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Ste Famille
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le Ven 13 Sep - 13:31
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Quatre heures du matin viennent de sonner. Voitures, camions et car emmènent les civils loin du QG de la Résistance…

Un des lieux sécurisés choisi, dans la commune de l’Houmeau, se trouve au bord de l’océan Atlantique, proche de la ville de la Rochelle. Près de la mer, une très grande bâtisse sans charme, entourée de hauts murs avec une haute et large grille de fer renforcée, se tient face à une longue rue et un passage vers la mer. Il s’agit de l’orphelinat St Christophe, un lieu vieillissant, situé dans un des quartiers excentrés de la ville, à quinze minutes à pied du centre.

Chaque personne ne peut prendre avec elle qu’un sac à dos et un autre sac à la main. Pas de valises, pas d’encombrants, il faut être rapide, discret et voyager léger. Chaque groupe est encadré par des membres de la Résistance, armés, arrivés depuis peu pour participer à l’évacuation.

L’orphelinat, tenu par des religieuses, est prêt à accueillir les fuyards le plus tôt possible… Il faut dès à présent embarquer pour le voyage et espérer que tout se déroule bien…

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Jasper Nakajima
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le Lun 16 Sep - 8:13
L’ambiance de cette nuit était très… particulière… Beaucoup de personnes n’avaient pas dormi du tout et celles qui avaient ou fermer l’œil ne s’étaient pas réellement reposées. Il y avait de l’agitation, oui, mais une agitation silencieuse, très lourde, très compliquée à analyser. Comme si… le temps était suspendu, aux décisions d’autres personnes, Jasper avait l’impression d’être au bord du gouffre, alors qu’on lui demandait de sauter droit dans l’inconnu sans parachute. Il pourrait faire la bravade, dire qu’il n’avait pas peur, mais ce n’était pas vrai, il était terrorisé et était sûr que tout le monde l’était aussi. Pour cette dernière nuit, ils avaient dormi dans l’appartement de leur père d’adoption, dans une petite chambre partagée avec sa sœur et Genji. Rester blotti contre eux durant ces maigres quelques heures de repos avait été… réconfortant. Plus que jamais, avoir sa famille près de si l’avait réchauffé comme jamais. Surtout depuis hier soir… Solène était partie dès le midi, la veille, avec les blessés… Et ils avaient su hier soir que son frère, Paul, n’avait pas survécu au voyage.

Si Jasper ne connaissait pas beaucoup ce nouvel oncle, il avait quand même été bouleversé par la nouvelle. D’abord en imaginant la peine qu’avait dû ressentir Solène, ensuite en imaginant la douleur provoquée par la perte si brutale d’un frère ou d’une sœur. Il serait malade de perdre la sienne… Il avait pas presque une heure à serrer Laura dans ses bras, après avoir su pour ce nouveau décès, ayant aussi hâte de revoir Solène, pour lui tenir la main, la réconforter un peu… Lui dire que tout ira bien malgré tout. Pour le moment, accroupi par terre, il mit dans un sac à dos le peu d’affaires qu’ils pouvaient emporter. Une trousse, des affaires personnelles, quelques vêtements, sa montre, son livre préféré et rien de plus. Ils ne pouvaient pas emmener avec eux trop d’affaires, ils devaient être rapides. Dans un autre petit sac, qu’il prendra à la main avec lui, il mit d’autres vêtements, une paire de chaussures, une gourde d’eau pour le voyage et un bout de pain. Ne restait plus qu’à enfiler son manteau et c’était parti. La nuit noire et le froid terrible les attendaient, mais il ne neigeait pas encore.

Par la fenêtre, il vit des camions et des voitures se garer, aller et venir. Certains groupes partaient déjà. Tous étaient encadrés par au moins une personne, ou deux, armés, l’air fermé. En voyant ça, Jasper ne put que se demander si l’évacuation « d’un mois ou deux sans doute » dont on leur avait parlée, n’allait pas en réalité être permanente… Beaucoup de personnes étaient arrivées, depuis hier après-midi… Des soldats, des Résistants, tous armés, tous le visage à la fois inquiet et résolu. Ils avaient vu des élémentaires s’entraîner et se mettre en place, des hommes entourer l’école, parler des points à défendre. Il allait y avoir une guerre, ici, ça devenait de plus en plus évident pour tout le monde. De plus en plus stressé, il s’arrêta dans le couloir, posant son sac par terre, puis alla d’abord se fourrer dans les bras de Kimmitsu pour lui faire un câlin. Tant pis pour les regards et ceux qui passaient aussi dans le coin ! Il avait peur et l’assumait… A seize ans, quoi de plus logique ? La peur partait peut-être en partie une fois « plongé » dans tout ce merdier, mais pour l’instant, ils n’avaient rien vécu d’assez grave pour avoir changé à ce point.

