait pas dû dire ça…

Kimmitsu – J’ai appris à connaître Bradley, lors de ces dernières semaines, d’ailleurs. On peut dire que c’est le genre de type qu’on croit comprendre ou connaître alors que non, les apparences sont très trompeuses, dans son cas. Tout s’organise, Gabriella fait agir les gens et il les coordonne. Pas un homme mauvais mais dur, la Grande Guerre a brisé qui il était et l’a fait devenir un autre homme. Il passera sans doute dans les classes et les cours, pour parler de la sécurité.

Solène – La guerre brise tout le monde, soupira-t-elle. Mais tout le monde ne se reconstruit pas.

Hein… ?! Bradley, le militaire, l’ancien soldat, allait passer dans leurs classes pour parler de la sécurité ? Mais pas leur donner cours là-dessus, n’est-ce pas… ? Laura déglutit, pas franchement enchantée à l’idée de rentrer, tout à coup. Elle voulait revoir ses amis, ceux qui étaient revenus, et Antoine bien sûr, mais croiser Bradley, l’écouter et tout ça… Elle éprouvait d’énormes difficultés à le voir comme un homme correct, au fond, l’image qu’il avait affichée et répandue durant ces longs mois ternissant sa réputation aujourd’hui. Désolée, vraiment, mais elle ne pouvait pas aller à l’encontre de ce qu’elle pensait tout de suite. Peut-être après, en le côtoyant dans un autre contexte, changerait-elle d’avis. C’était possible, elle ne le classait pas dans la catégorie des adultes à éviter. Enfin… Pas trop. Il y avait des « sous-catégories » et des conditions aussi, des moments où il fallait éviter certains adultes et d’autres où, au contraire, les côtoyer ne posait aucun problème. Bradley, au départ, était dans la catégorie « à éviter, dangereux, Jasper furieux ». Maintenant… Elle réfléchissait encore.

Laura aperçut brièvement Solène se rapprocher de Kimmitsu, lâchant ses préparations l’espace de quelques minutes pour le serrer contre elle, ou le rassurer tout du moins vu la taille de son ventre. Elle essayait de lui apporter un peu de chaleur, c’était mignon, mais la collégienne ne voulait pas voir cela. Désolée, vraiment, mais c’était encore bizarre dans un contexte pareil. Même si l’image de leur tuteur avait évoluée, il restait quelqu’un d’assez… réservé et distant, à ses yeux. C’était précisément pour cette raison que ses élans d’affection, à chaque fois qu’elle-même allait moins bien, la surprenaient toujours. Quelques secondes à peine après, un bruit de course et un cri lointain se fit entendre dans le couloir suivi d’un « J’arrive ! » de leur infirmier, plutôt calme pour la situation, très proche de l’appartement. Heu. C’était normal… ? Bon, oui, sûrement, sinon monsieur de Sora aurait juré, tout simplement. Ou alors s’était-il habitué à ce quotidien et ne jugeait-il pas les choses graves comme eux. Il y eut un léger moment de battement avant qu’ils ne se remettent à discuter, Solène rangeant un peu les sacs qui traînaient çà et là avec l’aide de Laura qui s’était levée pour lui filer un coup de main avant de rejoindre, à nouveau, les autres.

Solène – Je suis quand même curieuse, au sujet de Bradley. On l’a tellement vu, tellement entendu parler de lui, sans jamais le connaître. On ne l’imagine même pas vivre normalement, en fait.

Laura sentait que Solène essayait de poursuivre la conversation comme si de rien n’était, comme si tout allait bien malgré les cris dans les couloirs, les pas pressés. C’était un souhait, elle s’efforçait sans doute de rendre la vie plus douce à son mari, mais ce n’était pas en une soirée qu’elle y arriverait. La collégienne avait brièvement tourné la tête vers le couloir, comme son frère et son nouveau cousin, avant de se remettre normalement comme aucun vent de panique n’avait envahi l’étage des appartements. C’était « normal », oui… Bon, pour eux, cela l’était plus que pour Solène, ils avaient vécu une année entière dans cet environnement, contrairement à elle. Au fur et à mesure, on s’habitue… Même si c’est une réalité malheureuse à vivre. C’était comme ça. Mais, soudain, Solène s’arrêta près de Laura, lui caressant doucement la joue pour lui demander de faire la salade pendant qu’elle s’occupait du reste.

