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Laura K. Nakajima
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le Mar 13 Aoû - 17:35
Laura jeta un regard sur le journal posé plus loin sur la table du salon avec la photo de Monsieur Marcoh en première page. Cet article qui avait tout chamboulé, une nouvelle fois, alors qu’ils venaient à peine d’arriver ici. Elle l’avait lu et relu, encore et encore, l’article lui faisant froid dans le dos, tout comme le cliché de leur professeur. Depuis qu’elle avait vu l’article, elle ne cessait de se répéter toutes les raisons pour lesquelles il fallait qu’elle entre dans la Résistance. Elle voulait s’entraîner, aider, même pour des missions d’espionnage ou de… quoi que ce soit d’autre, accessible à une adolescente. Son tuteur lui avait dit lui-même qu’il y avait des missions pour tous les âges ! Mais jamais, jamais il n’avait accepté qu’elle entre elle-même dans la Résistance. Elle avait dû lui demander des centaines de fois au moins ! D’accord, elle était jeune et avait des réactions d’enfant, comme il le lui avait souvent répété. Mais ne pas pouvoir se défendre, s’il arrivait quelque chose, était plus grave encore. La preuve avec leur professeur ! Cette photo faisait parler beaucoup d’élèves, c’était le sujet principal de la soirée depuis la parution du journal, le matin-même. Et Laura ne cessait de penser aux risques qu’ils couraient tous, à l’aide que certains des élèves pouvaient apporter, elle y compris. Mais comment en parler à son père adoptif… ? Pourquoi changerait-il d’avis, maintenant, alors qu’elle lui avait posé la question à maintes reprises ?

La collégienne passa l’eau à Genji, un peu plus calme que d’habitude ce soir tant elle tournait et retournait la discussion qu’elle allait avoir avec son tuteur. Elle aurait pu demander à Solène, bien sûr, ou encore directement à sa tante. Mais… Intérieurement, l’aval de monsieur Nakajima était très important pour elle. Qu’il accepte. Juste le fait qu’il accepte changerait beaucoup de choses. Laura était consciente de ne pas lui avoir facilité la vie et si, au début, elle peinait à le considérer vraiment comme une personne à qui elle pouvait tout demander et sur qui se reposer, comme un vrai membre de sa famille, ce n’était plus le cas aujourd’hui. Avec le temps, cela semblait naturel de se tourner vers lui, surtout pour avoir une réponse à ses questions – questions auxquelles Jasper ne pouvait pas répondre, évidemment. Passant une mèche de cheveux derrière son oreille droite, elle continua à manger en lançant parfois des regards furtifs vers son tuteur. Son frère l’avait remarqué mais elle le rassura d’un signe de tête avant de terminer son assiette, de plus en plus nerveuse. Elle avait dit à Solène qu’elle s’occuperait de la vaisselle à sa place, comme elle devait se reposer et qu’elle était moins bien, lui laissant ainsi un peu plus de temps pour elle-même. Et puis… C’était le seul moment qu’elle avait trouvé pour parler à son professeur. Sans Jasper dans les parages, du moins.

Le repas était assez calme, en soi, ils essayaient tous de ne pas trop aborder les sujets tournant autour de la Résistance et des nouvelles de la guerre à table pour se changer les idées. Surtout après les nouvelles comme celle de ce matin avec monsieur Marcoh… Leur père adoptif baignait déjà dedans toute la journée, eux aussi mais à moindre mesure, inutile d’en ajouter une couche. Laura culpabilisait, d’ailleurs, de lui en parler maintenant. Mais… Sinon, quand ? Il n’y avait pas mille occasions pour lui parler sérieusement, surtout que c’était elle qui faisait la démarche pour une fois. Les dernières conversations « père-fille » qu’ils avaient eues ne venaient jamais d’elles. Bon, sauf pour son don, mais c’était différent. Et encore… Elle avait juste voulu lui parler et lui avait demandé à ce qu’elle vienne sur place. Donc, encore une démarche de sa part… Laissant le repas se terminer, attendant que Solène, Genji et Jasper aillent vaquer à leurs occupations, Laura rassembla les assiettes, les verres et les couverts et porta le tout jusqu’à l’évier de la cuisine pour aider à nettoyer, essuyer et ranger. Elle l’avait aussi fait exprès pour avoir « quelque chose à faire » et ne pas devoir regarder son tuteur dans les yeux en parlant. Sa manière qu’il avait de vous sonder et de comprendre tout ce qui vous passe par la tête…

