Aller en bas
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Retrouvailles et exploration

le Sam 4 Aoû - 13:08
Cette nouvelle école était… très particulière. Avec les arbres plantés un peu partout, les différents bâtiments et l’agencement du terrain, Laura n’avait plus trop l’impression d’être dans un pensionnat. Et, après ce que leur avait brièvement expliqué monsieur Nakajima la veille, elle en comprenait les raisons mais cela restait tout de même perturbant. Naturellement, il ne pouvait pas tout dire. Elle l’avait compris sans aucun problème, pour une fois, et… Très sincèrement, elle ne voulait pas en savoir plus. Elle voulait aider, vraiment, mais elle avait compris, au Japon, pourquoi les adultes engagés évitaient de mêler les enfants à cette guerre. C’était comme avec la famille Nakajima… Certains pouvaient accepter tout, ou en grosse partie, mais d’autres restaient plus fragiles ou distants et risquaient de faire plus de mal que de bien en souhaitant s’impliquer. Et elle, avec ce nouveau don, souhaitait s’impliquer mais savait qu’elle ne comprenait pas tout. C’était impossible, elle n’avait pas assez de connaissances, pas assez de recul, et l’avait clairement ressenti en étant à des milliers de kilomètres de la France.

En quelques sortes, ces « vacances forcées » leur avaient permis de respirer, un peu du moins, et de regarder les choses sous un autre angle. L’atmosphère étant différente là-bas, et leurs proches vivant plus loin sans trop de possibilités de contact en dehors de quelques lettres pour certains, Laura avait vécu ces deux semaines dans un mélange d’anxiété et d’apaisement. Anxiété à cause de la France, apaisement grâce au Japon. Elle avait seulement eu des nouvelles d’Antoine, à qui elle avait envoyé deux lettres dont une carte postale – plus avait été impossible –, et d’Amélie qui était même partie en Turquie pendant une bonne partie de ses vacances. Au moins, elle avait bien profité ! Elle avait demandé à Jasper de passer un bonjour pour elle à Adeline, comme c’était lui qui était forcément plus en contact avec elle. Pour le reste, c’était le calme plat… Et, malgré les quelques nouvelles reçues, il y avait toujours un peu d’inquiétude et d’impatience de revoir ses amis, Antoine surtout, et de découvrir la nouvelle école.

C’est pourquoi, dès son réveil, Laura s’était habillée en vitesse, avait avalé son petit-déjeuner encore plus vite et aidé à ranger ses affaires avant de lancer qu’elle allait voir Antoine, ne tenant plus en place. Ils avaient contenu de se retrouver dès leur retour, comme Jasper et Adeline sûrement, son frère ayant accepté de reporter l’exploration de toute l’école à l’après-retrouvailles. Oh, elle allait explorer un peu, évidemment ! Mais elle lui avait promis de ne pas tout voir sans lui, c’était même une condition sine qua non. A chaque fois qu’ils arrivaient dans un nouvel endroit dans lequel ils allaient rester plus ou moins longtemps, Jasper et elle devaient explorer tous les recoins. Tradition oblige. C’était leur activité. Et puis, visiter avec son petit ami ou sa petite amie et visiter avec son frère ou sa sœur, c’est différent. En attendant, Laura pressait le pas jusqu’au cloître, partant une demi-heure plus tôt que prévu mais l’impatience l’empêchant d’attendre encore. Elle allait trouver quelque chose à faire sur place, lire ou… quelque chose. Mais elle voulait y être, voir Antoine et lui sauter littéralement dessus – il avait été prévenu et savait à quoi s’attendre, après tout ! Oui, le calme, tout ça tout ça, mais il était tôt et c’était le point de rendez-vous le plus près.

Resserrant sa veste sur elle, Laura avançait d’un bon pas, à la fois pour se réchauffer, à la fois pour arriver plus vite sur place. Il ne faisait pas aussi froid qu’en décembre, bien sûr, mais ils étaient toujours en hiver et l’on pouvait voir quelques perles de rosée glacées sur l’herbe à travers les fenêtres, ce qui octroyait au paysage un caractère plus… calme, doux, figeant ce moment de la journée. Le cloître n’était pas très loin, faisant partie du couvent et non du monastère d’après le plan qu’elle avait pu apercevoir sur une des tables dans l’appartement de son tuteur. Elle n’avait pas exploré du tout, ni le couvent, ni le terrain, ni le monastère, n’étant arrivée qu’hier et ayant franchement ressenti la fatigue sur le coup. Désolée, décalage horaire. Encore aujourd’hui, comme elle s’était levée très tôt, mais peu importe, cela ne l’empêcherait pas d’aller retrouver Antoine. Cependant, sur le chemin, elle ne put s’empêcher de remarquer le changement d’architecture, de noter certains bruits différents à cause du centre d’entraînement dans le fond du domaine, une odeur elle-même différente… Pour l’instant, cet endroit était plus froid, beaucoup plus froid. Grand, inconnu et froid. Elle n’était pas très à l’aise, avec ces longs couloirs et ces grosses pierres, mais c’était très probablement parce que tous les élèves arrivaient au compte-goutte, les cours n’avaient pas recommencé et c’était un tout nouvel endroit.

Laura repoussa cette impression dans un coin de sa tête, refusant d’y penser aujourd’hui ou même de penser à la guerre qui s’organisait et prenait de l’ampleur. Le cloître était, comme prévu, désert pour le moment, les élèves déjà présents encore occupés à dormir ou déjà perdus dans les divers couloirs de la nouvelle école. Elle rejoignit la grande statue centrale, gardant sa veste bien serrée, s’installant près de la statue en attendant Antoine qui ne devait pas tarder. Elle resta assise en silence, s’imprégnant des bruits des environs tout en s’étonnant du calme environnant alors que des adultes tiraient, usaient de leur pouvoir et se battaient à quelques mètres à peine d’ici. Il lui fallait encore un peu de temps pour s’y habituer, désolée. Au bout de plusieurs minutes, alors qu’elle était toujours toute seule, Laura perçut le bruit de pas sur le sol dallé et se retourna, voyant immédiatement Antoine. Avec un grand sourire, elle se leva directement, évitant à peine les obstacles sur son passage et lui sauta au cou, s’agrippant à lui avant de l’embrasser longuement, répétant ensuite qu’il lui avait manqué, qu’elle avait eu très peur pour lui, au Japon.

Laura – C’est la première fois que je réalise à quel point autant de kilomètres, c’est beaucoup, dit-elle en le relâchant un peu, le regardant de bas en haut pour voir s’il était vraiment entier. Tu n’as rien eu ? Comment se sont passées tes vacances, en dehors de ce que tu m’as raconté ? Et ta famille, elle le prend comment ? Et toi ?

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Lun 6 Aoû - 18:35
Première étape, avant même de terminer de ranger les affaires, mettre les photos de famille accrochées au-dessus de la tête de lit et sur un petit pan de mur. A genoux sur son lit, Antoine termina de mettre la dernière au-dessus de la table de chevet, restant un long instant à contempler la photo avec un regard à la fois nostalgique et attristé. Ses parents faisaient un grand bonjour au photographe, en habits du dimanche, avec son jeune frère, sa sœur et le mari de cette dernière. Ils avaient fait prendre ce cliché devant l’océan, en prenant un grand soin à la lumière et au décor naturel, sa mère lui avait ensuite mis ce cliché dans un cadre en bois et lui avait donné avant qu’il ne parte. « Comme cela, tu nous garderas près de toi tous les soirs », comme lui avait dit sa mère. Il aurait voulu les garder près de lui, tout court… Ne pas les laisser au loin, ne pas… Ne pas devoir disparaître, somme toute.

La décision de revenir avait été très délicate. Il savait, comme sa famille, que faire cette rentrée signifiait ne plus revoir sa famille, vivre caché comme les résistants, ne plus pouvoir téléphoner ou leur écrire librement, ne plus les revoir avant des mois, voire des années ! Il en avait beaucoup parlé avec eux et ses parents l’avaient finalement convaincu. Non seulement il était important qu’il continue de s’entraîner et apprendre à se défendre, mais en plus, il sera plus en sécurité dissimulé ici que dehors, avec sa famille, à la merci de toutes les personnes gonflées par la haine envers ce qui sortait de l’ordinaire. Il était donc parti, pour cette rentrée tout sauf normale, parti après avoir fait ses adieux à ses parents. Si la guerre continuait encore des années, pour leur propre sécurité, il ne les verra plus. Seulement y penser lui gonflait le cœur de peine.

Un de ses confrères de chambre était dans la même situation et pouvait donc comprendre ce qu’il ressentait. L’autre avait ses parents dans la Résistance et pouvait continuer à les voir, à leur sauter dans les bras, à leur parler. Antoine termina ensuite de se préparer, enfilant des vêtements chauds puis une veste, avant de sortir. Il devait retrouver Laura dans le cloître et explorer un peu l’endroit. Il y était à peine arrivé que Laura fonça et lui sauta dessus directement, l’embrassant avec passion en s’accrochant à son cou. Il lui répondit avec un léger temps de retard, la serrant dans ses bras avant qu’elle ne s’écarte un peu. Elle lui avait manqué aussi… Il ne s’était pas écoulé tant de semaines, et pourtant, il avait le sentiment de ne plus l’avoir vu depuis une telle éternité.

– C’est la première fois que je réalise à quel point autant de kilomètres, c’est beaucoup. Tu n’as rien eu ? Comment se sont passées tes vacances, en dehors de ce que tu m’as raconté ? Et ta famille, elle le prend comment ? Et toi ?

– On a beaucoup discuté, avec mes parents, pour savoir si je devais revenir ou non. Pour mon don et ma sécurité, ils ont finalement pensé que c’était pour le mieux. J’espère juste… Enfin, j’espère que la guerre ne va s’éterniser et que je pourrai les revoir avant qu’il ne s’écoule plusieurs années. Viens, on va marcher un peu.

Il lui prit la main et la serra dans la sienne, essayant de cacher qu’il tremblait un peu. Laura allait très vite réaliser, elle aussi, que beaucoup de leurs camardes n’étaient pas revenus. La plupart allaient se contenter d’utiliser bien moins leur pouvoir, d’autre de s’entraîner en cachette de temps en temps, s’efforçant de se fondre dans la masse, passer inaperçus, comme si ce passage au pensionnat n’avait jamais existé. C’était normal, les familles devaient accepter que leur enfant disparaisse de la circulation, disparaisse loin d’eux, pour des mois voire des années entières. Qui dirait oui avec le sourire ? Il retint un petit soupir, marchant sans se presser dans les couloirs de pierre, qui donnaient des allures de château médiéval.

– Le pays a été très animé, après le soir de Noël. Le chant de la Rébellion a continué de résonner longtemps sur les antennes radio. Beaucoup de personnes sont sorties dans les rues, les jours suivants, certaines pour protester contre le Gouvernement, d’autres pour le soutenir, il y a eu des affrontements dans les grandes villes. Et une vague de disparitions, beaucoup ont rejoints la Résistance, parfois des familles entières qui sont parties de chez elle en pleine nuit, sans laisser de traces. Beaucoup de nouvelles lois sont passées. Regarde ça…

Il s’était arrêté devant le local de musique, dont la porte était restée entrouverte. Pas mal de chaises empilées contre le mur, un grand piano et d’autres instruments, près de l’estrade. Il s’arrêta surtout près des violons, toujours touché par la beauté de cet instrument, une fois mis entre de bonnes mains.