– Au revoir, papa, murmura-t-il, avant de se détacher de lui.

Reprendre son sac sur le dos, ensuite, et aussi important, s’occuper des jumeaux. Les petits Julien et Aurore étaient encore dans une vieille poussette, déjà emmitouflés pour affronter l’hiver. Jasper murmura un bref mot de condoléances pour leur mère, quoi qu’il n’était pas sûr que ça lui fasse vraiment du bien, puis promis qu’ils allaient emmener les jumeaux en parfaite sécurité, eux aussi. Bizarrement, les petits étaient très calmes… Aurore dormait, même, et son frère somnolait à moitié. Pas de cris ou de larmes lorsqu’ils les prirent dans leur bras… Julien fut confié à Antoine et lui-même prit délicatement la petite Aurore dans ses bras. Il la tenait comme un trésor précieux, toujours apeuré de faire du mal aux bébés, en ne les tenant pas comme il fallait. Un manque d’expérience qui ne semblait pourtant pas gêner l’enfant, car elle ne se réveilla pas. Un des résistants porta lui-même les petits sacs contenant quelques affaires pour les jumeaux, avant de les escorter jusqu’au bus. Un véhicules qui devait habituellement servir pour les touristes et qui passera inaperçu, en cette saison.

Ils étaient plusieurs élèves, quelques professeurs, et deux gardes armés, en plus du chauffeur, à prendre place dans le bus. Lorsque les portes se refermèrent dans un petit claquement, Jasper se retourna et fit un signe de main, au loin, à son père et aussi à leur tante, d’au revoir. Assis sur la banquette du fond, avec sa sœur, Antoine, les enfants, quelques amis, il eut un frisson quand le bus démarra doucement. D’abord en se faufilant doucement jusqu’aux portes du refuge, puis partant sur les routes. Derrière eux, un spectacle incroyable, même dans cette nuit noire, avec les élémentaires terre et eau faisant repousser la forêt sur la route empruntée par le bus une minute plus tôt à peine. Et très vite, ils ne virent plus rien. C’était parti. C’est le moment que choisit Aurore pour se réveiller un peu et lâcher un bref gémissement. Jasper la berça aussitôt et l’embrassa sur le front, serrant contre lui ce bébé de bientôt un an. Elle finit par se rendormir, tout en tétant le bout du doigt que Jasper avait glissé dans sa bouche dans l’espoir de l’apaiser un peu. Les jumeaux n’étaient pas les seuls tous-petits. Madame Martin avait aussi ses fils avec elle, et il y avait le neveu, ou le frère, de la prof de foudre. Et enfin, Maxime, le fils lui aussi tout petit de monsieur de Sora, dans les bras de monsieur Redfire.

– Essaye de dormir aussi, Laura, chuchota-t-il. Le voyage va être long.

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Estelle Martin
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le Sam 21 Sep - 10:50
Un sac derrière, en guise d’oreiller, une petite couverture sur le siège, et une par-dessus pour tenir chaud. Voilà au moins un lit improvisé pour son fils aîné, dans le bus. Wyatt ne comprenait pas très bien ce qui se passait, pourquoi sa mère avait dû le tirer de son lit au milieu de la nuit pour le faire monter dans ce car, mais ce n’était pas plus mal. Il se mit de lui-même en position fœtale, sur le siège, avant que sa mère ne le recouvre de la couverture et l’embrasse sur le front, en lui souhaitant bonne nuit. Assise sur le siège d’à côté, côté allée, elle tenait Chris dans le creux de ses bras, en le berçant doucement. Le car se remplissait peu à peu, des élèves, quelques professeurs, et des hommes qui devaient faire office de gardes du corps. Par les fenêtres du bus, la jeune mère voyait d’autres véhicules partir avec des civils à leur mère. D’autres bus, mais aussi des voitures, des camions… Ils ne prenaient pas les mêmes sorties ou directions, le chauffeur leur avait aussi dit que des cachettes avaient été prévues dans toute la France, certains en auront pour un jour entier de voyage.

