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[Janvier 1925] Causes d'un décès Empty [Janvier 1925] Causes d'un décès

le Dim 23 Juil - 19:05
PNJ Suzanne Dumoulin

Il avait commencé à neiger, ce matin-là, étouffant tous les bruits au-dehors et rendant l’atmosphère encore plus lourde et lugubre, si c’était possible. Pourtant, la pièce n’en devenait pas moins claire, l’hiver était plutôt pur et sans tâche, la ville continuait sa marche avec une certaine lenteur et les personnes vaquaient à leurs occupations sans ciller. Chacun poursuivait le cours de sa vie et pourtant, Suzanne avait le sentiment que la sienne se trouvait suspendue sur un fragile fil d’Ariane. Qu’elle marchait en équilibre avec la peur de basculer à tout instant, de perdre définitivement pied. Assise à la table de la cuisine, un long châle posé sur ses épaules et les bras, par-dessus la robe de laine, elle était occupée à répondre aux nombreuses cartes et lettres de condoléances reçues, le visage fermé et penchée, presque voûtée.

Voilà presque une semaine que sa fille, Amélie, était décédée. Un « accident » qui n’avait d’accident que le nom, d’après ce que la mère avait compris, parce qu’elle était parvenue faire dire à son autre fille, Céleste, la jumelle d’Amélie. Un accident… Un accident qui les avait rvé si violemment de leur fille et qui n’avait rien de naturel. Suzanne acceptait qu’on puisse perdre ses proches dans des accidents naturels, des maladies, par la vieillesse, mais pas ainsi. Ici, ce n’était qu’une insulte face à Dieu, en plus d’un meurtre. Un meurtre déguisé, certes, mais un meurtre tout de même, qu’importe qu’il n’ait pas été désiré. Très raide et glacée par le froid, elle continuait d’écrire, répondant à toutes ces personnes, familles, amis, collègues ou simples connaissances, leur adressant leurs condoléances et qui étaient venus à l’enterrement la semaine précédente. La comtoise, dans la pièce suivante, sonna onze heures, juste au moment où elle entendit des pas dans l’escalier.

Suzanne ne bougea pas, sinon pour rapprocher d’elle un autre paquet d’enveloppes, continuant sa lettre à l’attention d’anciens collègues de son mari, avec qui il avait tenu sa première affaire, avant de s’installer à son compte il y a dix ans de cela. Sa seconde fille entra dans la cuisine quelques instants plus tard, sans que sa mère ne relève la tête de son courrier. Elle lui en voulait. Ou plutôt, elle en voulait à ce pouvoir que sa fille, finalement, n’avait jamais appris à contrôler. Un pouvoir dangereux et violent, un pouvoir contre-nature, qui avait arraché la vie à Amélie… Terminant la lettre, Suzanne la signa puis la plie avec soin pour la glisser dans une enveloppe, où elle avait écrit avec soin l’adresse des destinataires. Encore une ou deux lettres et elle devra commencer à préparer le déjeuner, son époux, Pierre, rentrait toujours à midi quinze très précisément,a près avoir fermé l’apothicairerie.  Depuis la mort de leur fille, cette vie semblait être réglée comme du papier à musique.

Suzanne – N’oublie pas que tes grands-parents viennent cet après-midi, dit-elle d’un ton neutre. Il faut trier les affaires d’Amélie. Prend déjà les habits qui te vont. Nous donnerons les affaires trop petites aux bonnes œuvres et ferons d’autres vêtements avec le reste. Il faut aussi trier toutes les babioles, les livres et ce qui s’ensuit.

Le bout de la plume en fer crissa légèrement sur le papier, lorsqu’elle traça la virgule en serrant la main sur son stylo, tête toujours penchée sur sa lettre. Celle-ci destinée au maire de la ville, qui se rendait régulièrement à la boutique de Pierre pour acheter les soins dont il avait besoin, pour soulager les douleurs dues à ses rhumatismes. Suzanne ne se rendait pas compte mais les larmes continuaient de couler, lentement et sans bruit, sur son visage aux traits tirés. Elle se sentait mal, fatiguée, dévastée, étouffant de devoir garder tout cela en elle et ne pouvoir hurler. Elle finit par lever le regard sur son aînée, un regard bleu éclatant, aujourd’hui morne.

Suzanne – Ne devais-tu pas apprendre à maîtriser cette horreur, là-bas ?

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le Mer 26 Juil - 23:11
Tout s’annonçait pourtant très bien. Céleste ne parvenait pas à croire ce qui était arrivé, revivant sans cesse le cauchemar de cette nuit dès qu’elle fermait les yeux. Elle restait enfermée dans sa chambre, sentant son don qui voulait sortir malgré elle, lui parcourant régulièrement les doigts, comme une force qui voulait se déchaîner mais qu’elle retenait. C’était impossible, elle ne pouvait plus. Ce don était responsable de la mort de sa sœur, ce don qui faisait partie d’elle-même et qu’elle n’arrivait pas à maîtriser malgré les commentaires de son professeur d’élément. Il se trompait. Tous s’étaient trompés, au Pensionnat. Elle était diplômée depuis juin et, pourtant, ne s’était jamais sentie aussi démunie et fragile. Pourquoi apprendre à manier un don tel que celui-ci si ce n’était que de l’illusion, qu’ils n’en étaient jamais capables, en fin de compte ? Pourquoi leur mentir ? Pourquoi ? Cette question tournait en boucle dans l’esprit de Céleste, prostrée dans son lit, à moitié recroquevillée sur elle-même.