Perturbée, sur le coup, tant la transition avait été brutale entre le sujet « guerre » et « doudouce sur la joue » puis service, elle mit quelques secondes avant d’acquiescer d’un mouvement de la tête. Elle se releva pour rejoindre Solène, et Kimmitsu du coup, près du plan de travail, prenant la salade posée là pour la laver correctement sous l’eau. Feuille de chêne. Réprimant une grimace, n’aimant paaas du tout cette salade, Laura cacha son enthousiasme et s’absorba à la décortication des feuilles pour les mettre dans un saladier par la suite sans rien dire, laissant Kimmitsu et Solène parler entre eux. Ajoutant ensuite la vinaigrette, comme demandé dès qu’elle eut terminé avec les feuilles de chêne, Laura mélangea le tout et ils purent s’installer à table, comme Solène avait fini aussi. Ça, c’est de la synchronisation !

Jasper – Bradley va vraiment passer dans toutes les classes pour parler sécurité ? Je pensais à un discours de début d’année comme vous avez d’autres choses à faire. On a tous compris l’enjeu, ici, on ne parle tous que de ça entre nous. Même les plus… agités se calment, et puis il y a eu un grand « tri » avec tous les élèves qui n’ont pas pu venir à cause de leurs parents.

Laura fronça les sourcils, comprenant, malgré tout, les questions de Jasper. D’eux deux, il était celui qui devait le moins apprécier Bradley, alors la perspective de devoir l’écouter durant ses propres heures de cours ne devait guère l’enchanter. Il avait changé. Bradley aussi. Mais la rancœur et l’amertume, elles, risquaient de perdurer un long moment. Au même instant, de nouveaux bruits de pas émanant du couloir se firent entendre, sans cris cette fois, mais une course très rapide avec quelques insultes étouffées parvint aux oreilles de Laura. Ah, cette fois, c’était monsieur de Sora. Reportant son regard sur son assiette, alors qu’on servait toujours, la collégienne tourna la tête vers leur tuteur, très brièvement. Pas sûr que la question lui plaise…

Laura – Même dans les classes du collège, c’est la même chose, ajouta-t-elle avant qu’il ne réponde pour enchérir. Et puis, on est la preuve vivante que les élèves se calment. Je crois.

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le Sam 12 Jan - 18:19
Solène – La guerre brise tout le monde, soupira-t-elle. Mais tout le monde ne se reconstruit pas.

Ou ne se reconstruisait d’une façon qui plaisait parfois assez peu aux proches… Elle n’avait plus vu sa sœur ou ses frères depuis plusieurs mois et le changement chez eux allait sans doute paraître très perturbant. Pendant que sa femme continuait de préparer le repas, il repassa dans un petit coin de la cuisine, à l’écart, où il déposait quelques affaires servant sur le terrain, depuis son arrivée dans la résistance. Par exemple, un petit harnais spécial qu’on attachait au bras, pour y glisser des couteaux ou autre chose, il suffisait ensuite d’un petit geste pour que le manche vous tombe directement dans la main. Les miliaires lui avaient enseigné cette astuce, très pratique lorsqu’on était capturé ou acculé et qu’il fallait un moyen aussi soudain qu’efficace pour se défendre. Il avait aussi un pistolet démonté pour le moment, dans une boîte, avec les balles allants avec. Le tout gardé dans un petit placard, chez lui, tant qu’il n’avait pas besoin de les emmener. La sensation d’avoir une arme à feu entre les mains était bizarrement très vite devenue familière, ce n’était qu’une arme de plus, une protection de plus, tout comme son élément était devenu un moyen de défense et de combat.

Il ne releva qu’un peu la tête quand un bruit de course résonna dans le couloir, suivi d’un bref cri d’Adrien, avant que ça ne redevienne silencieux. Un accident pendant un entraînement, sans doute, ce n’était pas bien grave. Si ça l’était, c’est l’alarme du QG et celle du pensionnat qui auraient résonné dans les habitations, les chambres et salles de repos, pas un simple cri à la volée. Il sourit faiblement à Solène quand elle avoua qu’elle aimerait bien connaître un peu plus Bradley, sans réagir plus que ça. Il termina d’enlever ce qu’il portait sur lui, à savoir armes cachées, petits stratagèmes utiles comme le harnais, rangeant le tout dans un coin au moins pour ce soir. Terminer de préparer, puis se mettre à table, avec un peu plus d’espace pour Genji comme il avait encore les bras et jambes engoncés dans les bandages, même si ça allait un peu mieux. Kimmitsu s’assit près de son neveu pour pouvoir l’aider au cas où, lui trouvant quand même meilleure mine que la dernière fois. Il pourra bientôt débuter la rééducation, peu à peu, Adrien allait le revoir pour ça. Après un accident pareil, il faudra un bon mois de plus et des exercices quotidiens pour reprendre doucement le contrôle de son corps.