– On ne doit pas s’arrêter de vivre pour autant. Un de nos nouveaux profs peut rebâtir à qui a besoin une toute nouvelle identité, effacer complètement la véritable pour repartir à zéro. Je pense le faire, après la fin de mes études au pensionnat. Partir sur une nouvelle base, entrer au conservatoire. On peut devenir qui on veut. Tu as déjà pensé à ce genre d’opportunités ? Effacer ce que tu as vécu, te fondre dans la masse pour vivre en paix ? Personnellement, je ne suis pas un homme de guerre. Je voudrai continuer ma vie sans avoir à me demander à tout instant si je vivrai le lendemain.

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Jeu 6 Sep - 23:39
Antoine – On a beaucoup discuté, avec mes parents, pour savoir si je devais revenir ou non. Pour mon don et ma sécurité, ils ont finalement pensé que c’était pour le mieux. J’espère juste… Enfin, j’espère que la guerre ne va s’éterniser et que je pourrai les revoir avant qu’il ne s’écoule plusieurs années. Viens, on va marcher un peu.

Laura lança un regard à Antoine, ignorant ce qu’elle pouvait dire pour le réconforter, ne serait-ce qu’un peu. Il n’allait plus voir ses parents pendant des mois, des années peut-être… Ces changements allaient bouleverser pas mal de choses, y compris leurs priorités et pensées. Comment le rassurer alors qu’elle ne pouvait même pas imaginer ce qu’il ressentait maintenant ? Comme pour beaucoup de ses amis, d’ailleurs… Elle n’avait pas encore pu voir qui était là ou non mais tous n’étaient pas revenus, c’était certain. Tout en se mettant à marcher, Antoine lui prit la main en la serrant dans la sienne, la collégienne sentant alors qu’il tremblait un peu. Elle resta silencieuse, pour une fois, jugeant que le silence était la meilleure des options. Parfois, ne pas parler est plus efficace que mille paroles… Ils marchèrent un moment sans rien dire, à travers les couloirs de pierre, sans se presser, Laura parvenant même à savourer ce calme. C’était étrange mais elle n’avait plus assimilé le Pensionnat au calme depuis plus d’un an… Alors pouvoir s’y balader sans ressentir cette pression était relaxant.

Antoine – Le pays a été très animé, après le soir de Noël. Le chant de la Rébellion a continué de résonner longtemps sur les antennes radio. Beaucoup de personnes sont sorties dans les rues, les jours suivants, certaines pour protester contre le Gouvernement, d’autres pour le soutenir, il y a eu des affrontements dans les grandes villes. Et une vague de disparitions, beaucoup ont rejoints la Résistance, parfois des familles entières qui sont parties de chez elle en pleine nuit, sans laisser de traces. Beaucoup de nouvelles lois sont passées. Regarde ça…

Antoine s’était arrêté devant un local ouvert, apparemment celui de musique, puisque Laura pouvait apercevoir des instruments et des chaises posés çà et là. Une légère couche de poussière recouvrait déjà les violons, le piano et autres objets entreposés ici depuis leur arrivée dans cette future salle de classe. La collégienne ne prononça pas un mot, comme s’ils pénétraient dans un sanctuaire alors que ce n’était qu’une simple classe. Mais elle savait que, pour Antoine, c’était important. Il s’approcha d’ailleurs des violons, son regard s’attardant dessus comme s’il s’agissait du plus bel instrument du monde à ses yeux. Ce qui n’était peut-être pas faux… Elle connaissait ce regard, cet air. Il rêvait, réfléchissait, peut-être même éprouvait-il certains regrets. Au-dehors, tout était relativement calme, comme si personne ne vivait dans cette partie du domaine, ce qui leur laissait tout le temps de visiter l’endroit, les classes et de prendre un peu de temps pour eux. En l’espace de quelques jours, Antoine avait perdu sa famille et la France avait sombré officiellement dans la guerre civile…

Antoine – On ne doit pas s’arrêter de vivre pour autant. Un de nos nouveaux profs peut rebâtir à qui a besoin une toute nouvelle identité, effacer complètement la véritable pour repartir à zéro. Je pense le faire, après la fin de mes études au pensionnat. Partir sur une nouvelle base, entrer au conservatoire. On peut devenir qui on veut. Tu as déjà pensé à ce genre d’opportunités ? Effacer ce que tu as vécu, te fondre dans la masse pour vivre en paix ? Personnellement, je ne suis pas un homme de guerre. Je voudrai continuer ma vie sans avoir à me demander à tout instant si je vivrai le lendemain.

Laura fit la moue sans répondre tout de suite, regardant ensuite son petit ami en essayant de comprendre ce qu’il ressentait. Tout effacer, recommencer de zéro… Elle ne savait pas. Cela ne signifierait-il pas abandonner, rendre les armes et accepter que le gouvernement gagne ? Naturellement, c’était pour survivre, c’était normal et si cela était possible… Pourquoi ne pas saisir l’opportunité ? Mais pour Laura… Elle ne savait pas. Se fondre dans la masse, ce n’était pas sa spécialité, cela ne l’avait jamais été. Et puis, c’était déjà presque mort d’avance étant donné qui était devenu son père adoptif. Père adoptif comme père biologique, l’un comme l’autre étaient fichés, visibles, au cœur du problème. Elle n’avait plus revu leur père depuis des semaines, maintenant, mais nul doute qu’il bataillait ferme contre les élémentaires. Lâchant doucement la main d’Antoine pour effleurer des doigts le piano, se rappelant le moment au calme passé avec Adeline où elles n’avaient fait que chanter en oubliant tout le reste, Laura releva le regard pour répondre.

Laura – Je peux comprendre que cette proposition te tente… Tu as dû laisser beaucoup de choses derrière toi à cause de ton don. Mais moi… Je ne sais pas si ce serait possible. Mon père biologique est un soldat, il nous combat et son nom est connu. Quant à mon… père adoptif, difficile de l’oublier maintenant. Si j’effaçais tout, ce serait… un peu comme renier les efforts que monsieur Nakajima fait avec tous les autres, à mes yeux. Pour moi, hein ! Et puis… Tu m’imagines me fondre dans la masse ?

Laura s’interrompit avec un léger rire nerveux, faisant une grimace pour appuyer cette hypothèse ridicule. Elle n’arrivait pas à se faire discrète, ce n’était pas faute d’essayer pourtant ! Mais même au Japon, à chaque fois qu’elle avait cherché à se cacher, elle n’avait fait que le contraire. D’abord Munemori, puis Eisen, même le père de Genji… Tous les trois l’avaient repérée, à chaque fois. Elle devait avoir un genre de signal, une clochette, quelque chose qui faisait qu’on la retrouvait facilement. Rester discrète, s’effacer et vivre comme si rien n’était arrivé… Ce serait un rêve, mais peu réalisable malheureusement. Et puis, en avaient-ils le droit ? Laura lui demanda s’ils pouvaient quitter la salle pour voir le reste, comme ils avaient d’autres pièces à voir et qu’il ne s’agissait que du premier bâtiment. Une fois sortis de la pièce, retrouvant le long couloir de pierres type château, la collégienne reprit leur discussion.

Laura – Tu crois que ce serait possible de tout effacer, comme ça ? Je veux dire, reprendre la vie comme si rien ne s’était passé alors qu’à côté, la France vit déjà une guerre civile qui va laisser des traces. Il faudrait une sacrée volonté pour réussir à repartir de zéro, tout quitter, même les amis… En étant vraiment seuls, pour le coup, et en laissant une partie de nous-mêmes derrière nous. Comme les élèves qui ne reviendront pas au Pensionnat, même si c’est compréhensif, je me demande s’ils arriveront à… taire leur don. On a vu ce que cela engendrait, à long terme…

Tout en marchant à travers les couloirs encore vides après avoir repris la main d’Antoine, ils arrivèrent devant une autre pièce entrouverte, à nouveau, mais beaucoup mieux rangée et agencée. C’était une salle de classe standard, sans doute destinée à dispenser un cours de français, d’histoire ou de latin étant donné qu’il y avait des dictionnaires dans le fond et de simples bancs sans squelette ou maquette dans le local. C’était… presque étrange de se retrouver ici. De retrouver ce décor ici, dans ce cadre, avec des bancs qu’ils n’avaient jamais vus mais qui avaient dû être donnés par des habitants ou d’autres écoles du coin, s’il y en avait. Elle marqua un léger temps d’arrêt, s’installant à une table « pour voir ».

Laura – Je sens que les premiers cours vont être très étranges… Tu sais déjà qui n’est pas revenu ou qui ne reviendra pas ? Dans nos classes ?

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Dim 16 Sep - 10:10
On ne savait pas combien de temps la guerre civile allait durer. Évidemment, ce n’était pas comparable, mais lors de la Grande Guerre, beaucoup étaient partis en pensant qu’ils seront rentrés avant Noël, mis à part quelques hommes plus censés et les mères sachant déjà que tous ces trains à bestiaux embarquant les soldats n’étaient que des cercueils sur rail, qui allaient servir à remplir les cimetières de l’armée. Tout cela pour dire que la guerre, on savait lorsqu’elle débutait, on ignorait quand elle pourra être achevée. Il avait peur, oui, et ne s’en cachait pas. Il ne voulait pas monter au front, tenir une arme, il refusait de prendre la vie de quelqu’un, sauf, peut-être, s’ils s’agissait de sauver la sienne ou de protéger une personne qu’il aimait. Tout le monde n’est pas taillé pour partir au combat, la peur au ventre, par pure bonne volonté, comme c’était le cas dans les guerres civiles.

Dans une guerre ouverte, c’était différent, les hommes n’avaient pas le choix ! Ils étaient pris entre deux feux, ou bien ils allaient mourir face à leur ennemi, ou bien ils mourraient des mains de leur propre camp, pour désertion. Mais la guerre civile… Ils pouvaient choisir de baisser la tête, se plier en apparence aux règles et continuer à mener leurs vies comme ils l’entendaient, sans se montrer. Garder un contact avec leurs proches, tout en se taillant une toute nouvelle existence au grand jour. Pour vivre heureux, vivons cachés, somme toute. Laura s’éloigna de quelques pas pour aller regarder le piano de plus près, pendant qu’il restait près des violons. Peut-être ne pensait-il à ça que parce qu’il avait le moral en berne… Son propre père lui avait dit, un jour, que la plus grande violence de la guerre était d’y participer sans avoir le choix.

– Je peux comprendre que cette proposition te tente… Tu as dû laisser beaucoup de choses derrière toi à cause de ton don. Mais moi… Je ne sais pas si ce serait possible. Mon père biologique est un soldat, il nous combat et son nom est connu. Quant à mon… père adoptif, difficile de l’oublier maintenant. Si j’effaçais tout, ce serait… un peu comme renier les efforts que monsieur Nakajima fait avec tous les autres, à mes yeux. Pour moi, hein ! Et puis… Tu m’imagines me fondre dans la masse ?