Le regard vague, elle observait sans voir par la fenêtre de la chambre d’Amélie donnant sur la rue, à l’étage. Il neigeait. Depuis quand, exactement ? Cela faisait une semaine qu’elle n’était pas sortie de chez elle, à la fois par peur de faire du mal à quelqu’un et à la fois par refus de s’éloigner de la chambre de sa sœur. Cela lui permettait de… rester encore un peu près d’elle. D’une certaine manière. La culpabilité la rongeait, le souhait de ne plus avoir ce don l’étouffait, l’empêchant parfois de manger correctement. De toute manière, ses parents ne pouvaient plus la regarder directement depuis que sa sœur était partie… Et comment leur en vouloir ? Elle-même avait le même sentiment, se laissant aller sans prendre soin de son apparence. Ses longs cheveux bouclés retombaient de part et d’autre de ses épaules, complètement emmêlés. Pourquoi les dons existaient-ils ?! Pour faire souffrir leur porteur, leur famille, pour provoquer des incidents du même genre que celui qu’Amélie avait eu ? Pour rappeler que, même s’ils apprenaient à les utiliser, ils n’en étaient jamais les maîtres et qu’ils ne pouvaient pas aller contre Dame Nature ?

Parce que non, pour elle, ce n’était plus « Dieu ». Dieu n’existait pas, tout cela n’était qu’illusion pour rassurer les Hommes, pour leur donner l’impression que la Mort serait douce s’ils priaient et ne commettaient aucun pêché de toute leur vie. Idioties. Tout cela n’étaient que bêtises et mensonges, la mort n’était jamais douce et survenait à n’importe quel moment, même pour les meilleures personnes du Monde. Comme pour confirmer ses pensées, Céleste sentit de l’électricité lui parcourir les mains, ce qui provoqua en elle un sursaut de terreur. Elle poussa un cri en jetant l’oreiller qu’elle tenait contre sa poitrine avec force, ce dernier allant se cogner contre le mur pour retomber mollement au sol sans faire aucun bruit, comme pour narguer sa colère, comme pour lui hurler que cela ne servait à rien. C’était de sa faute, à elle d’en assumer le prix.

La jeune adulte s’était redressée et assise au bord du lit sans trop savoir ce qu’elle devait faire. Elle n’avait pas envie de parler à ses parents, de voir encore leur regard accusateur ni même de leur parler. Elle avait besoin de… partir. Quelque part. Elle ne savait pas où, mais ce besoin devenait de plus en plus présent comme si rester ici allait la rendre folle. Les coudes sur ses genoux, Céleste se tint la tête dans les mains en poussant un immense soupir avant de se frotter le visage. Rester ici ne servait à rien, il fallait qu’elle sorte, qu’elle… fasse quelque chose. Elle se leva donc et sortit de la chambre, guettant les bruits de la maison sans rien entendre. Sa mère n’était sûrement pas sortie, elle devait être occupée dans la cuisine pour préparer le repas. Elle descendit donc les escaliers, ce sentiment de malaise et d’oppression ne la quittant pas une seule seconde, et se dirigea vers la cuisine sans trop savoir ce qu’elle avait à y faire. Boire un peu d’eau, manger un biscuit… Sortir.

Sa mère était là, à table, en train de rédiger des lettres pour répondre aux condoléances qu’ils avaient reçues. Pourquoi répondre ? Pourquoi faire toutes ces cérémonies ? Aujourd’hui, plus que jamais, leur classe sociale lui pesait. Qu’on les laisse en paix. Pourquoi des lettres de condoléances demandaient-elles une réponse, d’ailleurs ? « Merci de nous présenter vos condoléances », à l’enterrement, devait sûrement suffire. Pour les autres… Peu importe. Ces feuilles de papier n’étaient remplies que de paroles vides, tout comme le chauffeur de taxi, comme celles de sa meilleure amie. Certaines étaient peut-être honnêtes. D’autres, par contre, camouflaient une rancune dont la responsable était Céleste, et à raison. Le reste n’étaient que détails superflus. Un accident de voiture, malheureux, oui, mais avec un don, il s’agissait d’un meurtre à leurs yeux. Seul le témoignage du chauffeur l’avait sauvée. Elle prit un verre dans une des armoires situées au-dessus de l’évier, le remplissant d’eau sans se tourner vers sa mère qui n’avait, de toute manière, aucun vrai regard pour elle. En tout cas, ce n’était pas celui que Céleste avait l’habitude de voir…

Mère – N’oublie pas que tes grands-parents viennent cet après-midi, dit-elle d’un ton neutre. Il faut trier les affaires d’Amélie. Prend déjà les habits qui te vont. Nous donnerons les affaires trop petites aux bonnes œuvres et ferons d’autres vêtements avec le reste. Il faut aussi trier toutes les babioles, les livres et ce qui s’ensuit.