Jasper – Bradley va vraiment passer dans toutes les classes pour parler sécurité ? Je pensais à un discours de début d’année comme vous avez d’autres choses à faire. On a tous compris l’enjeu, ici, on ne parle tous que de ça entre nous. Même les plus… agités se calment, et puis il y a eu un grand « tri » avec tous les élèves qui n’ont pas pu venir à cause de leurs parents.

Laura – Même dans les classes du collège, c’est la même chose. Et puis, on est la preuve vivante que les élèves se calment. Je crois.

Ce n’était pas question de ça. Dans le couloir, le bruit avait un peu repris mais toujours aucun signe de véritable alerte. Kimmitsu lança un regard en biais vers la fenêtre, essayant de voir s‘il y avait une agitation grandissante au-dehors, mais il ne vit rien de particulier, aucune lumière perçant la nuit, pas de bruit d’avion passant au-dessus de la forêt. Il aida Solène à servir la soupe, puis la salade. Par habitude, il trempait des petits bouts de pain avec ses baguettes dans la soupe, tout en mangeant, ça calait mieux, le soir. Il ne répondit pas non plus tout de suite, d’abord un peu troublé par le décalage très fort ressenti entre ce que pouvaient penser Solène et les enfants et ce qu’il pensait de son côté, depuis quelques semaines. Les soucis et tracas quotidiens des élèves et d’une école normale, tout cela était… rendu si loin.

Kimmitsu – On ne parle plus de simples mesures de sécurité, la guerre civile pouvant durer des années, il s’agit maintenant d’apprendre à vivre avec. Contrairement à 1914-1918, les civils sont impactés de plein fouet. Le combat est mobile, c’est ce qui fait toute la différence. D’ailleurs, Solène, tu… Enfin, tu devrais  rendre visite à ta grande sœur, demain.

Elle pourra lui dire, pour ce qui était arrivé à leur plus jeune frère, tout lui expliquer, puis l’emmener le voir. Le jeune homme était ici, à l’hôpital improvisé du centre. Ils en pouvaient même pas l’emmener dans un véritable hôpital, où il serait très probablement exécuté ou utilisé comme otage. Son état avait été stabilisé mais restait grave.

Kimmitsu – Ce ne sont plus des discours sur la sécurité, qui comptent, c’est… s’entraîner, se préparer à faire ça. Ecoutez. La situation est plus grave que ne le disent les journaux, en France ou à l’étranger. Les familles de ceux qui combattent sont ciblées prioritairement. J’ai pu détruire à temps les traces de mon arrivée en France il y a des années, j’ai mis le feu à mes passeports, de tous les documents prouvant d’où je venais, à l’ambassade, pour que personne ne puisse remonter la piste de ma famille. Mais vous tous, je ne peux pas dissimuler votre existence. Le seul moyen que j’ai de vous protéger, c’est de vous apprendre à vous défendre. Gabriella fait de même avec ses frères, ses neveux et nièces. Il y a eu des… problèmes, au nouvel an. Peu importe votre âge, dorénavant, vous devez savoir vous défendre votre vie.

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le Jeu 21 Fév - 12:41
En bout de table, Genji aurait moins de mal, son oncle pourra aussi l’aider à manger comme il sera juste à côté. Solène tira les chaises pour les poser plus loin, puis aida Genji à se mettre comme il faut. La guérison avait quand même progressé, durant les vacances au Japon, et les hématomes s’étaient pour la plupart effacés. Restaient les plâtres et il avait moins mal au bras gauche, bon point, vraiment. Elle lui fit un grand sourire en voyant qu’il arrivait mieux à se déplacer pu se redresser malgré ses blessures, ça signifiait que la guérison était sur la bonne voie, très bien. Le mois de janvier sera sans doute encore un peu dur, février aussi à cause de la rééducation, et après tout cela, il sera en pleine forme. Une fois tout déposé sur la table, elle alla chercher la soupière pour la poser au centre et éteindre le petit feu au gaz, pendant que les enfants s’installaient aussi. Parfois, quand elle était dans la cuisine, elle pouvait entendre de très brefs et faibles échos venus des appartements voisins. L’isolation, ici, était tout de même bien meilleure qu’à la précédente école, pour la simple et bonne raison que tout était en pierre. On pourrait se croire dans un château médiéval, en se baladant dans les couloirs, ça devait plaire à pas mal d’enfants.