Pourquoi pas ? Il haussa très légèrement les épaules, le regard dans le vague. Peu importe qui était son père, au fond, ça ne devait pas l’empêcher de mener la vie qu’elle voulait. Au contraire… Laura ne comprenait pas encore, sans doute, que c’était justement pour lui permettre de mener une vie la plus ordinaire possible que son père combattait. C’était pour ça que tous combattaient, pour la liberté mais aussi pour que les générations suivantes n’aient pas à patauger dans la même horreur. Il hocha vaguement la tête lorsqu’elle demanda s’ils pouvaient continuer, maintenant, quittant la pièce en refermant avec soin la porte derrière eux. L’allure de cette école n’avait rien à voir avec la précédente, ses pierres apparentes donnaient un sentiment de sécurité. Là encore, il restait à déterminer si c’était réel ou une simple illusion, visant à rassurer. Si des murs de pierre suffisaient vraiment à protéger, ça se saurait depuis longtemps.

– Tu crois que ce serait possible de tout effacer, comme ça ? Je veux dire, reprendre la vie comme si rien ne s’était passé alors qu’à côté, la France vit déjà une guerre civile qui va laisser des traces. Il faudrait une sacrée volonté pour réussir à repartir de zéro, tout quitter, même les amis… En étant vraiment seuls, pour le coup, et en laissant une partie de nous-mêmes derrière nous. Comme les élèves qui ne reviendront pas au Pensionnat, même si c’est compréhensif, je me demande s’ils arriveront à… taire leur don. On a vu ce que cela engendrait, à long terme…

– Il existe une nette différence entre taire son don et s’en servir en cachette.

Et puis, la France avait déjà traversé un conflit beaucoup plus violent, dévastateur et terrible. Ah, c’est qu’elle avait été belle, l’entrée dans le vingtième siècle ! Vive la révolution industrielle ! Vive le développement intense des armes et de la destruction à plus large échelle, vive les grenades, les chars et les tanks, vive l’utilisation du chlore, du gaz moutarde, des mines et des obus ! Il serra un peu la main de Laura en continuant à marcher, encore ébahi par la volonté, justement, de bien des hommes pour reprendre une vie normale après ça. Et encore, « vie normale », pour eux, la guerre ne s’était jamais achevée, dans leurs esprits. La vie continuait, pourtant, comme disait son père, ils pensaient d’abord à la jeunesse du pays, à l’avenir du pays. Et voilà que tout recommençait. La guerre civile… Et peut-être une autre guerre ouverte.

Il suffisait d’écouter un peu les adultes ou d’étudier les informations pour comprendre l’autre grande peur qui s’installait de plus en plus, depuis l’année précédente. Un nouveau conflit, plus violente encore que la Grande Guerre, pouvait-il avoir lieu ? Partout, dans tous les pays d’Europe, le fascisme montait. A nouveau, une course à l’armement se montait. Les relations internationales étaient crispées, la technologie avait évolué, des groupes entiers, les élémentaires étant loin d’être les seuls à être stigmatisés, étaient pointés du doigts comme responsables de tous les maux. Et si tout volait à nouveau en éclats ? Tout cela… Cette salle de classe si normale, cette balade dans cette école, même ce simple paysage, dehors, tout pouvait de nouveau être détruit. C’était… Comme si le vingtième siècle était marqué, comme si ce siècle ne pouvait être fait que d’adversité et de bouleversements profonds, en bien comme en mal.

– Je sens que les premiers cours vont être très étranges… Tu sais déjà qui n’est pas revenu ou qui ne reviendra pas ? Dans nos classes ?

– De ce que j’ai entendu dire, presque la moitié des élèves, au total, ne reviendront pas pour cette rentrée. Ça peut se comprendre. Beaucoup se contenteront de s’entraîner en cachette, quelques uns ont quitté le pays, avec leurs familles. Ça dépend aussi d’où ils viennent, de leur religion. Tu n’as pas lu les journaux ? L’Allemagne inquiète à nouveau, il y a un parti d’extrême-droite, créé en 1920, qui a gagné de plus en plus de voix, ces derniers mois. Il monte en pouvoir et on ne peut pas dire que ses principes sentent bon la liberté.

Il fouilla un instant dans sa poche puis en tira une coupure de journal qu’il avait gardé. La dépliant, il la tendit à Laura. C’était un article datant du mois d’Octobre 1931, sur la rencontre officielle entre le président Allemand Hindenburg et le chef du parti NSDAP, Hitler, dont plusieurs journaux allemands comme étrangers s’étaient gorgés de détails. De un parce que la montée de ce parti d’extrême-droite en inquiétait plus d’un, de deux parce que la personnalité du chef de parti alertait sur les risques d’un nouveau conflit. Les moins optimistes, ou plutôt les plus réalistes, redoutaient plus que tout l’enchaînement de haine et un autre conflit ouvert avec l’Allemagne. De là à en arriver à une autre guerre mondiale ? Peut-être. Peut-être pas.

– La guerre civile en France est une chose, les relents de nationalisme dans chaque pays, s’en est une autre. Tu comprends pourquoi ce conflit peut s’éterniser ? Dans une situation pareille, ce qui compte pour la population, c’est un gouvernement fort, capable de protéger le pays de ses voisins, dont l’Allemagne. Tout ce qui est considéré comme anormal, que ce soit les élémentaires ou autre chose, est aussi considéré comme une menace, pouvant détruire les forces du pays, et cette menace doit être évincée, par tous les moyens. Ce n’est pas une simple affaire d’être libre ou pas de mener la vie que l’on souhaite. C’est de savoir comment protéger le pays, avec quels moyens, et quelle mentalité. La République a échoué une fois à préserver le pays, durant la Grande Guerre. C’est donc logique, pour des milliers de personnes, qu’un gouvernement plus autoritaire, voire une dictature, soit plus apte à défendre la nation.

Bon, soit, à quatorze ans, peut-être ne suivait-elle, ou ne comprenait-elle, pas tous les troubles agitant l’Europe, ni les manœuvres politiques comme militaires. Antoine s’assit à son tour, sur le bord de l’estrade en bois, avec un très long soupir. Bienvenue dans le vingtième siècle, oui…

– Finalement, dans l’époque où nous vivons, c’est de savoir comment concilier liberté et sécurité. Et jusqu’où la guerre civile peut se permettre de durer, si jamais la menace d’une autre guerre ouverte, d’un autre conflit mondial, finit par se concrétiser.

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Jeu 25 Oct - 23:00
Antoine – De ce que j’ai entendu dire, presque la moitié des élèves, au total, ne reviendront pas pour cette rentrée. Ça peut se comprendre. Beaucoup se contenteront de s’entraîner en cachette, quelques-uns ont quitté le pays, avec leurs familles. Ça dépend aussi d’où ils viennent, de leur religion. Tu n’as pas lu les journaux ? L’Allemagne inquiète à nouveau, il y a un parti d’extrême-droite, créé en 1920, qui a gagné de plus en plus de voix, ces derniers mois. Il monte en pouvoir et on ne peut pas dire que ses principes sentent bon la liberté.

Laura prit la coupure de journal que lui tendait Antoine, lisant un des articles qu’il venait d’évoquer. Le NSDAP, Hitler, l’Allemagne et le fascisme… Oui, elle en avait entendu parler il y a quelques mois maintenant. Ou alors c’était plus récent ? Non, pourtant… Peut-être n’y avait-elle pas autant prêté attention que cela, à ce moment-là ? Ce sujet ne lui était pas étranger, elle avait lu, dans les journaux, que les partis d’extrême droite grimpaient un peu partout dans le Monde. En Italie, en Espagne, en Allemagne avec Hitler… Même en France, cela n’était pas positif malgré le discours de certains journalistes qui assénaient que tout allait mieux, petit à petit. Enfin, elle n’avait pas lu les derniers journaux, pas pris le temps, peut-être les choses avaient-elles changées avec l’attaque de Paris. Mais si l’Allemagne recommençait alors qu’il y avait une guerre civile en France… Laura grimaça en rendant la coupure, pliée, à son petit-ami.

Antoine – La guerre civile en France est une chose, les relents de nationalisme dans chaque pays, s’en est une autre. Tu comprends pourquoi ce conflit peut s’éterniser ? Dans une situation pareille, ce qui compte pour la population, c’est un gouvernement fort, capable de protéger le pays de ses voisins, dont l’Allemagne. Tout ce qui est considéré comme anormal, que ce soit les élémentaires ou autre chose, est aussi considéré comme une menace, pouvant détruire les forces du pays, et cette menace doit être évincée, par tous les moyens. Ce n’est pas une simple affaire d’être libre ou pas de mener la vie que l’on souhaite. C’est de savoir comment protéger le pays, avec quels moyens, et quelle mentalité. La République a échoué une fois à préserver le pays, durant la Grande Guerre. C’est donc logique, pour des milliers de personnes, qu’un gouvernement plus autoritaire, voire une dictature, soit plus apte à défendre la nation.

Et, donc, ils pourraient… les laisser de côté un moment pour s’occuper du conflit avec l’Allemagne, c’est ça ? Seulement garder le front, laisser tomber la guerre civile si les voisins représentent un plus gros danger ? Laura fronça les sourcils, une bonne dizaine de questions lui traversant l’esprit alors qu’elle essayait de remettre de l’ordre dans tout ce qu’Antoine venait de dire. L’Allemagne risquait de présenter un problème parce que le NSDAP grimpait de plus en plus dans les sondages, comme tous les autres partis d’extrême-droite dans les pays voisins. Jusque-là, aucun problème, elle comprenait. Il fallait un gouvernement fort, une figure qui puisse assurer la sécurité du pays et tout ce qui représente une menace doit être écarté, éliminé. Mais, dans ce cas, la guerre civile risquait de durer jusqu’à ce qu’ils perdent ou jusqu’à ce que l’Allemagne leur déclare la guerre si telle était son intention, non ? Puisqu’ils représentaient une menace pour la France, aujourd’hui plus que jamais. Et… Oh.

Antoine – Finalement, dans l’époque où nous vivons, c’est de savoir comment concilier liberté et sécurité. Et jusqu’où la guerre civile peut se permettre de durer, si jamais la menace d’une autre guerre ouverte, d’un autre conflit mondial, finit par se concrétiser.

Laura – J’ai compris… je crois. Nous représentons une menace pour le pays et le but du Gouvernement est donc de nous évincer, plus que jamais aujourd’hui avec ce qui s’est passé à Noël. Seulement, vu les forces dont dispose la Résistance aujourd’hui, aucun des deux camps ne cédera sauf s’il y a… un autre facteur en jeu. Comme une autre guerre, avec l’Allemagne, par exemple. Mais s’il y a un autre conflit mondial, notre liberté importera peu puisque les personnes « anormales » seront visées partout…

Mais, dans ce cas, ils ne seraient jamais en paix. La Résistance poursuivrait-elle si la France se retrouve à combattre l’Allemagne ? Oui, le Gouvernement serait affaibli parce que devant se battre sur deux fronts, mais les leurs devraient aussi affronter les Allemands… Et cela, Laura n’était pas sûre qu’ils puissent le faire. Mais il y avait un autre élément à prendre en compte, aussi, qu’Antoine avait peut-être oublié sauf s’il savait autre chose qu’elle-même ignorait à cause de l’éloignement au Japon. Le but premier de l’attaque à Paris, c’était de rallier des gens, de montrer au peuple ce qui se passait vraiment, non ? Or, là, Antoine affirmait que la dictature, voire un régime d’extrême-droite, était possible en France… Si c’était possible, cela signifiait que la Résistance avait échoué… Ou pas ? Ses doigts parcourant le bois du banc derrière lequel elle était assise, elle leva les yeux vers Antoine, un peu perdue, tout en époussetant inutilement le banc dans cette salle encore poussiéreuse.