Qu… Pardon ? Elle avait bien entendu… ? Céleste tourna soudainement la tête vers sa mère, croyant halluciner. Elle ne pouvait pas jeter les affaires d’Amélie ! Pas aussi vite ! Sa sœur était morte il y a de cela une semaine et leur mère pensait déjà à jeter ses affaires ?! Hors de question, Céleste comptait tout reprendre avec elle. La jeune adulte serra les mains sur son verre, sentant à nouveau l’électricité lui parcourir les bras, la faisant blêmir en une seconde. Elle ne pouvait pas, il ne fallait pas, elle devait se contrôler, garder ce don, ne plus s’en servir avant de pouvoir le maîtriser. Son professeur lui avait répété durant toutes ses études au Pensionnat qu’un don ne devait pas être retenu, tous les professeurs le disaient, mais preuve était qu’ils pouvaient se tromper.

Après tout, au bout de leurs études au Pensionnat, ils étaient censés être capables de maîtriser leur élément, au moins pour éviter ce genre d’accidents. Et ce n’était pas le cas. Parce qu’Amélie était partie à cause d’elle, elle ne rirait plus avec sa sœur, elles ne sortiraient plus ensemble, n’auraient plus de maison l’une à côté de l’autre, ne verraient plus leurs amis, ne feraient plus rien. Parce qu’il ne restait que Céleste. Sa mère leva la tête à ce moment, alors qu’elle-même avait une boule qui lui enserrait la gorge, des larmes ayant encore coulé le long de ses joues. Elle était désolée…

Mère – Ne devais-tu pas apprendre à maîtriser cette horreur, là-bas ?

Céleste – Je… Je pensais que c’était le cas, murmura-t-elle en rabaissant la tête. Mais je retiens mon don, depuis…

Mère – Tu dois t'en débarrasser.

Céleste releva la tête vers sa mère, entrouvrant légèrement la bouche sans rien dire, choquée. Elle ne pouvait pas s’en débarrasser ! C’était impossible, un don développé ne pouvait pas être enlevé, tout le monde le sait. Et puis, peut-être qu’avec des cours supplémentaires… Ou alors, en le retenant, en le contenant tout simplement. Seulement, c’était dangereux, elle pouvait en mourir, et elle le savait. Impossible de faire autrement, il lui suffisait de… de… Elle ne savait pas. Céleste finit par répondre qu’un don ne pouvait être enlevé, surtout après toutes ces années, que c’était impossible et qu’elle devait continuer avec. Ses professeurs le leur avaient suffisamment répété pour qu’elle les croit, au moins là-dessus, même si elle ne les croyait plus pour le reste. Le don était dangereux, oui, ils le lui avaient dit, ils avaient insisté sur l’importance de garder le contrôle, surtout durant les heures de cours destinées à cela. Mais, même ces heures étaient inutiles. Sinon, pourquoi Amélie serait-elle partie ? Pourquoi Céleste n’avait-elle pas été capable de se contrôler durant une dispute ? C’était sa sœur !

Céleste – Vous ne pouvez pas me demander une telle chose. Nos professeurs nous ont dit que c’était impossible… On doit garder notre don, c’est comme cela. Le mieux est que je… Que j’apprenne à l’utiliser, à le contrôler, ou… Je ne sais pas. Mais je ne peux pas m’en débarrasser, ni arrêter totalement de l’utiliser, surtout un tel don. Il doit sortir parfois, sinon je pourrais être gravement blessée à cause de sa dangerosité. Il risquerait de… se retourner contre moi-même.

La jeune adulte ajouta que cela faisait partie de son sang, qu’elle ne pouvait isoler son don d’elle à sa guise, qu’elle était parmi les meilleurs étudiants de son année. Elle avait toujours eu de très bonnes notes, avait toujours travaillé de manière assidue sans jamais faillir. Si elle n’utilisait plus jamais son don, elle risquait « tout simplement » de mourir… Et sa mère ne pouvait lui demander cela. Elle pouvait l’utiliser beaucoup moins, oui, mais ne pas l’utiliser ? Ses professeurs leur avaient toujours dit que l’entraînement quotidien était primordial, ce qu’elle souligna à sa mère. Elle prit appui sur le bord de l’évier, serrant encore plus son verre dans ses mains avant de décider de le déposer sur l’égouttoir de peur de le briser, croisant ensuite les bras dans un réflexe de protection face à cette mère qui… l’effrayait.

Céleste – Je peux… Je pourrais aller dans un parc, m’éloigner, m’entraîner pendant la nuit ailleurs si vous le souhaitez. Je ne sais pas ce que je dois faire… J’ai besoin de vous. Mais ne me demandez pas de me débarrasser de ce don. Je ferai tout ce que vous me demanderez, mais pas cela.

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[Janvier 1925] Causes d'un décès Empty Re: [Janvier 1925] Causes d'un décès

le Jeu 14 Sep - 14:40
HJ : Désolé pour le retard ! J'ai squatté chez un pote le temps d'écrire.^^


Céleste – Je… Je pensais que c’était le cas, murmura-t-elle en rabaissant la tête. Mais je retiens mon don, depuis…

Suzanne – Tu dois t'en débarrasser.