Laura hésitait entre plusieurs manières pour aborder le sujet. Mais, cette fois, elle ne pouvait plus se défiler. Elle avait déjà eu l’occasion de parler avant le repas mais Solène était arrivée pour aidée et, pour être honnête, l’adolescente n’avait rien fait pour être seule avec son tuteur. Pourtant, elle voulait aider et faire partie de la Résistance, filer un coup de main plutôt que d’être simplement protégée. Ne rien faire la rendait malade, surtout avec les rumeurs qui avaient couru dans l’école toute entière toute la matinée. Jamais ils ne resteraient ici, disaient certains. D’autres avaient une confiance aveugle en leur professeur et maintenaient qu’il ne parlerait pas, même sous la torture. Pour Jasper et elle, qui étaient habitués au milieu militaire de part métier de leur père biologique, il leur était difficile de penser qu’ils allaient rester ici et attendre sagement de savoir si, oui ou non, monsieur Marcoh allait craquer. Mieux valait prévenir et partir, quitte à revenir plus tard, que guérir et voir mourir des femmes, enfants, adolescents et innocents s’étant réfugiés ici pour échapper à la mort. Sans oublier… Tout ce qu’il y avait dans les bâtiments de la Résistance et que les élèves ignoraient. Et la nouvelle était tombée dans la matinée. Ils partaient le lendemain, tous. Tout était déjà prêt, ils n’avaient pas vraiment pris la peine de défaire les valises, plus par réflexe que par précaution pour sa part, mais ce n’était pas plus mal. Ils avaient eu le temps pour le faire, l’annonce mettant toute l’école en effervescence pour qu’ils puissent partir assez vite. Sans grand étonnement, la Résistance et les professeurs avaient déjà des plans pour « le cas où ».

Laura – J’aimerais m’engager dans la Résistance, lâcha-t-elle sans même réfléchir.

Voilà. C’était dit. Envolés, tous les scénarios qu’elle avait imaginés pendant toute la soirée. Le dire directement sans faire de détours était encore le plus sûr, face à son père adoptif. De cette manière, elle pouvait lui donner ses arguments, lui expliquer la raison qui la poussait à lui demander une nouvelle fois son accord, ce qu’elle ressentait vraiment et… Et voilà. Elle aurait pu aller trouver Gabriella qui aurait accepté, oui. Volontairement, elle garda les yeux rivés sur l’assiette qu’elle était en train de nettoyer, frottant un peu plus que nécessaire pour se donner du temps avant de croiser le regard de son tuteur. Allez. Elle n’allait pas frotter cette assiette pendant cent ans. Relevant brièvement la tête, elle lui donna l’assiette avant de tourner la tête pour nettoyer la suivante.

Laura – Je sais que je suis jeune, que je fais encore des choses… dangereuses, parfois. Mais rester inactive et ne pas pouvoir aider devient insupportable. Je n’arrête pas de penser à cela depuis ce matin, depuis qu’on a tous lu l’article de journal sur Monsieur Marcoh. Les autres élèves espéraient qu’on reste mais, Jasper et moi, on savait déjà qu’on devrait partir. On est habitués à côtoyer ce milieu… Un minimum, en tout cas. Je sais que je pourrais être utile, qu’il y a aussi des missions pour les personnes plus petites. En plus, avec les formations, j’apprendrai ce qu’il faut faire ou non. Je suis prête à travailler vraiment dur.

Laura lui passa une autre assiette, en plus d’une fourchette et d’un couteau, ajoutant qu’elle sera plus en sécurité en sachant se défendre comme lui-même devait souvent aller sur le terrain. C’était un argument parfaitement déloyal, oui. Mais tout à fait vrai, et il ne pouvait pas le nier… Elle ne comptait pas lui dire que, dans le pire des cas, elle pouvait toujours aller trouver sa tante pour avoir son accord, préférant user de cet argument en extrême dernier recours. Et, intérieurement, elle espérait qu’il ait changé d’avis… S’engager sans son accord, elle le ferait parce qu’elle savait qu’elle en était capable. Mais… Il restait son tuteur, père adoptif, et professeur.