Laura – Il y a une chose que je ne comprends pas. Tu dis que les Français seraient prêts à une dictature, que les régimes d’extrême-droite montaient partout dans les sondages. Mais… En France, la Résistance a organisé l’attaque à Paris justement pour rallier des personnes à notre cause et pour montrer ce que faisait réellement le Gouvernement, en tout cas c’est ce qu’ils ont accepté de nous dire. Mais, dans ce cas… Si les Français votent pour un parti national, cela signifie que la Résistance a échoué ? Je veux dire, dans son intention première… Et si c’est ça…

Comment réagirait la Résistance face à un conflit mêlant la France et l’Allemagne ? Laura posa la question directement, ne comprenant pas tout en politique – loin de là. C’est pour cela aussi qu’elle appréciait les discussions avec Antoine, il lui expliquait mais pas comme Jasper, il prenait le temps avec des exemples concrets sans faire trop de raccourcis non plus. De façon à ce qu’elle en sache plus tout de même, même si elle était plus jeune qu’eux et qu’il était normal, à son âge, de ne pas en connaître autant qu’eux qui étaient au lycée. Elle décida de tout dire, tant qu’à faire, même si Antoine n’avait pas la science infuse. S’il avait une coupure de journal avec lui, c’est que le sujet l’intéressait vraiment et qu’il en savait assez, non ?

Laura – Admettons que la Résistance profite de la faiblesse du Gouvernement qui devra gérer deux fronts en même temps… Si elle gagne parce qu’assez de soutien, comment ferait-elle face à l’Allemagne ? Si tu dis que le nationalisme grimpe… Et à l’inverse, si elle perd face au Gouvernement, cela en serait fini de nous ? Et si elle ne s’en mêle pas… Le Gouvernement laisserait tomber purement et simplement ? Pourtant, nous représentons une menace pour eux. J’avoue ne pas tout comprendre, avec la politique…

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Ven 7 Déc - 18:19
– J’ai compris… je crois. Nous représentons une menace pour le pays et le but du Gouvernement est donc de nous évincer, plus que jamais aujourd’hui avec ce qui s’est passé à Noël. Seulement, vu les forces dont dispose la Résistance aujourd’hui, aucun des deux camps ne cédera sauf s’il y a… un autre facteur en jeu. Comme une autre guerre, avec l’Allemagne, par exemple. Mais s’il y a un autre conflit mondial, notre liberté importera peu puisque les personnes « anormales » seront visées partout…

Voilà, c’était le souci. Au fond, le problème était extrêmement simple, on a deux camps face à face qui s’affrontent, soit, mais si un ennemi plus gros que les deux réunis se joint à la partie, soit les deux camps en questions s’allient et combattent ensemble le plus gros, soit l’un des deux s’arrange pour écraser au plus vite son concurrent et s’occuper ensuite de l’ennemi le plus important. Dans un cas pareil, le plus logique aux yeux de tous était l’alliance, pourtant, ce n’était pas si simple… Beaucoup de facteurs entraient en compte, qu’ils soient stratégiques ou politiques, une erreur pouvait alors mener à la défaite et détruire l’avenir possible pour chacun des deux camps. Antoine s’assit un peu plus confortablement sur l’estrade en bois, après avoir enlevé un peu de poussière et rangé le morceau de journal dans sa poche.

Les troubles politiques ne dataient pas d’hier, mais tout se cristallisait de plus en plus rapidement depuis… deux ans, maintenant. La crise mondiale, économique et sociale, des années vingt à l’après-guerre avait marqué profondément les sociétés en Europe, pas seulement les États-Unis, d’où elle était partie. Le grand crack boursier d’Octobre avait fragilisé encore plus des sociétés déjà profondément bouleversées par une guerre ayant fait plusieurs millions de morts, toutes nations confondues. Ce genre de crise était un terrain très favorable à la montée du Nationalisme et des dérives politiques l’accompagnant. Antoine s’était beaucoup intéressé à la situation actuelle de l’Allemagne, d’où ses préoccupations aujourd’hui. Et que dire de l’Espagne, dot la proclamation de la II ème République avait tant enflammé les tensions que le pays était au bord de la guerre civile ?

– Il y a une chose que je ne comprends pas. Tu dis que les Français seraient prêts à une dictature, que les régimes d’extrême-droite montaient partout dans les sondages. Mais… En France, la Résistance a organisé l’attaque à Paris justement pour rallier des personnes à notre cause et pour montrer ce que faisait réellement le Gouvernement, en tout cas c’est ce qu’ils ont accepté de nous dire. Mais, dans ce cas… Si les Français votent pour un parti national, cela signifie que la Résistance a échoué ? Je veux dire, dans son intention première… Et si c’est ça…

Oh non, il ne fallait pas confondre, la racine du problème n’était pas la même. Il secoua un peu la tête pour dire non, pendant que Laura demandait comment réagir la Résistance, si un conflit ouvert venait à se déclarer entre l’Allemagne et la France. Un tel scénario serait catastrophique et pas seulement pour leur pays… Le lycéen ne savait pas si sa petite amie le réalisait, mais dans un contexte pareil, ce ne serait pas juste deux pays impactés. Avec le « jeu » des alliances militaires et politiques, sans oublier les colonies et pays alliés sur d’autres continents, ils partiraient tous sur le chemin d’une autre guerre mondiale. On avait bien raison de parler du vingtième siècle comme le siècle du sang et des armes, deux guerres mondiales, même pas espacées de cinquante ans l’une de l’autre… D’autant plus que l’industrialisation galopante du début du vingtième siècle avait aussi profité à l’industrie de l’armement.

– Admettons que la Résistance profite de la faiblesse du Gouvernement qui devra gérer deux fronts en même temps… Si elle gagne parce qu’assez de soutien, comment ferait-elle face à l’Allemagne ? Si tu dis que le nationalisme grimpe… Et à l’inverse, si elle perd face au Gouvernement, cela en serait fini de nous ? Et si elle ne s’en mêle pas… Le Gouvernement laisserait tomber purement et simplement ? Pourtant, nous représentons une menace pour eux. J’avoue ne pas tout comprendre, avec la politique…

– C’est différent… Le problème des élémentaires n’est pas le même. Tu vas comprendre… Nous sommes alors en 1918, tu as un pays meurtri profondément, qui sort à peine d’une guerre ayant causé des millions de morts. Ce n’est pas juste la violence du conflit qui a marqué, mais parce que c’était la toute première guerre de toute l’Histoire, dans le monde, où des nouvelles armes pouvaient tuer aussi massivement et aussi vite. La première guerre où toutes les limites ont été franchies, avec l’utilisation du gaz, des obus, des chars, mais aussi du nombre de pays engagés dans le conflit en même temps. Les pays en sont sortis affaiblis, et pour les perdants, profondément humiliés. Tous les repères sociaux sont remis en cause, en Europe. Imagine d’abord ce tableau. Des pays affaiblis, blessés, humiliés, avec des populations endeuillées et en colère, qui ne comprennent pas pourquoi ça s’est passé ainsi. Tous les repères sociaux volant en éclat.

Tout en parlant, il agitait parfois un peu les mains ou faisaient des signes, pour bien se faire comprendre, même s’il ignorait si ça aidait vraiment. Il ajouta à haute voix des exemples de ces repères volés en éclat. La nouvelle place des femmes au travail, dans la société, le manque d’hommes dans tout le pays, la peur de ces nouvelles armes, les familles réclamant les corps de leurs morts, enterrés à la hâte un peu partout suivant l’évolution du front. C’était d’abord ça qu’elle devait bien visualiser, un pays très profondément blessé et déchiré, se relevant d’une horreur sans nom, et surtout, d’une horreur qu’absolument personne n’aurait pu imaginer si longue et douloureuse. Une guerre massive et violente, aucune autre dans le monde n’avait engagé autant de moyens ni causé autant de morts. Jusqu’ici, seules les pandémies avaient eu un potentiel de destruction aussi massif.

– De 1920 à 1930, la reconstruction a été lente. Les pays perdants ont gardé cette humiliation. L’Allemagne travaille à retrouver sa fierté perdue, et le nationalisme l’y aide. C’est ce que promet Hitler, de rendre à son pays l’honneur qu’il a perdu. Même les pays vainqueurs du conflit ont eu toutes les peines du monde à se relever. Et quand un peuple souffre, il demande alors deux choses. Premièrement, la sécurité, un immense besoin de sécurité. Deuxièmement, qu’on lui donne les raisons de sa souffrance. Et pour qu’un gouvernement tienne sans que ça ne tourne à la révolution, il faut un ennemi commun à pointer. En France, en 1922, cet ennemi était tout trouvé, il s’agissait des élémentaires. Des personnes considérées comme différentes, qu’on pouvait accuser d’apporter des tas de problèmes. Tu me suis, jusque-là ?

Il s’interrompit un instant pour s’en assurer, ne voulant pas la noyer dans les explications en cours de route. On se croirait à un cours d’Histoire, pourtant, bien comprendre tout cela était essentiels s’ils voulaient s’y retrouver dans leur propre époque. Bien sûr, désigner un bouc émissaire n’était pas juste, enfin, ça se saurait si la vie était juste. Peu importe le temps dans lequel on vit, il y aura toujours, c’était certain, un groupe de la population qui sera pointé du doigt comme responsable de tous les malheurs. C’est simplement plus facile et cela permet de rassembler la population.

– Nous sommes en 1929. Les tensions contre les élémentaires sont telles que le gouvernement peut maintenant imposer sans problèmes de plus en plus de mesures sécuritaires, et antirépublicaines pour la plupart, en prétendant protéger la population contre ce groupe d’élémentaires, jugés anormaux et dangereux. Et c’est là que ça dégénère vraiment, car à force de s’en prendre à un même groupe, celui-ci se défend, c’est très naturel. Tu as alors deux camps qui se créent. L’État d’un côté, et le groupe désigné comme coupable de l’autre, à savoir les élémentaires. Des personnalités sont montrées comme des icônes de chacun des camps. Le Président pour l’État, Gabriella pour les Élémentaires. Chacun ses arguments, chacun, surtout, ses armes. L’État possède un atout précieux, ce sont les médias, qui lui permettent d’influencer largement la population Française. On est alors au début de l’année 1930, à partir de là, tout va aller très vite.

Laura connaissait déjà ce qui était arrivé durant toutes cette année, même si elle n’avait pas fait attention à tous les détails. L’influence sur la population pour la pousser à se croire en danger et donc accepter des mesures restreignant sa liberté. Les élémentaires persécutés, dans de nombreux endroits, les dons décriés, leurs porteurs contraints de se cacher. L’instrumentalisation des journaux, et plus important que tout, l’instrumentalisation de l’armée. Antoine s’arrêta surtout sur ce dernier point car il avait une importance cruciale dans la suite. La façon dont l’armée avait été utilisée avait influencé d’une forte manière les manœuvres par la suite, notamment aux travers des actes de Bradley.

– Je ne sais pas si tu t’es un peu renseigné sur Bradley ? Tu vois, dans tous les conflits, ce sont les personnalités fortes qui prennent les décisions et font pencher la balance. Pourquoi les chose se sont envenimés ? Car la directrice a refusé de plier et parce que le Président ne pouvait plus revenir en arrière. Pourquoi, ensuite, les élémentaires ont eu assez de poids pour créer un mouvement de Résistance ? Grâce à Bradley et aux membres de l’armée qui l’ont suivi. La Grande Guerre l’a forgé, littéralement, au commandement et au combat, il est passé, en quinze ans à peine, de lieutenant à maréchal des armées, c’est une évolution hors-norme tant elle est rapide. Il possède une expérience de la guerre que la directrice n’a pas. Et c’est lorsque lui aussi s’est retourné contre le gouvernement que la Résistance a pris forme.