L’évacuation se faisait dans le calme, mais était rapide. Tandis qu’eux partaient, ils voyaient arriver d’autres personnes, cette fois, tous des adultes, plus ou moins âgés, la majorité en uniforme, avec des fusils, des armes de poings, des couteaux très longs, des fusils de snipers dans le dos, certains avaient aussi des grenades à la ceinture. Ils dépassaient sans paraître les voir les jeunes grimant dans les véhicules d’évacuation et avançaient plus loin. A une dizaine de mètres de là, hommes et femmes se rassemblaient, s’armaient, se divisaient en plusieurs groupes. De leur point de vue, difficile de comprendre quel groupe allait faire quoi… Estelle avait vu Gabriella, toute à l’heure, confier ses deux enfants à sa famille, et maintenant, elle était près de Kimmitsu et d’autres soldats. Les derniers grimpèrent finalement dans leur bus et le chauffeur claqua les portes. A leur tour de partir. Dès leur sortie du domaine, à mesure de leur progression, des élémentaires qu’ils ne pouvaient pas apercevoir recouvraient la route d’arbres, derrière eux, d’autres encore recouvraient le tout de neige. Une démonstration de pouvoirs qui aurait été très impressionnante, dans d’autres circonstances.

Estelle n’avait pas vraiment peur, sans doute parce qu’elle ne réalisait pas encore ce qui arrivait. Chris s’était rendormi dans ses bras, Wyatt aussi, blotti sous sa couverture. Tournant la tête, elle se força à sourire à deux petits élèves qui affichaient un air très effrayés. Tout ira bien… Le bus quitta les routes escarpées, pour arriver dans la vallée, traverser la ville plus éclairée et endormie. Rien ne bougeait, tout était si calme… En observant les panneaux comme elle pouvait, au passage, la jeune mère vit qu’ils partaient vers l’Ouest, en direction de Bordeaux. Ce qui voulaient dire qu’ils en avaient au moins pour plusieurs heures de voyage. N’y tenant plus, elle finit par demander à haute voix où est-ce qu’ils allaient. Désolée pour les petits qui dormaient ou essayaient de se reposer, mais c’était important, pour tous, de le savoir. Le chauffeur lui lança un bref coup d’œil puis reporta le regard sur la route, visiblement nerveux. Il était surtout très attentif au moindre mouvement suspect, même eux pouvaient le deviner.

Chauffeur – On part pour une petite commune proche de la Rochelle, sur la côte Atlantique. A deux pas de l’océan.

Il redevint silencieux ensuite. La jeune femme ne pouvait pas s’empêcher de se demander si cette proximité avec l’océan était faite pour qu’ils puissent être évacués encore plus loin, cette fois par bateau, au cas où la guerre venait même les toucher là-bas. La question mériterait d’être posée. Posant la tête contre le siège, elle ne dit plus grand-chose, échangeant parfois de brefs murmures avec ses quelques collègues présents, ou avec les enfants, pour les rassurer. Et s’inquiétant pour eux restés sur place… Beaucoup de leurs collègues n’étaient pas partis. En adultes « professeurs », seuls Céleste et Cyprien étaient dans ce bus avec elle. Valentin était parti avec un autre groupe, il ne pouvait combattre à cause de sa jambe. Elle avait aussi vu Marie et Eugène, venus déjeuner chez elle eux aussi en novembre, partir dans des camions avec quelques élèves et des familles de soldats. Daniel aussi était parti avec des enfants en voiture, et sa propre fille, mais Alice, elle, était restée sur place. Edelmira était montée dans un des bus alors qu’eux-mêmes partaient, toute à l’heure. Et sinon…