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le Sam 17 Aoû - 16:53
L’école était ouverte depuis une quinzaine de jours, l’évacuation préventive de tous les non-combattants et leurs familles avait été décidé dans la matinée. Ça ne surprenait pas vraiment Kimmitsu, il s’y était attendu, après qu’on ait su qu’un de leurs hommes était aux mains de l’ennemi, un homme qi savait où était le QG et les résistants, ainsi que l’école, les enfants. La question n’était plus de savoir s’il allait parler ou mourir mais quand ses bourreaux allaient réussir à lui arracher tout ou en partie des informations qui les conduiront ici. Il fallait faire partir les enfants et tous ceux qui ne combattaient pas. Leurs femmes ou maris qui devaient se cacher car ils ne pouvaient plus vivre en paix. La Résistance avait prévu ce cas de figure, néanmoins, personne n’était encore capable de dire combien de temps cet éloignement allait durer et s’ils reviendront ici un jour. Dès le lendemain matin, tout le monde partira, il ne restera sur place que ceux aptes à combattre. Jeunes et moins jeunes… Xiao-Hong lui avait annoncé, toute à l’heure, que sa fille restait. A seize ans, dix-sept ans dans six mois, elle risquait de connaître très bientôt ce qu’était un véritable combat.

L’école entière était en effervescence, tout comme le centre de commandement, et peu de personnes allaient dormir cette nuit. Le grand départ se préparait depuis ce matin, et depuis ce midi, on voyait arriver peu à peu des renforts, des quatre coins de la France, d’autres devaient encore arriver ce soir et au cours de la nuit. Gabriella devait être occupée à guider les élémentaires, mettre en place des tours de garde, briefer ceux et celles qui allaient accompagner les enfants. Avant de rentrer pour manger ce soir avec sa famille, Kimmitsu avait vu d’autres hommes renforcer les rangs, sur les chaînes de montage d’arme, au centre de formation. Il fallait en monter bien plus et vite. Des camions commençaient à emmener du matériel, des vivres et armes vers les caches destinées au civils, avec leurs protecteurs, qui partaient avec eux. Le professeur ne mangeait quasiment pas et ne parlait pas beaucoup plus, écoutant vaguement Solène et les enfants, en réfléchissant à la suite. Janvier avait connu son lot d’horreur, si cette école était finalement abattue pour de bon, il ne restera rien sinon la guerre…

Ce serait un échec. L’école fermée pour de bon, les élèves dispersés aux quatre coins du pays, et ce pour on ne sait combien de temps, c’était un échec. Ils n’auront pas réussi à assurer une vie normale aux enfants, malgré toutes les tensions, à continuer d’assurer leur éducation et et leur entraînement. Des efforts réduits en miette sous le feu de la guerre et de la spirale de violence qui ne cessait de grimper. Par ailleurs, une pareille évacuation soulevait d’autres questions. Comment allaient-ils pouvoir déplacer les blessés graves actuels sans leur faire encore plus de mal ? Comment allaient-ils survivre au voyage et comment pourront-ils continuer d’être soignés ensuite ? Il avait surtout peur pour Paul, qu’on devait emmener vers vingt-trois heures ou minuit, ce soir, en camion, avec deux autres blessés. Son beau-frère était dans un état si critique… Morbide… Kimmitsu hésitait à faire venir Solène durant l’évacuation, au cas où, pour être près de lui, si jamais… Le cœur très lourd à cette idée, il se leva, à la fin du repas, plongé dans ses pensées, et alla nettoyer et ranger la cuisine, avec Laura. Tout en songeant avec un léger cynisme que ça ne servait qu’à peu de choses, si jamais cette école était finalement bombardée.

– J’aimerais m’engager dans la Résistance.