Il lui sourit gentiment car il était conscient que ça devait être un peu compliqué à suivre, c’était long, compliqué, et encore, Antoine ne rentrait pas dans les détails. Maintenant que tout était bien posé, il fallait bien en arriver à l’actualité brûlante, au nerf de la guerre… Il soupira un peu, en passant une main dans ses cheveux, le regard pensif.

– En France, les élémentaires se battent pour leur propre liberté, contre les persécutions, pas contre un Etat plus autoritaire en lui-même. Le Gouvernement, lui, pour son pouvoir et le maintien de l’Etat. Mais si un ennemi plus gros arrive, donc l’Allemagne, que se passera-t-il ? Si la guerre civile n’est pas terminée, la raison voudrait que l’Etat et les élémentaires collaborent contre l’Allemagne. Ou bien que les élémentaires cessent le combat et se cachent le temps que ça dure. Car il faut être réaliste, si une guerre ouverte contre l’Allemagne reprend, la Résistance n’aura jamais assez de moyens pour défendre tout un pays, elle se ferait balayer comme un rien. Ce sont des guerres d’Etat contre Etat, et avec les alliances militaires de chaque pays, ça peut vite virer à une seconde guerre mondiale. En résumé, si un conflit mondial s’engage, la Résistance devra soit se battre aux côtés du Gouvernement contre l’Allemagne et ses alliés, soit se retirer et attendre que ça se calme.

Et voilà où en était actuellement. Un pays en pleine guerre civile où le but était que tout se termine au plus vite, pour fixer la ligne directrice de la France et faire en sorte que le pays soit bien prêt, dans le cas où un conflit mondial venait à s’engager. C’est qu’il ajouta, avec un autre soupir.

– C’est comme une sorte… d’immense puzzle où chaque petite pièce peut avoir un rôle capital. On se sent petit, au milieu de tout ça.

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Mar 22 Jan - 22:52
Antoine – C’est différent… Le problème des élémentaires n’est pas le même. Tu vas comprendre… Nous sommes alors en 1918, tu as un pays meurtri profondément, qui sort à peine d’une guerre ayant causé des millions de morts. Ce n’est pas juste la violence du conflit qui a marqué, mais parce que c’était la toute première guerre de toute l’Histoire, dans le monde, où des nouvelles armes pouvaient tuer aussi massivement et aussi vite. La première guerre où toutes les limites ont été franchies, avec l’utilisation du gaz, des obus, des chars, mais aussi du nombre de pays engagés dans le conflit en même temps. Les pays en sont sortis affaiblis, et pour les perdants, profondément humiliés. Tous les repères sociaux sont remis en cause, en Europe. Imagine d’abord ce tableau. Des pays affaiblis, blessés, humiliés, avec des populations endeuillées et en colère, qui ne comprennent pas pourquoi ça s’est passé ainsi. Tous les repères sociaux volant en éclat.

Laura hocha lentement la tête sans rien dire, écoutant simplement Antoine en essayant « d’imaginer le tableau », comme il disait. C’était un peu difficile mais… vu la situation actuelle, malheureusement, c’était faisable. Elle imaginait. La détresse, le flou dans l’esprit des gens, le choc comme eux-mêmes le ressentaient depuis les déclarations officielles. L’incompréhension totale et la question « jusqu’où vont-ils aller ? ». Pendant qu’Antoine parlait, il agitait les mains, ce qui aurait pu la faire sourire dans un autre contexte parce qu’elle faisait la même chose lorsqu’elle essayait de s’expliquer. Allez savoir qui avait déteint sur qui… Mais ici, dans cette ambiance et avec les images qu’il évoquait, difficile de sourire. Laura fit une moue, réfléchissant aux paroles de son petit ami, essayant d’imaginer l’agitation gagnant la France au lendemain de la Grande Guerre. Elle ne l’avait pas réalisé, mais… Oui. Il y avait aussi les corps perdus, le manque d’hommes à cause de la guerre vu qu’elles-mêmes n’étaient jamais appelées, leur nouveau rôle pour compenser le manque de main d’œuvre… Entrouvrant légèrement la bouche, toutes les conséquences commençaient à se frayer un chemin dans sa tête, lui donnant presque le vertige, elle agitait lentement ses pieds qui pendaient dans le vide.

Antoine – De 1920 à 1930, la reconstruction a été lente. Les pays perdants ont gardé cette humiliation. L’Allemagne travaille à retrouver sa fierté perdue, et le nationalisme l’y aide. C’est ce que promet Hitler, de rendre à son pays l’honneur qu’il a perdu. Même les pays vainqueurs du conflit ont eu toutes les peines du monde à se relever. Et quand un peuple souffre, il demande alors deux choses. Premièrement, la sécurité, un immense besoin de sécurité. Deuxièmement, qu’on lui donne les raisons de sa souffrance. Et pour qu’un gouvernement tienne sans que ça ne tourne à la révolution, il faut un ennemi commun à pointer. En France, en 1922, cet ennemi était tout trouvé, il s’agissait des élémentaires. Des personnes considérées comme différentes, qu’on pouvait accuser d’apporter des tas de problèmes. Tu me suis, jusque-là ?

Laura hocha à nouveau la tête, d’un air plus grave et dégoûté cependant. Un profond sentiment d’injustice grimpait en elle mais elle se retint de faire le moindre commentaire, sachant qu’Antoine n’y pouvait rien. Et elle voulait l’écouter jusqu’au bout, comprendre. Cette partie, elle la savait déjà, la connaissait et la comprenait… Enfin. Non, elle la connaissait mais ne la comprenait pas. Un ennemi commun pour justifier la souffrance et éviter la révolution… Et du coup, c’était leur faute ? Mais les élémentaires n’avaient rien à voir là-dedans ! Est-ce que quelqu’un avait vérifié si, dans les morts, il y avait des élémentaires ? Et les élémentaires, est-ce qu’ils avaient refusé d’aller à la guerre pour un combat qui les mènerait très probablement à la mort ? Non. Pourtant, c’était leur faute… Laura ne connaissait pas les arguments du gouvernement et n’était pas sûre de vouloir les connaître. Mais c’était un comportement immonde. Et, si ce que disait Antoine était vrai pour la France, alors l’Allemagne…

Antoine – Nous sommes en 1929. Les tensions contre les élémentaires sont telles que le gouvernement peut maintenant imposer sans problèmes de plus en plus de mesures sécuritaires, et antirépublicaines pour la plupart, en prétendant protéger la population contre ce groupe d’élémentaires, jugés anormaux et dangereux. Et c’est là que ça dégénère vraiment, car à force de s’en prendre à un même groupe, celui-ci se défend, c’est très naturel. Tu as alors deux camps qui se créent. L’État d’un côté, et le groupe désigné comme coupable de l’autre, à savoir les élémentaires. Des personnalités sont montrées comme des icônes de chacun des camps. Le Président pour l’État, Gabriella pour les Élémentaires. Chacun ses arguments, chacun, surtout, ses armes. L’État possède un atout précieux, ce sont les médias, qui lui permettent d’influencer largement la population Française. On est alors au début de l’année 1930, à partir de là, tout va aller très vite.

Oh… Mais… Jasper avait vraiment raison, alors ? Ils n’y étaient pour rien, eux deux ? L’empoisonnement, tout ça, ça n’avait rien engendré ? En fin de compte, tout était en marche depuis des mois et des mois, des années même, et ce n’était pas leur pauvre petite insémination artificielle qui avait changé quoi que ce soit. Ouvrant la bouche complètement devant cette découverte, Laura faillit serrer Antoine dans ses bras, soulagée tout à coup en même temps qu’effrayée. Ce poids, elle le sentait peser depuis le tout début, depuis le premier moment filmé où sa tante avait été la cible des critiques. Mais, en dehors de Jasper, elle n’en avait parlé à personne. Et, désolée, mais pour elle, son frère cherchait juste à la rassurer. Alors qu’ici, avec ce qu’avait dit Antoine… Arrêtant de faire balancer ses pieds, elle les laissa pendre, glissant ses mains sous ses jambes pour les réchauffer par réflexe en attendant la suite. Dès le début, tout était déjà lancé… Et leur tante avait un sérieux désavantage en plus des médias : elle n’avait rien vu de ses véritables forces là où l’Etat l’avait compris immédiatement sans aucun doute possible.

Antoine – Je ne sais pas si tu t’es un peu renseigné sur Bradley ? Tu vois, dans tous les conflits, ce sont les personnalités fortes qui prennent les décisions et font pencher la balance. Pourquoi les chose se sont envenimés ? Car la directrice a refusé de plier et parce que le Président ne pouvait plus revenir en arrière. Pourquoi, ensuite, les élémentaires ont eu assez de poids pour créer un mouvement de Résistance ? Grâce à Bradley et aux membres de l’armée qui l’ont suivi. La Grande Guerre l’a forgé, littéralement, au commandement et au combat, il est passé, en quinze ans à peine, de lieutenant à maréchal des armées, c’est une évolution hors-norme tant elle est rapide. Il possède une expérience de la guerre que la directrice n’a pas. Et c’est lorsque lui aussi s’est retourné contre le gouvernement que la Résistance a pris forme.

Antoine lui sourit de son air gentil et patient, comme à chaque fois qu’il prenait le temps de lui expliquer quelque chose ou la calmer, ou lorsqu’elle l’exaspérait pour l’une ou l’autre de ses réactions. Là, il venait de la choquer pour de bon. Elle assimilait tout et retenait, enregistrait les informations, mais jamais elle n’aurait cru que leur plus grand ennemi de l’époque avait permis la fondation de la Résistance… Pourtant, cela se tenait. C’était logique, compréhensible. Il connaissait tout sur la guerre, avait grimpé les échelons visiblement très vite et était capable de diriger un grand groupe, des armées entières. Alors, forcément, organiser un mouvement tel que celui de la Résistance n’était qu’un jeu d’enfant, pour lui… D’autant plus qu’il connaissait les faiblesses de la France, ses points forts et les premiers gestes ou réactions des généraux en temps d’attaque. Antoine soupira, la tirant de ses pensées, lui-même affichant un air pensif lorsqu’elle tourna la tête vers lui. Mh ?

Antoine – En France, les élémentaires se battent pour leur propre liberté, contre les persécutions, pas contre un Etat plus autoritaire en lui-même. Le Gouvernement, lui, pour son pouvoir et le maintien de l’Etat. Mais si un ennemi plus gros arrive, donc l’Allemagne, que se passera-t-il ? Si la guerre civile n’est pas terminée, la raison voudrait que l’Etat et les élémentaires collaborent contre l’Allemagne. Ou bien que les élémentaires cessent le combat et se cachent le temps que ça dure. Car il faut être réaliste, si une guerre ouverte contre l’Allemagne reprend, la Résistance n’aura jamais assez de moyens pour défendre tout un pays, elle se ferait balayer comme un rien. Ce sont des guerres d’Etat contre Etat, et avec les alliances militaires de chaque pays, ça peut vite virer à une seconde guerre mondiale. En résumé, si un conflit mondial s’engage, la Résistance devra soit se battre aux côtés du Gouvernement contre l’Allemagne et ses alliés, soit se retirer et attendre que ça se calme.