Jasper – Bradley va vraiment passer dans toutes les classes pour parler sécurité ? Je pensais à un discours de début d’année comme vous avez d’autres choses à faire. On a tous compris l’enjeu, ici, on ne parle tous que de ça entre nous. Même les plus… agités se calment, et puis il y a eu un grand « tri » avec tous les élèves qui n’ont pas pu venir à cause de leurs parents.

Laura – Même dans les classes du collège, c’est la même chose. Et puis, on est la preuve vivante que les élèves se calment. Je crois.

Oh, la jeune femme doutait sincèrement que Bradley se préoccupe de qui était calme ou qui ne l’était pas, les petites affaires de collégiens ou de lycéens devaient lui passer très largement au-dessus. Elle sourit un peu en imaginant des élèves lui dire ça, qu’ils étaient calmes, alors que lui se fichait bien de tout ça, son seul intérêt était de bien mener cette guerre. Son mari ne répondit d’ailleurs pas dans l’immédiat, lui tendant les assiettes pour qu’elle les remplisse avant de les redonner aux enfants, puis faisant passer la salade. Si Solène en jugeait à la tête qu’il tirait, il devait être en train de se demander comment expliquer plus clairement cette situation aux trois enfants. Ils n’avaient pas tords de se poser la question, Bradley étant un des leaders de la résistance, il était curieux, du point de vue des élèves, qu’il prenne la peine de passer ainsi dans toutes les classes une par une alors qu’il avait effectivement autre chose à faire. Ce ne sera sans doute pas non plus une grosse intervention, sans doute… Et Solène se doutait bien qu’il se foutra royalement de l’avis des professeurs et de leurs « cours perturbés » en entrant dans les classes parler de la guerre aux gamins. La priorité ne sera certainement pas donnée à l’enseignement.

Kimmitsu – On ne parle plus de simples mesures de sécurité, la guerre civile pouvant durer des années, il s’agit maintenant d’apprendre à vivre avec. Contrairement à 1914-1918, les civils sont impactés de plein fouet. Le combat est mobile, c’est ce qui fait toute la différence. D’ailleurs, Solène, tu… Enfin, tu devrais rendre visite à ta grande sœur, demain.

La future mère serra d’un coup sa cuillère si vivement et fort que toute sa main en blanchit d’un seul coup, avant qu’elle ne se mette à trembler légèrement. Pourquoi, rendre visite à Gaby, comme ça, tout d’un coup, que s’était-il passé ?! Qui avait été blessé ? Il le lui aurait déjà dit, si une personne de leur famille était décédée, donc ça ne pouvait que ça. Alors qui ? Un des enfants ? Un de ses frères ? Une de ses belles-sœurs ? Gaby elle-même ? Non, elle l’avait aperçue au loin, aujourd’hui. C’était forcément grave, car Solène n’imaginait pas du tout sa sœur vouloir simplement prendre un peu de temps en famille, encore plus en ce moment, et surtout avec la façon dont Kimmitsu avait parlé.

Kimmitsu – Ce ne sont plus des discours sur la sécurité, qui comptent, c’est… s’entraîner, se préparer à faire ça. Écoutez. La situation est plus grave que ne le disent les journaux, en France ou à l’étranger. Les familles de ceux qui combattent sont ciblées prioritairement. J’ai pu détruire à temps les traces de mon arrivée en France il y a des années, j’ai mis le feu à mes passeports, de tous les documents prouvant d’où je venais, à l’ambassade, pour que personne ne puisse remonter la piste de ma famille. Mais vous tous, je ne peux pas dissimuler votre existence. Le seul moyen que j’ai de vous protéger, c’est de vous apprendre à vous défendre. Gabriella fait de même avec ses frères, ses neveux et nièces. Il y a eu des… problèmes, au nouvel an. Peu importe votre âge, dorénavant, vous devez savoir vous défendre votre vie.

C’était sûrement un de ses frères. Mais lequel ? Si elle s’écoutait, elle foncerait tout de suite retrouver Gabriella, ne se contenant qu’à très grande peine. Comme elle ne se contenait plus, elle finit par demander à son mari qui avait été blessé. C’était donc le plus jeune… Elle frissonna quand il lui dit qu’il était dans un état grave mais stable, se jurant de courir dès l’aube retrouver sa sœur puis aller voir leur frère.