Kimmitsu ne réagit pas dans l’immédiat,pas même surpris par la nouvelle demande soudaine de sa fille. Il continua plutôt d’essuyer et ranger la vaisselle de l’égouttoir ou qu’elle lui tendait, en attendant une suite qui ne tardera sans doute pas à arriver. Genji commençait aussi à y penser sérieusement, tout comme Jasper, maintenant Laura… Le fait que l’école risque de disparaître pour de bon n’aidait en rien à apporter une ambiance un peu plus sereine. Le vrai problème est que les jeunes, ou ceux qui s’engageaient tout juste, n’avaient pas conscience assez vite de la cruelle réalité du terrain. La période de formation était facile, car même si on exigeait beaucoup de vous physiquement et mentalement, rien ne pouvait véritablement vous préparer à la violence réelle, à ce qui se jouait une fois sur place. Vous pouviez apprendre à courir, tirer, vous cacher. Vous ne pouviez en revanche jamais savoir comment vous alliez réagir face à la douleur ou en voyant quelqu’un être tué sous vos yeux, ou bien devoir tuer vous-même, avant de l’avoir vécu. Il y avait un gouffre énorme… Et il aurait voulu qu’aucun de ses enfants, ni des élèves, ne sache jamais ce que voulait dire sauter à l’intérieur.

– Je sais que je suis jeune, que je fais encore des choses… dangereuses, parfois. Mais rester inactive et ne pas pouvoir aider devient insupportable. Je n’arrête pas de penser à cela depuis ce matin, depuis qu’on a tous lu l’article de journal sur Monsieur Marcoh. Les autres élèves espéraient qu’on reste mais, Jasper et moi, on savait déjà qu’on devrait partir. On est habitués à côtoyer ce milieu… Un minimum, en tout cas. Je sais que je pourrais être utile, qu’il y a aussi des missions pour les personnes plus petites. En plus, avec les formations, j’apprendrai ce qu’il faut faire ou non. Je suis prête à travailler vraiment dur.

Elle sera peut-être capable de mieux se défendre, oui, mais ça ne suffisait pas. On ne lui demandera pas de se défendre, on lui demandera d’attaquer, c’était très différent, une fois encore. Kimmitsu resta silencieux un moment, pensif, tout en continuant sa tâche. Il savait très bien que ce n’était plus une question de jeunesse ou d’expérience, ni même une question de volonté. Le vrai problème, c’est qu’une fois engagé, votre esprit se métamorphosait peu à peu, sans que vous ne puissiez rien à y faire, jusqu’à attendre le stade où il n’était plus possible de revenir en arrière. Vous étiez transformé. La guerre pouvait prendre fin pour le monde, mais pas pour vous, car vous restiez marqué à jamais, que vous viviez vieux ou non.

– A bientôt quinze ans, tu dois réaliser que tu vas engager ta vie entière. La guerre change les gens, tu dois déjà le savoir. En t’engageant, tu vivras peut-être quelques mois ou quelques années de conflit réel, c’est impossible à savoir. Puis tu passeras, si tu y survis, tout le reste de ton existence à te lever chaque matin en pensant aux amis que tu auras perdu. Tu te coucheras tous les soirs en sachant que tu ne pourras plus rire comme autrefois, ni vivre à fond. Les conflits remplissent votre existence des fantômes de ceux qui sont morts, jeunes ou vieux. Si on survit, il faut aussi survivre avec la culpabilité. Pourquoi eux et pas moi.

Il voulait juste qu’elle soit consciente de ça. Que même si elle ne voyait pas dans l’immédiat ce qu’était la cruauté de la guerre, qu’elle sache, au moins, qu’elle soit avertie de ce qui allait arriver. Car soyons clairs, ça ne l’empêchera jamais d’en faire des cauchemars, de pleurer ou d’avoir peur, d’être détruite mentalement les pires jours, mais elle saura, avant que ça n’arrive, que c’était possible.

– Tu dois aussi savoir, avant même de commencer à te former, que tu devras tenir, si des amis et des proches meurs. Ne pas t’effondrer si même ton frère meurt. Tu le comprends ?