Kimmitsu et Auguste étaient restés, bien entendu. Tout comme Christophe, si gentil et si calme, qui leur avait dit au revoir avant qu’ils ne partent. Le flegmatique et agaçant David s’était contenté d’un bref signe de tête d’adieu, tout en enfilant son uniforme, cette nuit dans les couloirs, armes en mains. De même que la si jeune Emma, qui n’avait pas dit un seul mot. Elle était passée au milieu d’eux juste comme ça, pour rejoindre un groupe de soldats, le visage fermé et un peu pâle, mais le regard résolu. Leur ancien directeur, monsieur Francfort, avait lui pris le temps de tous leur serrer la main avec un sourire, en leur disant de faire attention à eux, pour le voyage et pour la suite. Frédéric aussi leur avait dit à chacun un mot, mais sans plus, il était reparti très vite et Estelle l’avait entendu demander à des élémentaires de se positionner selon une formation dont elle n’avait pas compris le nom. Enfin, et bien évidemment, les soldats comme Bradley, Maltais, Gabriella et d’autres étaient prêts… Estelle ne croyait plus à leur retour dans cette nouvelle école un jour. Elle ne croyait pas non plus à une fin rapide de cette guerre.

Ce qui l’angoissait surtout, depuis des jours, c’était de savoir ce qu’était devenu Nicolas. Plus de nouvelles, depuis cette photo horrible parue dans le journal hier… Plus de signe de vie, aucune possibilité de savoir où il se trouvait. S’il était toujours en vie, seulement. Inspirant un grand coup, elle ferma les yeux, écartant avec force de son esprit l’idée qu’il soit mort. Il ne pouvait pas ! Il devait être… quelque part… Il allait réussir à s’échapper, elle devait avoir confiance…

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Antoine Lefort
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le Ven 11 Oct - 12:57
Antoine se faufila entre les adultes et élèves pour aller rejoindre ses amis, le couloir encore bondé de personnes prêtes à partir ou, au contraire, s’équipant pour ce qui allait suivre. Les conversations allaient du chuchotement d’au revoir aux « As-tu fait sécuriser l’arrière du bâtiment ?! » lancé d’une voix plus forte et ferme. C’était presque irréel… Il faisait nuit noire, un froid affreux, certains courraient, d’autres pleuraient, quelques-uns, comme lui, n’avaient pas l’air de très bien réaliser ce qui arrivait. En arrivant, il serra l’épaule de Laura avec un petit sourire, pour la réconforter, puis lui murmura que tout ira bien. Jasper, de son côté, était dans les bras de son père adoptif, à lui dire au revoir. Antoine se tourna vers l’ancienne directrice, hésitant à dire quelque chose… Jasper lui avait dit hier soir que leur plus jeune oncle était décédé durant le voyage vers un lieu plus sécurisé, à cause de ses blessures… C’était horrible, mais sur le moment, il ne trouva rien, pas un seul mot correct. Juste un regard. Ce n’était peut-être pas non plus le moment… L’ancienne directrice ne pleurait même pas, elle avait l’air plus… Il ne savait pas comment qualifier ça.

Il put enfin murmurer « mes condoléances », en un souffle, puis se pencha pour prendre Julien dans ses bras. Le bébé dormait à moitié, sans chouiner ou se réveiller quand le jeune homme le serra contre lui. Ils prendront soin des jumeaux, oui, c’était promis. En sortant, il se dépêcha d’aller vers le bus pour que les bébés ne restent pas trop longtemps dans le froid, dehors, grimpant avec une légère difficulté, par manque d’habitude, en tenant bien le bébé. Une fois assis au fond, il se détendit un chouïa, s’asseyant bien au fond du siège, près de ses amis. Ce fut en silence qu’ils se mirent en route, on entendait juste les vagues gémissements des bébés. Les fils de madame Martin, celui de leur infirmier… S’il n’y avait pas eu une telle tension dans l’air, on aurait presque pu croire au début d’un voyage scolaire. Antoine baissa les yeux sur Julien, attendri en le regardant s’endormir pour de bon, suçant son pouce, son autre petite main serrée sur une peluche, bien emmitouflé pour ne pas avoir froid. Il était tellement mignon. De petits cheveux blonds éparses, dépassant de son bonnet, la respiration douce.