Le retenir était loin d’être suffisant, enfin ! Elle ne devait plus du tout s’en servir, plus jamais, comment pourrait-elle garder en elle une horreur qui avait provoqué la mort de sa propre sœur ?! Il fallait trouver un moyen de jeter ça, comme on se débarrassait d’une maladie ou d’un mauvais bouton, cela devenait d’une si grande importance. Suzanne leva la main pour essuyer un peu ses joues avant de continuer à écrire les lettres de remerciement, entendant à peine sa fille répondre qu’un don ne pouvait être enlevé. Oh, ça, c’était ce que lui soutenaient ses professeurs, de là-bas, mais bien sûr qu’ils l’affirmaient, sinon plus personne n’irait y prendre de cours ! Elle-même ne croyait pas qu’il s’agisse de la vérité absolue, cela non, il fallait essayer, rechercher, trouver une solution. La gorge très serrée, elle prit une enveloppe pour glisser dedans la lettre qu’elle venait d’écrire, refermant avec soin, puis nota l’adresse dessus. Oh, si seulement… Si seulement… Pourquoi tait-ce arrivé ? La douleur était des plus cruelles, il n’y avait rien de pire pour un parents que de perdre leur enfant. Hurler ne serait pas encore assez pour la soulager, pleurer ne servait à rien sinon à l’épuiser, elle se sentait coincée.

Céleste – Vous ne pouvez pas me demander une telle chose. Nos professeurs nous ont dit que c’était impossible… On doit garder notre don, c’est comme cela. Le mieux est que je… Que j’apprenne à l’utiliser, à le contrôler, ou… Je ne sais pas. Mais je ne peux pas m’en débarrasser, ni arrêter totalement de l’utiliser, surtout un tel don. Il doit sortir parfois, sinon je pourrais être gravement blessée à cause de sa dangerosité. Il risquerait de… se retourner contre moi-même.

Elle ne faisait que répéter ce qu’on lui avait fourré dans le crâne, or, on lui avait aussi répété encore et encore qu’elle pourra se contrôler, à la sortie de l’école, et voilà bien la preuve que c’était faux ! Voyant l’heure tourner, Suzanne commença à ranger les enveloppes, les cartes et son nécessaire à écriture, jetant un bref regard à sa fille lorsqu’elle continua d’argumenter en faveur des traîtres qui lui avaient servi de professeurs, appuyant sur leurs mensonges, le risque qu’elle pourrait en mourir elle-même alors que tout cela était faux. Ses professeurs « avaient toujours dits », oh oui, tel était le problème, ils disaient bien des choses dont ils ne savaient rien eux-mêmes ! Et voilà le résultat, des familles écrasées par la douleur, des morts inutiles, des « accidents » qui n’étaient rien d’autres que de simples meurtres, et tout ce qui s’ensuit. Se levant, Suzanne inspira profondément puis rangea le tout dans une petite commode en pin, dans le coin de la cuisine, afin de prendre la tablier accroché à un petit porte-manteau, qu’elle mit et attacha autour de sa taille. Préparer le repas, maintenant, Pierre n’allait pas tarder à rentrer. La vie devait continuer, quoi qu’il arrive.

Céleste – Je peux… Je pourrais aller dans un parc, m’éloigner, m’entraîner pendant la nuit ailleurs si vous le souhaitez. Je ne sais pas ce que je dois faire… J’ai besoin de vous. Mais ne me demandez pas de me débarrasser de ce don. Je ferai tout ce que vous me demanderez, mais pas cela.

Suzanne – Tu crois encore ces… malfaiteurs, lorsqu’ils affirment qu’un don ne peut être ôté ? Alors même qu’ils t’ont déjà menti sur le contrôle qu’on peut en faire ? Enfin, ma chérie, tu es plus intelligente que ça ! On ne peut pas avoir foi en les dires de personnes qui manipulent ainsi des jeunes.

Elle secoua la tête avec un regard à la fois désolé et en colère, indignée qu’on puisse laisser une telle école encore en place et des adultes nuire ainsi à l’esprit de tant d’enfants. Resserrant un peu son tablier, elle sortit ce qu’il fallait pour préparer le repas de ce midi, à savoir de la pintade avec des petits pois et des carottes à mijoter. Mettant la planche à découper sur le plan de travail, elle retroussa ses manches le temps de découper la pintade et les légumes. Au même moment, la comtoise sonna midi, Pierre allait rentrer d’ici une heure, environ. Suzanne renifla un peu, s’efforçant de paraître « normale », de ne pas se laisser écrouler par le chagrin, de continuer à vivre. Leur bébé était aux mains de Dieu, en paix, elle ne devait pas l’oublier.

Suzanne – Renseigne-toi auprès d’autres personnes, poursuivit-elle. Il doit y en avoir qui savent. En attendant, oui, ne t’en sers pas ici. Les voisins parlent, ils ne savent rien de ce qu’il s’est passé exactement, mais tu sais comme moi que les rumeurs vont vite et que les accusations sont promptes. C’était un accident… Mais ce pouvoir est… Si seulement tu avais eu l’eau, ou un don utile au quotidien, comme le feu, ou bien la terre, je ne sais pas, je n’en sais rien, mais pas celui-ci, il est bien trop mauvais et dangereux. J’ai peur…

Elle n’avait avoué cela que d’une voix faible, mai c’était la vérité. Peur que ce don ne s’échappe à nouveau, peur qu’il ne surgisse au plus mauvais moment, peur qu’il y ait des blessés, des morts. Les larmes recommencèrent à couler sans qu’elle ne les empêche, coupant le lapin avec lenteur. Elle dit à sa fille d’une voix un peu étranglé de prendre une marmite et de mettre un peu d’eau à chauffer, avec du sel, du thym et un peu de laurier.