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le Jeu 19 Sep - 13:47
Son tuteur resta silencieux un long moment, sans que Laura ne fasse le moindre commentaire. Elle attendait. Cette fois-ci, elle sentait que c’était différent, qu’il pouvait accepter sans lui reprocher ce qu’elle était et qui elle était. Avec la guerre et les événements futurs, il n’y avait plus le choix… Elle ne pouvait rester à attendre, ne parvenait pas à s’empêcher de penser à ceux qui combattaient pour eux et toutes les personnes opprimées de près ou de loin par la dictature qui se mettait en place en France. La période était compliquée et les adultes voulaient leur éviter les conséquences de toute cette situation… Mais ce n’était plus possible, aujourd’hui. Ils étaient déjà atteints. Ils pensaient différemment, n’avaient plus les mêmes préoccupations que d’autres adolescents de leur âge, ne s’inquiétaient plus pour les cours… La seule pensée qui s’emparait de l’esprit de Laura à chaque réveil était : est-ce que tout le monde va bien ? Elle essayait de passer le plus de temps possible avec Antoine, Jasper, Genji, Océane… et leurs amis venus jusqu’ici. Elle s’efforçait de faire confiance aux adultes. Mais vient un moment où ce n’est plus suffisant.

Kimmitsu – A bientôt quinze ans, tu dois réaliser que tu vas engager ta vie entière. La guerre change les gens, tu dois déjà le savoir. En t’engageant, tu vivras peut-être quelques mois ou quelques années de conflit réel, c’est impossible à savoir. Puis tu passeras, si tu y survis, tout le reste de ton existence à te lever chaque matin en pensant aux amis que tu auras perdu. Tu te coucheras tous les soirs en sachant que tu ne pourras plus rire comme autrefois, ni vivre à fond. Les conflits remplissent votre existence des fantômes de ceux qui sont morts, jeunes ou vieux. Si on survit, il faut aussi survivre avec la culpabilité. Pourquoi eux et pas moi.

C’était déjà le cas, dans un certain sens, à un degré moindre que celui auquel son père adoptif était déjà confronté… Laura continua de laver une assiette, plus par automatisme qu’autre chose, et la posa sur l’égouttoir à côté d’elle comme elle était allée un peu plus vite, cette fois. Elle savait déjà que sa vie changerait. Qu’elle était en train de changer depuis le jour où l’État avait presque déclaré ouvertement la guerre au Pensionnat et à sa tante. Bien sûr, Laura n’avait pas les mêmes pensées que les Résistants… Comme l’avait dit, plusieurs fois, Kimmitsu, elle grandissait et cherchait encore ses repères. Elle n’évoluait donc pas au même rythme que les autres et, ceci, elle l’avait admis. En particulier depuis que Jasper considérait leur tuteur comme leur père là où, elle, peinait encore à certains moments… C’était sans doute un détail. Mais ce détail lui avait fait comprendre qu’il était plus grand. Alors, oui… Elle allait changer et son esprit resterait dans la guerre. Mais fermer les yeux et la vivre de loin, en étant plus ou moins protégée, lui faisait plus de mal qu’autre chose. Au moins, en s’engageant, elle aurait… une petite influence. Minime, sans aucun doute, mais l’impression de subir et d’être impuissante serait considérablement réduite. La culpabilité l’envahissait un peu plus chaque jour, à chaque fois qu’elle lisait les journaux. Parce qu’elle était protégée, avait sa famille, là où d’autres avaient tout perdu.

Kimmitsu – Tu dois aussi savoir, avant même de commencer à te former, que tu devras tenir, si des amis et des proches meurs. Ne pas t’effondrer si même ton frère meurt. Tu le comprends ?

Laura s’arrêta brièvement, tournant la tête vers son tuteur sans répondre immédiatement. Il savait quel était son point faible, évidemment, et n’hésitait pas à le soulever. Mais elle le comprenait… Il ne fallait pas s’effondrer ou l’on se perdait soi-même. Elle en avait conscience. La gorge nouée… mais elle en avait conscience. Cependant, il lui était impossible de dire qu’elle ne s’effondrerait pas, ne voudrait pas juste se laisser tuer s’il arrivait quelque chose à Jasper. Pas après tout ce qu’ils avaient vécu, pas après toutes les promesses qu’ils s’étaient faites. La peur l’avait déjà envahie plusieurs fois à cause de l’état de son frère, de sa disparition, de leurs disputes… et elle avait bien vu ses réactions dans ces cas-là. Mais elle en avait conscience. Laura le comprenait. Et, dans tous les cas, lui aussi allait s’engager, ce n’était même plus un doute, alors elle ne pouvait éviter la peur de le perdre. Elle préférait seulement y faire face plutôt que d’attendre et de subir…