Laura grimaça, cette fois, doutant que la Résistance accepte de patienter sagement dans son coin. A moins que, justement, elle ne profite d’une nouvelle guerre pour se renforcer et revenir plus forte après… C’était possible aussi, non ? Mais il restait également la possibilité de voir des gens quitter la Résistance, décider de laisser tomber pour rejoindre le Gouvernement à cause de la guerre. Parce que, selon ce que venait de dire Antoine, un ennemi commun, ça rapproche… Du coup, l’ennemi commun en question serait l’Allemagne et non plus l’Etat français. Et l’Etat avait les médias, pouvait manipuler et diffuser l’information à loisirs et influencer certaines personnes plus naïves, même au sein de la Résistance. Et si certains les abandonnaient… Est-ce qu’ils seraient assez autonomes pour se débrouiller seuls pendant tout le temps de la guerre ? Parce qu’une guerre dure plus d’une année, ils l’avaient bien vu avec la Grande Guerre… En chœur avec ses pensées, Antoine décrivit en quelques mots, dans un soupir, la situation dans laquelle était la France. Une guerre civile qui doit se terminer le plus vite possible, des tensions, une autre guerre mondiale se rapprochant…

Antoine – C’est comme une sorte… d’immense puzzle où chaque petite pièce peut avoir un rôle capital. On se sent petit, au milieu de tout ça.

Nouvelle moue. Il avait raison… Et elle le voyait d’autant plus maintenant, avec toutes ses explications. Sans rien dire tout de suite, Laura se releva, prenant garde aux échardes, pour se mettre à côté de lui, posant sa tête sur son épaule et se blottissant tout doucement dans ses bras. Elle resta quelques minutes silencieuse, hésitant à poser sa question qui, pourtant, lui brûlait les lèvres. La Résistance n’était pas assez forte, comme il l’avait dit, il était donc fort possible qu’il y ait des abandons… Comme les élèves qui n’avaient pas rejoint l’école. Ils pourraient toujours compter sur les mêmes, auxquels ils pensaient spontanément, mais après ? Si le mouvement se dissolvait et que la guerre passait, l’ennemi commun serait de nouveau d’actualité puisqu’une guerre ne peut jamais entraîner de conséquences positives. Laura glissa ses doigts dans ceux d’Antoine, lui prenant la main, regardant quelques secondes leurs mains entrelacées avant de parler. Après tout, il n’y avait pas de question ou de réflexion stupide.

Laura – Merci… Je n’en ai parlé qu’à Jaz, mais je pensais que c’était vraiment notre faute, pour Gabriella. Que c’était à cause de nous si elle avait été la cible des critiques, qu’elle n’en serait pas là où elle est aujourd’hui si on ne s’était pas mêlé de sa vie privée. A cause d’une bêtise, vraiment. Mais, d’après ce que tu dis, dans tous les cas, les choses se seraient produites de la même manière… Elle partait avec un handicap dès le début, ignorant ses vraies capacités de leader. Au fond, je suis sûr que Bradley l’avait vu dès les premières secondes. Peut-être même l’avait-il repérée avant tout ça, qui sait ? Même si ce serait terrifiant de se dire cela.

Laura eut un tout petit rire nerveux, crispée, préférant chasser cette idée de son esprit. C’était débile de dire ça, de l’affirmer, surtout maintenant. Après tout ce qu’Antoine avait expliqué, elle se trouvait complètement ridicule d’avoir pensé cela, ce qu’elle ajouta d’une toute petite voix. Désolée, vraiment, c’était stupide, mais elle n’avait cessé de le croire depuis leur retour au Pensionnat l’année dernière. Depuis le débat. Elle avait même failli en parler à son tuteur ! Pour finalement se dégonfler, comme d’habitude, mais bon, l’intention avait été là et elle en aurait pris pour son grade à ce moment-là. Encore que… Peut-être pas. Il était heureux de la voir, et elle heureuse de le voir entier et vivant après des semaines sans contact. Elle aurait pu lui dire et il aurait expliqué ce qu’Antoine venait de lui expliquer. Mais différemment, sans doute avec un comportement d’adulte qui parle à une enfant… Ce que son petit ami n’avait pas fait. Ce qui la poussait à poser sa question, sachant qu’elle ne serait pas jugée ni moquée.

Laura – Tu ne penses pas que… que pendant une autre guerre, la Résistance pourrait se dissoudre ?, finit-elle par demander en redressant un peu la tête pour le regarder. On est très faible, tu l’as dit toi-même. Et, ici, on est en sécurité… Mais ce ne sera pas le cas indéfiniment. Et si les gens commencent à paniquer, à quitter la Résistance pour se joindre au Gouvernement ? On aura un nouvel ennemi commun, dans l’hypothèse d’une guerre : l’Allemagne. Il y a déjà des élèves qui ne sont pas venus, peut-être à cause de leurs parents, je ne sais pas, mais ils ne sont pas là. Et l’Etat manipule les médias… S’il arrive à faire en sorte de… retourner la tête des Résistants présents actuellement ? Ça pourrait jouer les mêmes conséquences que lorsque Bradley s’est retourné contre le Gouvernement et l’armée.

Cette hypothèse la terrorisait, très honnêtement. Et elle culpabilisait de ne penser qu’à leur survie, mais c’est ce qui motivait leurs journées depuis tellement de mois, à présent… Et elle pensait aussi aux familles qui avaient rejoint la Résistance, aux enfants qui dormaient même dans le domaine, cachés, pour ne pas être envoyés en prison. Ou pire avec ces histoires de test. Or, si le réseau s’effondrait, si certains parlaient ou décidaient de ne plus aider qui que ce soit, de ne plus épauler ceux qui en avaient besoin… Comment feraient-ils ? Elle se doutait que peu de personnes connaissaient la localisation du QG et de l’école, mais… Voilà. Antoine venait de décrire une situation catastrophique, au bord de l’explosion, et elle craignait le pire.

Laura – Comment on ferait, nous, si personne ne vient nous aider ? La guerre est une histoire d’adultes, notre tuteur n’arrête pas de me le répéter… Ce n’est pas avec nos maigres moyens qu’on arrivera à quelque chose. C’est sûrement égoïste de penser ça, mais on est isolé. Et la Résistance elle-même a besoin de l’extérieur, pour certaines choses… Le tableau que tu viens de peindre est très négatif et pessimiste, je vois difficilement comment le mouvement survivrait en cas de guerre.

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Dim 10 Fév - 10:59
Il y en avait pas mal qui se demandaient, parmi les élèves, « pourquoi suis-je né dans cette époque ». Une fausse question, car mine de rien, toutes les époques avaient leur lot de problèmes, et dans chacune, il y avait des guerres, même si elles ne se déroulaient pas toujours sur le même territoire. Il passa un bras autour des épaules de Laura quand elle vint se blottir contre lui, sans plus rien dire pour le moment. Il lui serra la main sans plus ouvrir la bouche non plus, plongé dans ses propres pensées. Au fond, il n’avait pas… réellement peur. Enfin, si, il avait peur qu’il arrive quelque chose de grave à ses proches, il avait peur de perdre ceux qu’il aimait, mais n’avait pas de craintes vis à vis de l’avenir en lui-même. C’était plutôt un mélange entre la résignation et la préparation. Résignation car si les choses devaient arriver ainsi, elles arriveront, personne n’y changera rien. Et préparation car même avec peu de moyens, il était toujours possible de s’en sortir si on luttait. Ils vivaient un siècle de guerre, partout dans le monde, il y avait eu des flambées de violence et ça continuait. En France, en Espagne, en Allemagne, en Russie, en Chine, au Brésil, absolument partout.

– Merci… Je n’en ai parlé qu’à Jaz, mais je pensais que c’était vraiment notre faute, pour Gabriella. Que c’était à cause de nous si elle avait été la cible des critiques, qu’elle n’en serait pas là où elle est aujourd’hui si on ne s’était pas mêlé de sa vie privée. A cause d’une bêtise, vraiment. Mais, d’après ce que tu dis, dans tous les cas, les choses se seraient produites de la même manière… Elle partait avec un handicap dès le début, ignorant ses vraies capacités de leader. Au fond, je suis sûr que Bradley l’avait vu dès les premières secondes. Peut-être même l’avait-il repérée avant tout ça, qui sait ? Même si ce serait terrifiant de se dire cela.

Oh, pas tant que ça. Pour Antoine, il avait « repéré » leur ancienne directrice lors du fameux débat pédagogique, cette mascarade qui avait servi de façade et de faire-valoir pour le gouvernement du moment et où pas mal de personnes s’était rendue. Bradley y avait été, lui aussi, le jeune lycéen l’avait vu sur une des photos prises pour montrer l’importance du public lors de la conférence. Dans un coin presque caché, en hauteurs des gradins, mais il avait bel et bien été là. Il haussa les épaules quand Laura murmura qu’elle se trouvait stupide d’avoir pensé ça, pour la directrice, ça n’avait pas d’importance. Durant les vacances, il avait beaucoup réfléchi à tout ça. Malgré toute la gravité de la situation, comprendre comment fonctionnait ce qui l’entourait l’apaisait et le calmait, une fois bien intégré ce qui arrivait, il était en mesure de prendre du recul et donc de se préparer à la suite, sans s’impliquer émotionnellement dans l’affaire. Se laisser mener par les sentiments, c’était définitivement la pire chose qui puisse arriver, dans un contexte pareil, celui qui ne garde pas la tête froide est incapable de rassurer les autres ou de préparer le moindre plan.

– Tu ne penses pas que… que pendant une autre guerre, la Résistance pourrait se dissoudre ?, finit-elle par demander en redressant un peu la tête pour le regarder. On est très faible, tu l’as dit toi-même. Et, ici, on est en sécurité… Mais ce ne sera pas le cas indéfiniment. Et si les gens commencent à paniquer, à quitter la Résistance pour se joindre au Gouvernement ? On aura un nouvel ennemi commun, dans l’hypothèse d’une guerre : l’Allemagne. Il y a déjà des élèves qui ne sont pas venus, peut-être à cause de leurs parents, je ne sais pas, mais ils ne sont pas là. Et l’Etat manipule les médias… S’il arrive à faire en sorte de… retourner la tête des Résistants présents actuellement ? Ça pourrait jouer les mêmes conséquences que lorsque Bradley s’est retourné contre le Gouvernement et l’armée.

Pas à ce point, non. Il secoua un peu la tête, avec un faible sourire. Sa petite amie ne voyait pas vraiment les implications autant politiques que militaires à prendre en compte, ni la nature humaine, tout simplement. La rancœur ne disparaît pas si facilement, surtout lorsqu’elle a été alimentée durant aussi longtemps.

– Comment on ferait, nous, si personne ne vient nous aider ? La guerre est une histoire d’adultes, notre tuteur n’arrête pas de me le répéter… Ce n’est pas avec nos maigres moyens qu’on arrivera à quelque chose. C’est sûrement égoïste de penser ça, mais on est isolé. Et la Résistance elle-même a besoin de l’extérieur, pour certaines choses… Le tableau que tu viens de peindre est très négatif et pessimiste, je vois difficilement comment le mouvement survivrait en cas de guerre.