A côté, Jasper murmura à sa petite sœur d’essayer de dormir, puis redevint silencieux. Leur bus avait quitté la forêt pour s’engager sur une route sinueuse descendant vers la vallée, puis la ville. Il s’était déjà écoulé un moment quand madame Martin demanda au chauffeur où ils se rendaient, au juste. La réponse eut au moins le mérite d’arracher un sourire à Antoine. Un endroit à deux pas de la plage et de l’océan, ça au moins, c’était une très bonne nouvelle ! Un paysage familier, pouvoir se baigner aux jours chauds, le vent salé, fort et vivifiant. Il était plutôt soulagé. Il passa encore un moment à observer Julien dormir, dans le creux de ses bras, puis regarda au-dehors, le peu qu’on voyait avec la nuit noire. Vers six heures du matin, la neige retomba à nouveau. Ils étaient partis à quatre heures du matin et devaient en avoir pour un peu plus de cinq heures de route. Ils devaient arriver vers neuf heures du matin, environ, neuf ou dix heures, selon l’état de la route. Vers un orphelinat, ironie de la chose. Antoine somnola par à-coups, mais sans jamais s’endormir. Le jour se levait sur de nouveaux paysages, de nouvelles routes. Les deux gardes armés, avec eux, se levaient parfois, fixaient par les fenêtres au loin, puis se rasseyaient.

– Tu peux faire chauffer les biberons avec ton don, Jaz ?

Il pouvait se débrouiller à le préparer avec une main, en coinçant la bouteille entre ses genoux le temps de verser le lait en poudre. Mais pour le faire chauffer doucement… Il lança un coup d’œil à son meilleur ami, pour avoir confirmation, puis prépara ça avant que les jumeaux ne se réveillent. Une opération dans laquelle étaient aussi lancés madame Martin et monsieur Redfire. Les autres commençaient aussi à grignoter du pain ou des biscuits, en guise de petit-déjeuner, boire un peu d’eau. Quelques-uns, encore plongés dans le sommeil, n’avaient pas remué d’un pouce. La neige s’était estompée, peu à peu, laissant place à un soleil assez faible, de larges nuages gris et blancs. Antoine était lancé à nourrir Julien, encore plus attendri, lorsque du mouvement attira son attention. Dehors, dans le sens inverse à eux, tout un convoi militaire se pointa tout à coup et les croisa. Des voitures blindées, avec ou sans mitraillettes montées, des chars, carrément, des camions… Un convoi si long que le jeune homme en resta bouche bée. Une volée de murmures était montée et leurs deux gardes étaient sur le qui-vive.

– Ils vont vers l’école cachée ! lança un des petits de onze ans.

– Rien ne le prouve, dit aussitôt Antoine, d’un ton rassurant. C’est normal de voir passer ces convois par les temps qui courent.

Convoi qui finit par disparaître au loin, il avait été si long que le bus avait mis plusieurs minutes avant de finir de le croiser. Une force de frappe particulièrement impressionnante, et dont le seul équivalent avait été vu sur des photos de la Grande Guerre, ce type de convoi partant alors pour le front. La seule bataille de cette ampleur qui mériterait de déployer une force si grande serait… C’était le petit élève qui devait avoir raison, dans le fond. Étaient-ils partis vraiment juste à temps… ? Et ceux restés derrière ? allaient-ils avoir le temps de monter leurs défenses ? Être assez nombreux pour riposter ? Ce passage avait jeté un très grand froid, dans le bus, plus personne ne parlait beaucoup. Les deux gardes chuchotaient avec rapidité, entre eux, puis se redressèrent lorsque le même petit élève lâcha un sanglot étouffé et terrifié. Le plus grand des deux lui adressa un sourire tranquille, debout et appuyé contre le dossier d’un siège.

– Il ne faut pas avoir peur, petit. Tous ceux restés au QG sont entraînés justement pour faire face à ça. Ils ont tous déjà vécu au moins une fois ce type de situation. Bradley a dirigé des troupes bien plus importantes, sous le feu des obus, durant la Grande Guerre, ce ne sera pas pire.

Antoine se demandait si l’ex-maréchal n’avait pas peur, lui aussi, justement… Ce qu’il ressentait, face à ça… Blotti dans le fauteuil, il se concentra sur sa tâche, donner son biberon à Julien, en essayant de ne pas penser au reste. Ce ne sera peut-être pas pire que la Grande Guerre, mais en terme de feu, le niveau sera égalé sans aucun problème.