Laura – Je le comprends…, finit-elle par dire plus bas, le ton un peu rauque. Mais je ne peux pas promettre de ne pas m’effondrer, je sais que Jasper est un pilier pour moi et je sais à quel point son état m’affecte à chaque fois. Mais… étant donné la situation actuelle, je préfère faire face plutôt que d’attendre que les choses se passent. Je n’y arriverais pas. Vous passez votre temps à nous protéger, à nous tenir à l’écart pour nous préserver le plus possible. Mais, aujourd’hui…

Laura avait déjà réfléchi à tout cela. Elle y réfléchissait depuis des semaines, maintenant, même Antoine devait s’en douter pour toutes les fois où ils avaient évoqué le sujet à deux. Ce n’était même plus un secret, lorsqu’elle y repensait… Elle voulait agir, ne plus subir, même si le chemin serait difficile et que la guerre n’était « pas pour les enfants ». Effectivement. Sauf si ceux-ci étaient presque directement concernés par cette dernière et qu’ils devaient vivre selon ce qu’elle lui imposait. Changer d’école une fois, deux fois, perdre des amis, sa famille pour bon nombre d’entre eux, ainsi que tous les repères qu’ils avaient jusqu’ici… Vivre dans la peur d’être repérés un jour et tués ou étudiés comme des sujets d’expérience. Laura ne pouvait plus supporter juste la peur en restant derrière, il fallait qu’elle soit active. Se protéger n’était plus suffisant à ses yeux et n’était plus un argument écartant tout souhait d’engagement. Leur vie avait déjà changé. Elle lança un regard à son père adoptif avant de continuer, les mots venant encore assez facilement tant elle avait imaginé à maintes reprises cette discussion.

Laura – Nous sommes déjà tous influencés par ce qu’il se passe. Je pense continuellement aux autres qui sont venus ici et n’ont pas leurs parents, qui ont laissé leur famille derrière eux pour se protéger et les protéger, ou encore aux adultes qui ont dû rejoindre cet endroit pour ne pas être tué, arrêté ou je ne sais quoi d’autre. Jasper et moi avons de la chance, en un sens, et je culpabilise parfois en voyant des amis qui ont tout perdu à cause de ce conflit. Même si on n'en parle pas. Je sais que ce n’est probablement rien en comparaison de ce que je penserais en m’engageant, mais… Je ne peux plus subir. Attendre, simplement, que les choses se produisent. Si je peux aider, même un minimum… Alors je veux m’engager.

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le Ven 4 Oct - 8:26
Dire qu’il fallait tout faire pour ne pas s’effondrer, c’était facile. Tout le monde n’y parvenait pas et ils en avaient plusieurs « exemples », ici, au pensionnat. Comme le lieutenant Maltais. Il avait beau poursuivre le combat de toutes ses forces, il était très clairement brisé mentalement et tout le monde pouvait s’en apercevoir. Il vivait parce qu’il fallait vivre, comme il le disait lui-même, il combattait car lui n’avait déjà plus rien à perdre et ne voulait pas que d’autres en arrivent là également, mais… Il était comme un automate, finalement. Là car il le fallait bien, rien de plus, rien de moins, il ne vivait plus pour lui. Il n’avait plus aucune étincelle dans le regard. C’était terrible à dire, mais intérieurement, il était déjà mort depuis bien longtemps. Un sort qui guettait tout le monde, qui guettera Laura, comme lui-même, comme tous ceux qui s’engageront. C’était comme ça. On ne pouvait le reprocher à personne, tout le monde ne pouvait avoir la force mentale suffisante pour se relever après l’horreur crue. Et même ceux qui y parvenaient en sortaient transformés. L’épée de Damoclès leur flottant au-dessus de la tête l’année dernière avait fait beaucoup de mal lorsqu’elle était finalement tombée, tranchant bien des destins dans sa chute.