– Les élémentaires resteront forcément cachés, durant une nouvelle guerre mondiale. Et si ça arrive, le réseau actuel aura clairement d’autres priorités que sa vendetta contre le gouvernement, il faut aussi savoir définir la part des choses. Il y a une différence entre défendre un groupe de personnes dans un pays donné et défendre le pays entier contre un voisin prêt à le raser complètement. Pendant une guerre de grande ampleur, le réseau peut aussi en profiter pour se cacher pour de bon, disparaître et se faire oublier. Ne pas reprendre le combat ensuite mais faire semblant d’avoir été annihilé pour avoir enfin la paix. Ce serait aussi renoncer à des droits fondamentaux, mais après tout, si ça permet à tous de vivre sans persécutions ? Pour le moment, on ne peut pas dire de quoi l’avenir sera fait, il y a trop de choses qui nous échappent.

Et pour pouvoir influencer sur le cours des événements, il fallait soit un poids militaire, soit un poids politique, hors, à leurs âges, inutile de préciser qu’ils n’avaient ni l’un ni l’autre. Construire un réseau prenait du temps, c’était dangereux, il fallait avec se tailler une image publique convaincante, disposer de ressources, trouver des alliés et forger toute une stratégie, être capable d’entraîner les autres avec soit et garder la tête haute au plus fort de la bataille et des pires moments. Laura aura quinze ans cette année et lui dix-sept, que pouvaient-ils faire, réellement ? A leur échelle, rassurer les plus jeunes, participer à de petites actions de soutien ou support, mais pas combattre ou créer des armes politiques pour défendre les leurs. Même adulte, il fallait le caractère adéquat et surtout l’esprit taillé dans le bon sens, tout le monde n’était pas capable de mener de grands combats. Il serra la main de Laura dans la sienne en se levant, quittant cette classe poussiéreuse pour retourner dans les couloirs de pierre. Cet endroit était apaisant, malgré tout, on s’y sentait protégé de tous les dangers. Mais il fallait bien garder en tête que la Résistance pouvait échouer. Ils n’étaient pas dans un roman mais dans la réalité, rien ne garantissait la victoire à leur camp, à la fin.

– On va sans doute être adultes avant que tout cela ne se termine. Et entrer dans la danse, si on le souhaite. Tu arrives à t’imaginer, âgée de vingt ans, plongée dans tout ça ?

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Sam 9 Mar - 13:16
Antoine – Les élémentaires resteront forcément cachés, durant une nouvelle guerre mondiale. Et si ça arrive, le réseau actuel aura clairement d’autres priorités que sa vendetta contre le gouvernement, il faut aussi savoir définir la part des choses. Il y a une différence entre défendre un groupe de personnes dans un pays donné et défendre le pays entier contre un voisin prêt à le raser complètement. Pendant une guerre de grande ampleur, le réseau peut aussi en profiter pour se cacher pour de bon, disparaître et se faire oublier. Ne pas reprendre le combat ensuite mais faire semblant d’avoir été annihilé pour avoir enfin la paix. Ce serait aussi renoncer à des droits fondamentaux, mais après tout, si ça permet à tous de vivre sans persécutions ? Pour le moment, on ne peut pas dire de quoi l’avenir sera fait, il y a trop de choses qui nous échappent.

Laura hocha doucement la tête, réfléchissant en même temps. Antoine avait raison, à ce sujet… Et la réaction qu’elle avait eue était irréfléchie alors que tout ce que disait son petit ami était parfaitement logique. Il avait cogité, durant les vacances, tournant le sujet sous tous ses angles pour mieux le comprendre. Aucun doute là-dessus. Elle tourna la tête vers lui, hésitant à lui poser la question mais optant finalement pour le silence. Deux solutions possibles pour la Résistance… Mais renoncer à leurs droits fondamentaux, vraiment ? Et combien de temps pourraient-ils vivre dans de telles conditions, honnêtement ? La plupart d’entre eux deviendraient fous, laisseraient tomber, voire se rendraient. Et tout serait à recommencer. Oui, il y avait l’instinct de survie, l’ennemi plus menaçant que représentait l’Allemagne… Mais si l’Allemagne parvenait à faire un marché en les capturant, par exemple ? Le Gouvernement choisirait la sécurité du pays, forcément. Non, stop, Laura allait trop loin. Pour que l’Allemagne décide de faire un marché, il faudrait qu’elle perde – si jamais guerre il y avait –, et ce n’était pas garanti. Si la France persécutait les élémentaires depuis des années, c’était par manque de puissance, de force. Or, ici, cette puissance et cette force, elle ne l’avait pas trouvée avec eux.

Laura pensait beaucoup trop. Mais cette guerre civile l’effrayait, quoi qu’elle dise. Elle avait l’impression qu’ils évoluaient sur des mines, que chaque réveil serait incertain jusqu’à ce que la paix soit signée. Et ce n’était qu’une guerre civile… Elle ignorait comment Antoine faisait pour prendre les choses avec autant de calme et de sérénité, il était impressionnant. Maintenant plus que jamais, elle sentait qu’elle avait besoin de son soutien et de ses proches, se promettant de ne plus rien garder pour elle, de parler à Antoine, au minimum, et à Jasper. Ou l’un des deux. Mais, son frère… Elle ignorait comment il prenait les choses, évitant d’aborder le sujet lorsqu’ils étaient avec leur tuteur et Solène. Même chose avec Genji, le pauvre avait déjà bien d’autres choses à penser. Elle leur faisait confiance, évidemment, mais les adultes avaient une certaine tendance à surprotéger inutilement. Donc, non merci, Antoine et Jasper suffiraient amplement. Se relevant, elle le suivit hors de la classe, marchant à ses côtés à travers les couloirs encore calmes. Pour l’instant, beaucoup de choses lui échappaient, et Laura le ressentait bien avec les réflexions de son petit ami qui avait une réponse à tout ce qu’elle lui demandait.

Antoine – On va sans doute être adultes avant que tout cela ne se termine. Et entrer dans la danse, si on le souhaite. Tu arrives à t’imaginer, âgée de vingt ans, plongée dans tout ça ?

Laura – Tu penses vraiment que ça va durer jusqu’à mes vingt ans… ? Mais ça signifie minimum cinq ans… Je ne sais pas, pour être honnête. On est déjà plongé dedans depuis des mois et, regarde, on a changé. Tout le monde a changé. J’ai un peu peur que cette ambiance dénature notre caractère, nous transforme profondément, qu'on ne soit plus les mêmes, comme monsieur Nakajima. Regarde Gabriella, elle aussi, elle a changé... Elle n'est plus du tout la même. Elle a même accepté de laisser le Pensionnat s'effondrer, n'envoyant que quelques hommes pour nous sauver. Dans les faits, je comprends sa réaction, mais jamais je n'aurais imaginé cela il y a quelques mois.

Et c'était logique ! Tous avaient été choqués au moment de réaliser que la directrice n'avait envoyé presque personne pour les aider. D'accord, l'effondrement avait eu lieu, mais ne pas aller voir sur place, ne pas envoyer de l'aide ? C'était étrange, il n'y avait pas d'autre mot. Ce matin-là, tous avaient compris à quel point Gabriella de Lizeux avait changée. Elle n'était plus la même, n'avait plus les mêmes priorités ni les mêmes pensées. Ce qui était terrifiant, en soi... Et Laura ne voulait pas changer à ce point. Elle voulait conserver certains traits de caractère, sa personnalité qui faisait qu'on l'appréciait ou non, qui faisait hurler son frère sur elle ou l'incitait à la couver sans aucune raison précise. Et puis, c'était aussi ce caractère qui faisait qu'Antoine lui tenait la main en cet instant précis. Pourtant, elle avait déjà changé...

Laura – C'est peut-être aussi dans cette logique que j'ai développé le vent..., reprit-elle plus bas, perdue dans ses réflexions. Je me souviens du soir de notre arrivée chez monsieur Nakajima. Il avait dit que ma réaction, demander un tuteur, et tout ça, était logique puisque je cherchais à préserver ce qu'il me restait de famille. C'était ma priorité. Maintenant, ça l'est toujours, mais... J'ai envie d'agir, aussi, de ne plus rester sans rien faire, et je pense que C... la fille qui m'a agressée y a participé aussi. Vous étiez tellement inquiets, après... Alors, qu'en fin de compte, ce n'était pas grave.

La collégienne resta silencieuse, tenant toujours la main d’Antoine en marchant, évitant de le regarder pour le moment. Elle savait que ce sujet n'avait jamais vraiment été abordé, au final. Aujourd'hui, elle relativisait, se disant que ce n'était pas grave même si traumatisant. Elle taisait l'événement, tout simplement. Actuellement, des gens se faisaient tuer et torturer, en France comme ailleurs, parmi lesquels de nombreux élémentaires. Alors, une simple agression... Ce n'était pas grave, non. On s'en remettait. Elle était plus sensible, plus réservée au niveau intime, forcément, mais cela ne la caractérisait pas. En fin de compte, elle avait fait ce qu'il fallait : protéger son frère. C'était son seul et unique but, ce jour-là, un point c'est tout. Serrant un peu la main d'Antoine, elle regarda par la fenêtre, observant les bâtiments des alentours, ne pouvant que deviner lequel servait à quoi. Elle ne savait pas encore, impossible en si peu de temps. Vivre dans ces bâtiments...

Essayer d’imaginer leur vie dans cinq ans. Vingt ans et vingt-et-un ans. En soi, tous les deux auront passé leur vingtième année ici, c’était presque sûr même si Laura peinait à imaginer comment elle serait dans un tel contexte. Plus grande, déjà, elle l’espérait, parce que sa petite taille n’aidait pas à convaincre son entourage qu’elle n’était plus une enfant. Elle n’aurait plus la même mentalité, aurait plus de connaissances… Et… Eh, mais, ils seraient tous les deux diplômés, techniquement. Parce que si le rythme de vie allait être changé, ils auraient des cours malgré tout, l’éducation primait pour leurs professeurs et jamais ils n’accepteraient de laisser l’école de côté. Au contraire. Et puis… Ils pourraient peut-être aider, vraiment. Elle, avec le vent, serait bien plus utile si elle voulait entrer dans la Résistance à son tour. Est-ce qu’il y aurait plus de personnes, ici ? Les adolescents côtoieraient beaucoup plus les adultes, ce qui changerait forcément leur mentalité, leurs réflexes, manières de penser… S’imaginer vivre ici, elle y arrivait, ils vivaient au Pensionnat depuis des années donc ce n’était pas différent. Mais s’imaginer vivre ici en période de guerre…

Laura – Je m’imagine plus grande, déjà, c’est le premier point, le plus important de tous, dit-elle avec un maigre sourire pour faire un effort. Il y aura peut-être plus de monde, ici, un cercle d’amis plus âgé par la force des choses. Et puis, nous serons tous les deux diplômés. A vingt ans, on aura terminé nos études, je suis sûre que les professeurs voudront maintenir un minimum de cours pour qu’on ne grandisse pas « sans connaissances ». Par contre, je me demande quels sont les nouveaux cours qu’ils nous mettront… Ils vont privilégier les cours utiles, même si on n’échappera malheureusement pas aux mathématiques. Tu nous imagines, capables de manier des armes, et tout ça ? Je pense que j’aimerais aider, faire partie de la Résistance aussi. Avec le vent, je serais vachement plus utile…

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Sam 14 Sep - 17:54
Il pensait vraiment que ça pouvait encore durer des années, même plus de cinq ans, oui, surtout quand on observait le déroulé des choses. Dans le cas d’une guerre ouverte ou une guerre mondiale, elle serait bien terminée, dans cinq ans, mais une guerre civile, c’était différent ! Certaines, dans le monde, avaient duré plus de vingt ans. Ici, elle ne durait que depuis quelques mois. Il serra un peu la main de Laura, souriant très faiblement, sans joie, lorsqu’elle dit que la guerre les avait déjà changé, qu’elle changeait tout le monde. Qu’y pouvaient-ils ? Antoine ne se voyait pas lutter contre car il savait déjà que c’était de toute manière inéluctable. Qu’ils combattent ou non sur le terrain, ils seront touchés, d’une façon ou d’une autre, même s’ils devaient se contenter de rester dans un coin à l’abri, en angoissant pour ceux et celles partis au front, au plus fort du danger. Difficile de comprendre vraiment comment pensaient et vivaient ceux qui étaient plongés dans tout ça depuis des mois ou des années. Pouvait-on oublier la « vraie vie », oublier comment se détendre, comment apprécier un moment simple ?