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Genji Nakajima
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le Lun 14 Oct - 8:35
Un peu plus de quinze jours et voilà, s’en était déjà terminé de la nouvelle école. Pas vraiment une surprise… La vraie surprise, c’était lorsqu’ils avaient vu, en rentrant en France, que les adultes avaient quand même voulu recréer un semblant de vie normale, des cours et tout le reste malgré la situation. Genji posa la tête contre le rebord du siège, vers la fenêtre, même s’il ne pouvait pas voir grand-chose, jambes repliées sous lui et manteau le couvrant, en veillant à ne pas appuyer sur son bras blessé. En partance vers une ville de bord de mer, donc… Il n’avait pas l’habitude de ce genre d’endroits, ça changeait beaucoup, si l’océan était si proche ? Et pourquoi là-bas ? Si la guerre y arrivait aussi, ils fuirent par bateau ? Pour aller où ? Changer de continent ? Le monde était vaste et l’Europe toute entière s’embrasait… S’ils voulaient apprendre maîtriser leurs pouvoirs en paix, ils devront s’arrêter dans des pays et continents où ça ne choquait personne. Ni l’Asie, ni l’Europe, ni l’Afrique. Peut-être les deux Amériques ou le Canada ? Où l’Australie, mais elle était si loin…

Le jeune homme ne pouvait pas fermer l’œil, dès qu’il tentait, il imaginait ce qui attendait tous ceux restés au QG, là-bas, ce qu’ils allaient devoir affronter, l’horreur qui allait suivre. Il pensait à son oncle et sa tante, combattant avec leurs éléments respectifs, il pensait à Océane, qui avait beau avoir été entraînée toute sa vie pour ça, restait malgré tout une jeune fille de leur âge. Il pensait à la prof de vent, à peine plus âgée qu’eux, sous la pluie de balles, et à tous ces hommes et ces femmes, qui risquaient de perdre violemment la vie. Ils ne reviendront jamais là-bas, ce n’était pas possible ! Comment, alors qu’ils étaient ainsi tous évacués en vitesse ? Les chefs de la rébellion devaient se préparer à recevoir une attaque de masse, le QG allait peut-être réduit en poussière. Ne serait-ce qu’hier soir, leur oncle, d’habitude un peu maniaque, ne s’était même pas soucié de ranger correctement avant qu’ils ‘essayent tous de prendre quelques heures de sommeil ! Parce que ça n’avait aucune importance, de ranger ou non, si tout allait détruit le lendemain ou dans les jours suivants, c’était la seule raison.

Ils ignoraient aussi ce qu’il était advenu précisément de monsieur Marcoh. Plus rien, plus de nouvelles, depuis cette photo affreuse dans le journal. Avait-il dû parler ? Avait-il seulement survécu ? Même si Genji ne l’avait qu’à peine connu, il restait un de leurs professeurs. Et puis, ce prof-là avait eu le temps de le marquer grâce à son sourire et son énergie, au milieu de tant d’adultes très moroses et sérieux. Parce qu’il encourageait avec un grand sourire tous ceux qu’ils croisaient avec un regard triste dans le couloir. Impossible de ne pas se faire des films sur ce qu’il avait bien pu subir entre les mains de l’ennemi. Le lycéen eut un long frisson, s’efforçant de chasser de son esprit toutes les horreurs qui pouvaient lui venir en tête. Il était peut-être encore en vie… Ils devaient penser ça, que leur prof, ancien prof, était bien vivant, s’ils commençaient à perdre espoir maintenant, impossible de tenir jusqu’à la fin de la guerre. Genji tenta à nouveau de dormir, même un peu, mis aussi en confiance par la présence des deux gardes armés avec eux. Ils sauront quoi faire en cas d’attaque. Pas qu’il n’avait pas confiance en les quelques profs présents, mais… Des personnes armées et entraînées, c’était tout de même mieux.