– Je le comprends…, finit-elle par dire plus bas, le ton un peu rauque. Mais je ne peux pas promettre de ne pas m’effondrer, je sais que Jasper est un pilier pour moi et je sais à quel point son état m’affecte à chaque fois. Mais… étant donné la situation actuelle, je préfère faire face plutôt que d’attendre que les choses se passent. Je n’y arriverais pas. Vous passez votre temps à nous protéger, à nous tenir à l’écart pour nous préserver le plus possible. Mais, aujourd’hui…

Oui, il savait très bien que tout cela était dû à leur époque. Personne ne pouvait y échapper. Il reposa les couverts qu’il tenait, en vrac, dans le tiroir, sans chercher à les ranger correctement, comme il s’en souciait depuis toute à l’heure. A quoi bon ? Mis à part pour continuer de maintenir les apparences et mener un semblant de vie normale, comme si cette soirée était semblable à toutes les autres de puis des années, ranger et laver l’appartement ne servait plus strictement à rien. Dès cette nuit, les enfants et les civils partiront, emmener quelques affaires avec eux et fuyant vers divers coins de France. Ils ne reviendront jamais ici, peu importe ce qui avait été dit ce matin pour les rassurer ou être un minimum encourageant. Laissant aussi retomber le torchon dans un coin de la cuisine, il se retourna puis s’appuya contre le coin du meuble, près de Laura, sans rien répondre encore. Au passage, il aperçut Solène, occupée à préparer son sac, semblant hésiter à prendre des photos de famille avec elle. Le dilemme était le même pour tous… Prendre ça avec soi était-il superficiel ou considéré comme un soutien moral sûr ? Les souvenirs étaient dans la tête… Mais les photos étaient aussi précieuses lorsqu’on avait plus que ça.

– Nous sommes déjà tous influencés par ce qu’il se passe. Je pense continuellement aux autres qui sont venus ici et n’ont pas leurs parents, qui ont laissé leur famille derrière eux pour se protéger et les protéger, ou encore aux adultes qui ont dû rejoindre cet endroit pour ne pas être tué, arrêté ou je ne sais quoi d’autre. Jasper et moi avons de la chance, en un sens, et je culpabilise parfois en voyant des amis qui ont tout perdu à cause de ce conflit. Même si on n'en parle pas. Je sais que ce n’est probablement rien en comparaison de ce que je penserais en m’engageant, mais… Je ne peux plus subir. Attendre, simplement, que les choses se produisent. Si je peux aider, même un minimum… Alors je veux m’engager.

– A partir du moment que tu sais ce que tu risques… Et que tu sais que personne ne pourra plus rien faire pour toi si tu en es brisée. C’est le plus important à savoir.

Il l’incita à laisser tomber la vaisselle, murmurant que ça n’avait aucune importance, puis l’attira contre lui pour la serrer dans ses bras. L’envie de pleurer était encore là, elle ne le quittait quasiment plus depuis le début du mois de janvier. Beaucoup de soldats, déserteurs, lui disaient que c’était normal… Il y avait ainsi une « phase » où on pouvait se retrouver submergé, où on paniquait de perdre complètement le contrôle de sa vie, où on ne comprenait pas pourquoi tut ça devait arriver et, plus que tout, comme le gérer, comment s’en sortir. Il s’était souvenu que même Gabriella avait eu cette phase, il y a longtemps, des jours où elle pleurait beaucoup plus, en cachette, même si ça finissait toujours par se voir. Puis c’était passé… Parce qu’il fallait bien continuer à vivre et surtout agir, c’était passé, de force. Dans son propre cas, il ignorait quand et comment ce même sentiment allait le quitter. Pour le moment, il était juste terrifié. Pour ses proches, pour tout le monde, pour cette situation infernale. Pour leur avenir, s’ils en avaient toujours un.

– Toi et les autres, ici, vous avez une chance fondamentale, celle de pouvoir apprendre et vous former en sécurité, avant d’être jetés sur le terrain. La majorité des résistants actuels ont été surpris par le feu et dont dû défendre leurs vies sans même avoir le temps de comprendre ce qui leur arrivait, ça a été très violent. Ne gâche pas le temps qui te sera donné pour apprendre. Même si c’est dur, que tu te sens épuisée ou que tu prends peur. Le mental est le plus important. Tu ne devras plus te laisser toucher par les petites disputes insignifiantes ou les jugements. Tu devras apprendre à t’affirmer. A lutter même avec la peur vissée au ventre.

Compris ? C’était une chance si énorme d’avoir du temps pour se former qu’il n’était pas question de le gaspiller. Il la serra un peu plus fort contre lui, retenant un très long soupir.

– Tâche d’être patiente… Tu n’auras vite plus le temps de pleurer les morts. Le deuil viendra bien plus tard.

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