Suzanne – La vie doit continuer, bredouilla-t-elle. Nous devons tous continuer, avoir des projets, faire… Vivre… Où en es-tu avec ce jeune homme, David, dont tu avais parlé l’autre fois ? Vous comptez vous fiancer ?

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le Sam 2 Déc - 0:16
[A mon tour de m'excuser, j'ai complètement oublié ce RP alors que je l'avais commencé...]


Mère – Tu crois encore ces… malfaiteurs, lorsqu’ils affirment qu’un don ne peut être ôté ? Alors même qu’ils t’ont déjà menti sur le contrôle qu’on peut en faire ? Enfin, ma chérie, tu es plus intelligente que ça ! On ne peut pas avoir foi en les dires de personnes qui manipulent ainsi des jeunes.

Sa mère secoua la tête avec un regard désolé mais Céleste ressentit sa colère rien qu’en la regardant à son tour. Ses professeurs n’étaient pas des malfaiteurs ! Ils avaient prévenu tous les élèves de sa classe, de son année, que leur don était dangereux et elle était sûre que c’était le cas pour tous les élèves possédant un don offensif tel que le leur. Elle refusait de croire qu’ils avaient menti, tout simplement, les ayant côtoyés durant plusieurs années. Ils ne pouvaient pas avoir menti à ce point, pas pour des sujets aussi importants qui orientaient toute une vie et définissaient les choix d’enfants, d’adolescents et de futurs adultes. Et puis, son professeur était quelqu’un de bien ! Céleste en restait profondément convaincue, même si une part d’elle-même l’empêchait de s’opposer vivement aux paroles de sa mère. Un « et si » flottait dans son esprit, très léger mais présent, mêlé à la colère, à la culpabilité et à la tristesse.

Céleste s’écarta de l’évier et des armoires pour revenir lentement vers l’entrée de la cuisine, les bras croisés, lorsque sa mère se mit à rassembler tout ce dont elle avait besoin pour cuisiner, sortant aliments et ustensiles de cuisine sans qu’elle-même n’y prête réellement attention. Elle regardait sans voir ce qui était sorti, suivant distraitement les gestes de sa mère avec ce malaise ne cessant de croître en elle au fur et à mesure de l’avancement de la discussion. Au même moment, la comtoise de la maison sonna midi, ce qui signifiait que son père n’allait pas non plus tarder à rentrer. Cela expliquait pourquoi sa mère préparait le repas, elle agissait comme cela tous les jours de la semaine et du week-end depuis des années, aux mêmes heures. Préparer à manger, faire le ménage, préparer des soirées mondaines pour accueillir leurs « amis », sourire, prévoir des moments pour être présentable… Amélie était morte depuis une semaine et elle continuait sa routine comme si rien ne s’était passé. Comme si tout était normal, malgré les paroles dures et horribles qu’elle ne cessait de lui dire depuis qu’elle était descendue.

Mère – Renseigne-toi auprès d’autres personnes, poursuivit-elle. Il doit y en avoir qui savent. En attendant, oui, ne t’en sers pas ici. Les voisins parlent, ils ne savent rien de ce qu’il s’est passé exactement, mais tu sais comme moi que les rumeurs vont vite et que les accusations sont promptes. C’était un accident… Mais ce pouvoir est… Si seulement tu avais eu l’eau, ou un don utile au quotidien, comme le feu, ou bien la terre, je ne sais pas, je n’en sais rien, mais pas celui-ci, il est bien trop mauvais et dangereux. J’ai peur…

Elle avait… Elle avait peur… ? Peur du don de sa propre fille ? Céleste resta un moment interdite, doutant soudainement de ce qu’elle avait entendu comme sa mère avait dit avoir peur d’une voix plus faible que le reste de son discours. Elle avait peur de ce don mais ce don faisait partie de sa fille, l’influençait directement et ne pouvait en être séparée. Pourquoi l’avoir envoyée au Pensionnat si elle avait peur de cela ? La foudre était dangereuse, ce n’était pas un secret, Céleste l’avait toujours dit et était fière de maîtriser ce don, d’accomplir les exercices correctement et de travailler d’arrache-pied pour faire toujours davantage de progrès. Et là, voilà ce que sa mère lui disait au lendemain de la mort de sa jumelle… Elle avait l’excuse de la peine, oui, mais devait-elle oublier que son autre fille ressentait aussi les mêmes choses, sinon pire ? Au lieu de l’aider, comme le feraient tous les parents, surtout face aux voisins, elle… avait peur. Plutôt que d’essayer d’apaiser un peu sa peine, la rassurer, elle lui rappelait que c’était un accident en parlant de son don la seconde d’après, sous-entendant clairement ses pensées. « Si seulement tu avais eu un don utile »… Un mélange de sentiments se bousculèrent chez la jeune femme, de la colère, de la tristesse, mais surtout l’amère impression d’être trahie et abandonnée par ses propres parents.