Lorsque le matin, et un peu de neige, pointèrent le bout de leur nez, un peu plus d’agitation réveilla le car. Certains arrivaient à manger un peu et boire, lui-même avait l’appétit complètement coupé. Même s’il se força à manger quand même, car il savait très bien que moins manger ne faisait que vous affaiblir et c’était tout sauf le bon moment. Se fatiguer soi-même exprès, en plus dans une période pareille, ce serait vraiment le comble de la connerie. A côté de lui, blotti dans le siège côté couloir, une petite collégienne n’avait pas remué, profondément endormie, en position fœtale dans le siège. Il ramena son manteau sur elle, qui commençait à glisser, pour qu’elle ait assez chaud, puis reprit son observation de l’extérieur. Ils filaient sur une route rectiligne, bordée par quelques arbres éparses, avec des champs tout alentour, balayés par la neige et un peu de vent. Un moment plus tard, un convoi militaire se pointa tout à coup, en sens inverse. Si long que Genji n’en vit pas tout de suite le bout, tandis qu’ils commençaient à le croiser. Un des deux gardes, assis, avait posé la main sur son arme, son autre main se mettait à crépiter d’étincelles, le dos tendu.

– Ils vont vers l’école cachée !

– Rien ne le prouve. C’est normal de voir passer ces convois par les temps qui courent.

Antoine… C’était bien de vouloir rassurer les petits, mais ils n’étaient pas idiots non plus… Ce n’était même pas tant la direction prise qui comptait, ici, mais plutôt les forces déployées. Il n’y avait jamais de convois militaires d’une taille aussi importante sur les routes, à moins d’être en partance pour une zone de combat ! Or, le seul combat en dur qui s’annonçait pour le moment, c’était bel et bien celui contre la Résistance, au quartier général, à l’ancienne école. Une fois le convoi dépassé et disparaissant au loin, le chauffeur avait un peu accéléré, les deux gardes se levèrent, discutant entre eux à voix basse. Celui qui avait eut la main à crépiter d’étincelles la secoua légèrement et la foudre s’évapora. Genji voyait mal ce qu’un élémentaire, même de la foudre, pouvait faire de toute façon contre un convoi pareil… Jusqu’à ce qu’il réalise qu’il serait simplement resté en arrière pour leur faire gagner du temps, pendant qu’ils fuyaient. Et qu’il y aurait probablement laissé sa vie. L’autre garde était aussi un élémentaire ? Impossible de le dire juste en le regardant et le jeune homme n’osa pas poser la question. Le passage du convoi avait secoué tout le monde et certains avaient même fondu en larmes.

– Il ne faut pas avoir peur, petit. Tous ceux restés au QG sont entraînés justement pour faire face à ça. Ils ont tous déjà vécu au moins une fois ce type de situation. Bradley a dirigé des troupes bien plus importantes, sous le feu des obus, durant la Grande Guerre, ce ne sera pas pire.

C’était censé être rassurant ? Ouais, ils étaient tous entraînés, mais quand même ! Des chars, des mitraillettes, des bataillons… Comment allaient-ils faire face, tous, avec une telle débauche de moyens si lourds ? Genji finit par marmonner, à voix haute, que c’était quand même lourd, cette fois… Le garde de la foudre sourit à nouveau, toujours paisiblement.

– Il y a des techniques qu’on ne peut pas apprendre sur les bancs d’une école, pas mal d’adultes ne les apprennent pas non plus ensuite, vos profs n’ont pas pu vous en parler et c’est normal. Tous les éléments, une fois portés à un niveau supérieur, sont aussi efficaces que la plus lourde des armes à feu. Même les éléments comme la terre ou l’eau. On peut provoquer un raz de marée à partir de rien, fendre en deux des collines avec l’élément terre ou transpercer le blindage des chars avec la foudre. Il est même possible, à un bon niveau, de combiner des éléments antagonistes, comme l’eau et le feu.

Fendre des collines… ? Si Genji n’était pas trop surpris, pour la foudre, il avait en revanche toujours vu l’élément terre comme un truc plutôt « gentil », voire faible, l’élément trop doux pour être utilisé pendant une guerre et qui ne pouvait pas faire peur. Un peu pareil pour l’eau, dont il n’avait vu que des démonstrations assez faibles, qui selon lui, ne pouvaient pas non plus être utile en guerre. Il se tut, donc, mais se promit intérieurement de plus se renseigner sur les pouvoirs de chacun des éléments, à compter du moment où ils étaient maniées par des personnes puissantes. Enfin, par des personnes plus exercées que leurs profs, des personnes qui en avaient des besoins plus vifs que les techniques gentilles qu’on apprenait à l’école.

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