Solène – Si tu as détruit tes passeports, tu es devenu apatride… L’État a ôté la nationalité Française à certains résistants, donc…

Dans le cas présent, ce n’était certes pas le plus grave, mais c’était un point qui lui donnait mal au ventre. Être exclu de son pays d’accueil et s’exclure soi-même de son pays natal pour protéger les siens… Redevenant silencieuse un moment, elle se concentra sur son assiette de soupe, assez bouleversée par tout cela. Malgré tout ce qui était déjà arrivé, elle n’était pas habituée et ne pensait pas qu’elle le sera un jour.

Solène – J’aimerai quand même que nos familles puissent voir les petits, à leur naissance. Même si la tienne est loin et que c’est compliqué… Ils ont le droit de prendre part à ça.

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le Dim 21 Avr - 9:54
Si on voulait être honnête, ils devaient admettre que le jeune Paul avait de la chance d’être toujours en vie. Il n’avait que vingt-trois ans, et malgré ce jeune âge, il avait su résister solidement à ses bourreaux. Il était vivant… Par on ne savait encore quel miracle, mais il était vivant. D’autres n’avaient pas eu la même chance. Kimmitsu avoua du bout des lèvres à Solène, lorsqu’elle lui demanda, qu’il était dans un état grave mais stable, aujourd’hui. Il ne comptait pas détailler ce qui était arrivé au jeune homme devant les enfants, ni plus en dire sur son état, et le silence retomba donc un moment sur la table. Il ne répondit pas non plus lorsque Solène souligna qu’il était devenu apatride, ça, ce n’était qu’un détail, à ses yeux. Il n’en mourra pas. Il coupa un peu de temps pour Genji, avant de continuer à manger, l’appétit coupé. Ces derniers temps, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, il fallait se forcer pour manger correctement. Le goût de la poudre des balles dans la bouche n’aidait pas spécialement à avoir bon appétit.

Solène – J’aimerai quand même que nos familles puissent voir les petits, à leur naissance. Même si la tienne est loin et que c’est compliqué… Ils ont le droit de prendre part à ça.

Kimmitsu – Ma famille peut venir en France si elle le veut, du moment qu’ils empruntent les réseaux sécurisés. Pour la tienne, tes parents sont déjà en sécurité auprès d’un des groupes depuis trois ou quatre mois. Robert est entré officiellement dans la Résistance en octobre et Joseph est caché dans l’Est avec sa famille. Il ne voulait pas vraiment, au début, mais après ce qui est arrivé à Paul…

Un soupir lui échappa et il secoua un peu la tête. Autant le plus âge des trois frères avait compris d’emblée l’urgence et l’extrême danger de la situation, autant les deux autres ne s’étaient pas senti concernés et avaient cru que les ennemis des élémentaires s’en prendraient uniquement aux combattants, se contentant d’oublier ou ignorer les autres. Une très grave négligence lorsque votre sœur aînée était une des figures leaders de la Résistance… Paul en avait malheureusement fait les frais. C’était tellement horrible. Il expliqua à sa femme, dans les grandes lignes, comment leur évacuation s’était passé, pour ses frères, précisant qu’ils allaient bien. Quant à Paul, il avait été récupéré quelques jours plus tôt seulement. Autant dire que Gabriella avait très mal pris l’affaire, ils n’avaient pas non plus réussi à arrêter les personnes responsables de ça, ou plutôt les personnes qui s’étaient chargées du « cas », mais qui n’étaient certainement pas les donneurs d’ordre. Changeant de sujet, il dévia la conversation vers des sujets plus anodins, plus basiques, pour changer un peu les idées de tout le monde.

Le reste du repas se déroula plutôt tranquillement. Plus de bruits de course dans les couloirs ou de vocifération, pas d’alarme non plus, le calme plat. Le calme avant la tempête ? Aux yeux du professeur, c’était certain. La conversation revint un moment sur la venue de sa famille, comment s’en arranger. Le voyage sera plus long, évidemment, la sécurité n’était pas prise à la légère. L’accouchement était prévu pour le mois d’avril, Adrien allait le déclencher avant le terme, pour ne pas mettre en danger la vie des deux enfants et celle de sa mère. Ses frères voudront sans doute venir, pour voir les bébés… Le voir lui, aussi, peut-être… Sans doute. Ils avaient encore un peu de temps pour voir tout ça, sans compter qu’un grand nombre de paramètres ne dépendaient pas d’eux, ce qui comptait avant tout était la sécurité globale du site. Après le repas, il aida Solène à débarrasser, en partie plongé dans ses pensées. La fin de l’année avait été très éprouvante et ça ne sera que pire par la suite…

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