Céleste pinça les lèvres, silencieuse, au moment où sa mère lui demanda de prendre une marmite d’une voix étranglée pour y mettre de l’eau à chauffer avec du sel, du thym et du laurier. Elle avait vraiment peur, oui… Elle s’exécuta sans rien dire, se mordant les lèvres, la gorge de plus en plus serrée. Se rapprochant de l’armoire en-dessous de l’évier où ils rangeaient marmites et poêles pour en prendre une assez grande, s’abaissant en s’agenouillant un peu comme l’exigeait son éducation même si, d’un coup, elle avait bien envie d’envoyer tous ces principes au diable, elle prit une grande marmite entre ses mains. Mais la provocation n’était sans doute pas la meilleure des réponses, en cet instant précis. Céleste ignorait pourquoi elle ressentait cette envie soudaine, cette colère alors que sa mère avait seulement dit avoir peur de son don. Ce don qui l’influençait, qui voulait sortir malgré elle. Elle mit la marmite dans l’évier, ouvrant le robinet en observant d’un air absorbé l’eau couler dedans pendant de longues secondes, le bruit de l’eau faisant un bruit de fond dans la cuisine silencieuse. Elle y passa ses doigts, un instant, restant le dos tourné pour ne pas voir sa mère tout de suite.

Mère – La vie doit continuer, bredouilla-t-elle. Nous devons tous continuer, avoir des projets, faire… Vivre… Où en es-tu avec ce jeune homme, David, dont tu avais parlé l’autre fois ? Vous comptez vous fiancer ?

Céleste – Si ma propre mère a peur de moi, je doute que la personne que je vois et qui m’aimait avant tout ceci ne pense au mariage après ce qui s’est passé. Je n’ai pas envie de continuer à vivre après ce qui s’est passé, je ne peux pas faire comme vous, à poursuivre une routine imaginaire sans pouvoir regarder mes proches dans les yeux, en me cachant la vérité.

Céleste aurait probablement dû s’excuser, à ce moment précis, mais rien ne sortit même si elle avait parlé d’un ton amer et plus fort qu’elle n’aurait dû, par respect pour ses parents. Elle termina de remplir la marmite et s’essuya la main, silencieuse, ignorant l’air que devait prendre sa mère ou ce qu’elle pouvait lui dire, puis mit le thym, le sel et le laurier dans l’eau avant d’allumer la cuisinière avec une allumette afin de faire chauffer l’eau comme le lui avait demandé sa mère. Ensuite, elle se tourna vers elle, la regardant sans ciller, cherchant ses mots. David ne voulait plus la voir depuis des jours, déjà, bien avant toute cette histoire, même si elle n’en avait pas parlé à ses parents. Il était parti près de Paris, ou dans les environs, pour suivre les traces de son père et reprendre son cabinet d’avocats par la suite, dans quelques années. Il devait seulement se former, avant, histoire d’être prêt. Mais il voulait une femme qui resterait bloquée à la maison, aux petits soins pour lui et leur famille, des enfants, de la nourriture… Ce qui avait fortement déplu à Céleste, dès le moment où leur relation avait été suffisamment sérieuse pour aborder l’avenir ensemble. Son don la poussait à être indépendante et à ne pas suivre tout simplement, elle avait besoin de s’affirmer, non pas de rester bloquée derrière une cuisinière et avec des enfants toute la journée, toute la semaine, toute sa vie.

Céleste – Les dons naissent de manière héréditaire et influencent le caractère d’une personne, dit-elle pour s’expliquer comme on le lui avait appris au Pensionnat. Une personne douce et calme a de fortes chances de développer l’eau ou la terre. Une personne ayant envie de changements, de bouger par exemple, pourrait développer le vent. Une personne très vive et s’emportant facilement développera peut-être le feu.

Céleste ne poursuivit pas à propos de la foudre mais son accusation était claire. Un don mauvais et dangereux. Si sa mère pensait une telle chose, sincèrement, cela signifiait que sa fille était mauvaise et dangereuse. Ce n’était probablement pas ce qu’elle voulait dire, bien sûr, mais… Peut-être pas. Elle n’était plus sûre de rien, à vrai dire. Céleste sentit des étincelles au bout de ses doigts et referma brusquement les poings, croisant ensuite les bras malgré elle, la peur refaisant surface. Une part d’elle-même lui hurlait que sa mère avait tort, qu’elle ne devait rien retenir, mais l’autre, plus puissante, lui répétait inlassablement de contenir ce don si dangereux, meurtrier, tant qu’elle ne le maîtrisait pas. Ou plutôt : tant qu’elle ne se maîtrisait pas. Surtout maintenant, avec cette colère sourde qui grondait en elle et lui faisait mal. Vraiment mal. Entre la tristesse, la culpabilité et la colère, Céleste sentait son don bouger en elle, s’agiter de plus en plus fortement, et devait fournir de plus gros efforts pour le contenir un minimum sans se trahir. Mais sa mère ne pouvait pas le deviner, tout cela…

Céleste – J’ai seulement une requête à faire avant de vous laisser… à vos occupations, dit-elle la gorge serrée. Et une question à vous poser, si vous acceptez de me répondre. Dois-je me préparer à… partir ? Que se passera-t-il lorsque les voisins et nos amis sauront… toute la vérité ? Je ne peux pas contenir ce don et l’effacer, cela équivaudrait à m’effacer moi-même. Et à n’être plus qu’une ombre. Je le sens déjà au plus profond de moi.

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le Lun 26 Aoû - 14:24
Si ma propre mère a peur de moi, je doute que la personne que je vois et qui m’aimait avant tout ceci ne pense au mariage après ce qui s’est passé. Je n’ai pas envie de continuer à vivre après ce qui s’est passé, je ne peux pas faire comme vous, à poursuivre une routine imaginaire sans pouvoir regarder mes proches dans les yeux, en me cachant la vérité.

Se forcer à poursuivre une routine est le seul moyen de ne pas sombrer ni dans la folie, ni dans la dépression.


Si sa propre fille ne comprenait même pas ça, comment arrivera-t-elle à vivre, à développer sa vie comme un adulte, puis, plus tard encore, à fonder sa propre famille et prendre soin des autres ? Comment arrivera-t-elle à être elle-même et à contrôler sincèrement ce pouvoir dangereux ? La routine, imaginaire ou pas, était le seul moyen de se reprendre en mains après un accident aussi tragique, sinon, que faire ? Rester dans un coin et se contenter de pleurer ? S’écarter du monde comme si personne ne pouvait plus vous comprendre et arrêter de vivre ? Des drames, il y en avait tous les jours, et pourtant ni Suzanne ni son époux ne voulaient achever leurs vies dès maintenant. Ce serait comme cracher sur la mémoire de leur fille disparue, en agissant d’une telle manière ! Personne ne pouvait se permettre d’arrêter de vivre après un décès, même violent, car ça n’avait aucun sens. Stopper tout projet n’avait aucun sens.

Aucun parent ne devait voir mourir son enfant. Cela aurait dû être elle, dans cet accident, elle qui aurait dû être tuée, à la place de sa fille. Ce serait l’ordre naturel des choses. Pas son bébé… Son tout petit bébé, qui commençait à peine sa vie. Ses larmes continuaient de tomber sur la volaille et les légumes qu’elle continuait de préparer, en silence, un silence parfait. Elle entendait, sans vraiment écouter, ce que disait céleste sur les dons. Peu importe la façon dont ils influençaient ou non une personne… Maintenant qu’un de ces éléments avait si violemment arraché la vie de son enfant, comment les voir d’une autre façon que des dangers mortels ? Qu’importe l’hérédité, un argument sans aucun sens dans cette conversation ! Ils étaient dangereux. Mortels. Violents. Imprévisibles. Tous n’avaient pas non plus une certaine utilité.

J’ai seulement une requête à faire avant de vous laisser… à vos occupations, dit-elle la gorge serrée. Et une question à vous poser, si vous acceptez de me répondre. Dois-je me préparer à… partir ? Que se passera-t-il lorsque les voisins et nos amis sauront… toute la vérité ? Je ne peux pas contenir ce don et l’effacer, cela équivaudrait à m’effacer moi-même. Et à n’être plus qu’une ombre. Je le sens déjà au plus profond de moi.

Cesse donc de dire n’importe quoi, à quel moment t’ai-je dit de partir au loin ? Je t’ai dit qu’il faut plus de contrôle, si vraiment tu ne peux faire disparaître cet élément. Du contrôle pour qu’il ne déborde plus jamais ! Te rends-tu compte de la façon dont les gens vont te voir, si tu ne te maîtrises pas ? Regarde un peu les journaux, ceux qui utilisent les dons au grand jour sont rabaissés, dénigrés et exclus. Comme cette femme, dans le journal, l’autre jour.


Suzanne ne se rappelait plus le nom, elle avait lu l’article en diagonale, vu la photo, mais inattentive à cet instant, elle n’avait pas retenu le nom ou le visage de la personne désignée. Elle se souvenait juste qu’il s’agissait d’une femme, à peine plus âgée que sa fille. Mais quelle importance ? C’était ce genre de personnes qu’il valait mieux écarter de la société avant qu’elles ne fassent du mal aux autres, car elles n’hésitaient pas à utiliser leurs pouvoirs au grand jour, parfois de façon très visible et violente, sans imaginer une seule seconde qu’elles pourraient en devenir effrayantes. Alors que le pouvoir intense à l’état brut ne pouvait qu’effrayer. Suzanne déposa avec délicatesse la volaille et les légumes, dans la marmite, alors que l’eau commençait à frémir, se contrôlant pour ne pas pleurer au point de plus rien voir.

Personne n’a le droit de cesser de vivre après un drame. Mais on peut éviter certains drames. On le doit. A quoi peut bien servir un pouvoir comme la foudre, à moins d’entrer dans l’armée ou je ne sais où ? Regarde autour de nous, beaucoup d’élémentaires cachent leurs pouvoirs en public, mis à part certains… et certaines. Pour vivre en paix, il faut être capable de comprendre que ces pouvoirs sont de moins en moins tolérés.

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[Janvier 1925] Causes d'un décès Empty Re: [Janvier 1925] Causes d'un décès

le Dim 13 Oct - 0:05
Mère – Cesse donc de dire n’importe quoi, à quel moment t’ai-je dit de partir au loin ? Je t’ai dit qu’il faut plus de contrôle, si vraiment tu ne peux faire disparaître cet élément. Du contrôle pour qu’il ne déborde plus jamais ! Te rends-tu compte de la façon dont les gens vont te voir, si tu ne te maîtrises pas ? Regarde un peu les journaux, ceux qui utilisent les dons au grand jour sont rabaissés, dénigrés et exclus. Comme cette femme, dans le journal, l’autre jour.

C’était donc cela qui primait. Les apparences. La façon dont les gens allaient la voir si elle ne se maîtrisait pas… Mais ils pouvaient bien la voir comme le pire être de la Terre si là était leur désir, elle n’en avait cure ! Sa sœur était morte par sa faute, à cause d’une dispute, et leur… sa mère ne trouvait rien de mieux à dire que « attention, ils vont parler sur toi ». Elle était tellement désolée de leur infliger cela en plus de la perte d’Amélie, vraiment. Désolée d’avoir causé cet accident. Désolée d’avoir ce don alors qu’elle ne devrait même pas s’excuser. En un sens, c’était de leur faute, si elle l’avait eu : quelqu’un, dans la famille, l’avait développé et ils l’ignoraient. Ou alors ils n’en avaient jamais parlé à sa sœur, ni à elle… Céleste resta silencieuse, les bras toujours croisés, sentant son don continuer à s’agiter aussi fort que son envie de le garder en elle pour le moment. Il allait forcément éclater tant ses sentiments et émotions étaient puissants mais la jeune femme devait tout faire pour que cela n’arrive pas. Sa mère avait peur.

Mère – Personne n’a le droit de cesser de vivre après un drame. Mais on peut éviter certains drames. On le doit. A quoi peut bien servir un pouvoir comme la foudre, à moins d’entrer dans l’armée ou je ne sais où ? Regarde autour de nous, beaucoup d’élémentaires cachent leurs pouvoirs en public, mis à part certains… et certaines. Pour vivre en paix, il faut être capable de comprendre que ces pouvoirs sont de moins en moins tolérés.

Céleste – C’est donc vraiment la seule pensée qui vous préoccupe. La façon dont les gens vont me voir, ce qu’ils vont dire sur moi et, par conséquent, sur notre famille, lâcha-t-elle d’un ton amer. Peu m’importent les rumeurs, Mère, je ne pourrai dissimuler ce don car il fait partie de moi. Je suis obligée de l’utiliser, de le faire sortir d’une façon ou d’une autre, sinon Dieu seul sait ce qui pourrait arriver. Je n’ai pas fait exprès ! C’était un accident…

Être rabaissée, critiquée, lui importait peu. Amélie était morte, sa mère avait déjà peur d’elle et elle n’osait imaginer les pensées de son père. S’ils pensaient tous les deux de cette manière, Céleste n’avait plus qu’à envisager de quitter la maison, de trouver un autre endroit où dormir et de… de faire elle ne savait quoi. Que pouvait-elle faire, après ? Il y a une semaine à peine, la jeune femme pensait à faire le tour du Monde, visiter les autres pays et découvrir d’autres cultures. Prendre son temps et profiter de la vie tant qu’elle était jeune et en pleine forme. Les on-dits ne l’effrayaient absolument pas. Mais, aujourd’hui… Quelle saveur aurait ce voyage sans pouvoir en parler avec la personne la plus importante à ses yeux ? Quelle envie de revenir dans cette ville, dans ce pays, alors qu’elle n’y avait aucune attache ? Refoulant les larmes qu’elle sentait monter, Céleste se redressa pour bouger un peu dans la cuisine et s’éloigner de sa mère qui était en train de pleurer. Elle ne pouvait pas rester… Il fallait qu’elle parte, qu’elle quitte la maison. Comment supporter le regard de ses parents ? Même sans le vouloir, ils la rejetaient. Et puis… L’armée. Pourquoi pas, après tout ? C’était une solution comme une autre. A ce moment-là, les autres pourront parler et la montrer du doigt à raison. Mais, en tant que femme…

Céleste – Que se passera-t-il si je n’arrive pas à contrôler et à retenir mon don ? Parce que je ne vais pas y arriver. Je ne pourrai pas, on ne peut pas retenir ce genre de don, c’est dangereux. Mais, si vous préférez, je peux vous laisser tranquille et j’irai… j’ignore où je pourrais aller, mais je trouverai un endroit loin de la maison pour ne pas attirer les rumeurs ici. Je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé, Amélie était ma jumelle ! Mais je ne peux pas retenir ce don, il risque de me blesser si je ne m’exerce pas…

Soudain, l’image de la femme dont parlait sa mère lui revint en mémoire. Justement au moment où elle parlait d’exercice. Enfermée et ignorant ce qu’il se passait autour d’elle, Céleste n’avait pas prêté attention au journal mais elle connaissait la femme en question qui était sortie avant elle du Pensionnat mais elles avaient partagé quelques années ensemble, ou quelques cours du moins. Gabriella de Lizeux. Elle aussi maniait la foudre et était plus puissante que Céleste mais elles avaient, toutes les deux, eu le même professeur. Quant aux rumeurs qui couraient sur elle, elles ne l’atteignaient pas. Pour quoi faire ? Les gens parlaient et critiquaient, quoi que l’on fasse. Si ses parents ne pouvaient pas le tolérer, il était peut-être temps de s’en aller… Avant que sa mère n’ait le temps de répondre à sa question, la jeune femme reprit la parole.

Céleste – En fin de compte, je pense que l’idée de partir est la meilleure. La femme du journal, je la connais… de loin. Elle manie la foudre aussi mais cela ne l’a jamais empêché de vivre. Je trouverai un domaine qui m’accepte sans vous… causer de tort. Vous avez peur de moi… Comment pourrais-je vraiment rester alors que je vous fais peur?

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