En ce qui touchait au développement des dons, oui, bien sûr, c’était lié. Le vent, le feu ou encore la glace… Tant de pouvoirs qui dépendaient autant de la personne les affichant que du contexte dans lequel ces personnes évoluaient. Dans l’absolu, Laura avait raison, une agression était moins « grave », si on la replaçait dans tout ce qui pouvait arriver ces derniers temps. Sur l’échelle des catastrophes, même si ça restait très traumatisant pour la personne, il y avait bien pire, des événements pouvant modifier irrémédiablement votre personnalité. Ce qui ne voulait pas dire qu’on avait plus le droit d’avoir peur, d’être malade ou traumatisé, suite à un événement grave, bien entendu. Mais bon, c’était un peu compliqué… Il fourra sa main libre dans sa poche, tout en continuant à marcher dans les couloirs de pierre, croisant parfois d’autres élèves, parfois des adultes. Ces derniers avaient souvent les bras chargés de sacs, de caisses ou de cartons, passant sans faire attention à eux, quelques uns portaient l’uniforme de la résistance, d’un noir profond, avec la colombe blanche de la liberté prenant son envol. Très chère liberté, si coûteuse en vies humaines.

– Je m’imagine plus grande, déjà, c’est le premier point, le plus important de tous, dit-elle avec un maigre sourire pour faire un effort. Il y aura peut-être plus de monde, ici, un cercle d’amis plus âgé par la force des choses. Et puis, nous serons tous les deux diplômés. A vingt ans, on aura terminé nos études, je suis sûre que les professeurs voudront maintenir un minimum de cours pour qu’on ne grandisse pas « sans connaissances ». Par contre, je me demande quels sont les nouveaux cours qu’ils nous mettront… Ils vont privilégier les cours utiles, même si on n’échappera malheureusement pas aux mathématiques. Tu nous imagines, capables de manier des armes, et tout ça ? Je pense que j’aimerais aider, faire partie de la Résistance aussi. Avec le vent, je serais vachement plus utile…

Antoine ne savait pas si les cours, utiles ou pas, pourront être maintenus très longtemps, quoi qu’il ne le dit pas à haute voix pour ne pas angoisser Laura. Tout dépendait d’un paramètre extérieur que personne ne pouvait entièrement maîtriser, ici, à savoir combien de temps cet endroit restera secret et protégé. Tous les efforts du monde ne pouvaient pas empêcher la découverte du lieu par un espion ou bien une trahison, c’était possible aussi. Il sourit doucement, à son tour, chassant cette idée de sa tête et la douloureuse possibilité qu’ils aient, un jour, à devoir fuir sous le sifflement des balles et le hurlement des obus.

– Une des Résistantes ici, à qui j’ai pu parler, a dix-huit ans, et elle m’a dit qu’elle ne s’imaginait pas non plus manier une arme. C’était venu par nécessité, pour défendre sa vie et celle de sa sœur. Elle a expliqué avoir agi par impulsion, instinct de survie, sans préparation ni rien, et que c’était comme ça pour de nombreuses personnes. Pouvoir y être formé avant que le pire n’arrive est une chance incroyable. Donc oui, il faut apprendre par nous-même, dans le calme, avant que la guerre en s’en charge elle-même.

Finalement, très peu de Résistants avaient eu la chance d’avoir eu une formation, même courte, avant de se retrouver jeté dans le bain. La majorité de ceux avec qui Antoine avait discuté s’était retrouvé prise dans le feu de la guerre civile sans même comprendre ce qui leur arrivait. Ils s’étaient retrouvé à lutter, se défendre et fuir, alors que tout leur était tombé dessus sans crier gare et dans une violence inimaginable. Aucune préparation mentale ou physique, rien…

– En quelque sorte, si on peut parler comme ça, on a eu de la chance. On sait ce qui se passe, on baigne légèrement dedans. Très peu, puisqu’on est protégés et qu’on ne voit rien du terrain, mais on sait au moins une petite partie de ce qui arrive. Alors que beaucoup ont été jeté là-dedans le jour où l’armée a explosé la porte de leur maison en pleine nuit pour les déporter dans des camps. On a jamais eu à fuir sans rien d’autre que nos chaussures aux pieds, la mort aux trousses, avec les jeunes enfants dans les bras.

En ce sens, ils étaient encore très « vierges »… Ils avaient beau vivre près de ceux qui combattaient, ça ne suffisait évidemment pas à comprendre la réalité du terrain. Ils n’avaient jamais rien vécu.

– Qu’est-ce que tu veux faire ? Au front, au plus fort de la guerre ? Le médical ? Le décryptage d’informations ? L’espionnage ? Guider les civils comme passeur, à travers toute la France ?

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Laura K. Nakajima
Laura K. Nakajima
Réseau Osmosis
Cadet

Fonction :
  • Modo
Récits : 1486

Âge RPG : 14 ans
Points d'Orm : 204 / 204

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Mar 5 Nov - 0:44
Antoine – Une des Résistantes ici, à qui j’ai pu parler, a dix-huit ans, et elle m’a dit qu’elle ne s’imaginait pas non plus manier une arme. C’était venu par nécessité, pour défendre sa vie et celle de sa sœur. Elle a expliqué avoir agi par impulsion, instinct de survie, sans préparation ni rien, et que c’était comme ça pour de nombreuses personnes. Pouvoir y être formé avant que le pire n’arrive est une chance incroyable. Donc oui, il faut apprendre par nous-même, dans le calme, avant que la guerre en s’en charge elle-même.

Laura lança un regard à Antoine, mi-pensive, mi-apeurée malgré elle. Elle savait qu’il avait raison, malheureusement, au fond… Depuis le début de ce conflit entre l’État et l’école, tant de personnes avaient été amenées à changer par instinct qu’il était impossible de nier l’évidence. C’est, sans doute, ce qui effrayait le plus la collégienne. Pourtant, eux-mêmes avaient déjà changé, ils ne pensaient plus de la même manière, n’agissaient plus comme avant, étaient tous plus nerveux… C’était comme ça et cela le serait encore de nombreux mois – ou années mais Laura espérait que non. Et ils seraient forcément amenés à utiliser une arme, un jour ou l’autre, pour se défendre ou défendre un être cher… Serait-elle capable de tirer si quelqu’un menaçait Jasper ou Antoine ? Elle l’ignorait. Probablement que oui. Resserrant un peu sa main sur celle de son petit-ami, elle lui jeta un coup d’œil, toujours silencieuse cependant. Elle le ferait… Comme il l’avait dit à l’instant, on réagissait sans réfléchir. Pour sa survie et celle des autres.

Antoine – En quelque sorte, si on peut parler comme ça, on a eu de la chance. On sait ce qui se passe, on baigne légèrement dedans. Très peu, puisqu’on est protégés et qu’on ne voit rien du terrain, mais on sait au moins une petite partie de ce qui arrive. Alors que beaucoup ont été jeté là-dedans le jour où l’armée a explosé la porte de leur maison en pleine nuit pour les déporter dans des camps. On a jamais eu à fuir sans rien d’autre que nos chaussures aux pieds, la mort aux trousses, avec les jeunes enfants dans les bras.

Vu sous cet angle… Laura n’y avait jamais réfléchi, pour être honnête. Elle était trop impliquée pour prendre du recul, n’y parvenait pas à cause de la foule de sentiments qu’elle ressentait en permanence. Fermant quelques secondes les yeux, elle ne put s’empêcher de voir la scène se dérouler devant elle. Les enfants dans les bras des plus grands en train de fuir en pleine nuit, même pas habillés, juste couverts pour ne pas attraper la mort. Certains seraient recueillis. D’autres, par contre, n’auraient pas cette chance à cause de multiples facteurs qui auraient déjoué toutes leurs chances de survie. Si cela se trouvait, le tiers, seulement, s’en sortait dans ce genre d’attaque nocturne… Et personne ne disait rien. Personne n’agissait par crainte des représailles. « Il vaut mieux eux que nous ». Effectivement… C’est plus facile à vivre, sans doute. Alors que, pour ces enfants…

Antoine – Qu’est-ce que tu veux faire ? Au front, au plus fort de la guerre ? Le médical ? Le décryptage d’informations ? L’espionnage ? Guider les civils comme passeur, à travers toute la France ?

Ce qu’elle voulait faire… Laura faillit répondre d’emblée la première réponse qui lui venait à l’esprit mais se ravisa. Elle fit une moue sans même le réaliser, occupée à réfléchir à ce que venait de dire Antoine. Aller au front, cela signifiait attaquer, se maîtriser, savoir bien tirer ou utiliser son don – encore que, pour elle, ce serait probablement le maniement d’armes comme elle était jeune. Et… elle ne le supporterait pas. Guider les civils à travers toute la France… C’était accessible mais Laura n’était qu’une adolescente. Comment pourrait-elle guider des civils à travers tout le pays et les amener, sains et saufs, à tel ou tel endroit ? A ses yeux, il s’agissait d’une bien trop grande responsabilité… Elle ne s’en sentait pas capable. Elle voulait aider, vraiment ! Mais pas en prenant une mission d’une telle importance, pas en ayant la vie de plusieurs personnes entre ses mains. N’entendant que le bruit de leurs pas sur le sol, résonnant dans tout le couloir, elle prit encore un court moment de réflexion pour bien choisir ses mots. A force, elle s’améliorait, c’était déjà cela !

Laura – Je ne pourrais pas être au front ou aider comme passeur à travers toute la France. Au front, je n’ai pas les épaules pour, je suis… beaucoup trop impulsive, je crois, et je n’ai probablement pas le mental pour supporter ne serait-ce qu’une journée sur place. Quant au passeur… Je ne suis qu’une adolescente, maladroite en plus. Tu imagines la vie de civils entre mes mains ? Je ne veux pas être responsable de… de personnes qui ont déjà tout perdu et qui recherchent un refuge pour être en sécurité. Je sais que j’aurais tendance à trop m’impliquer si les choses tournaient mal et on sait tous les deux que cela arrive plus souvent que ce que l’on pense.

Laura fit une brève pause, cherchant ses mots. Elle avait peur de mal faire mais voulait absolument rentrer dans la Résistance. Ils n’étaient pas assez nombreux, ils risquaient de se faire écraser d’un moment à l’autre sans vraiment s’y attendre. Et, tous les élèves, tous les enfants et civils présents ici… Toutes ces personnes qui avaient véritablement besoin d’une aide, d’un guide, n’allaient pas confier leurs vies à n’importe qui. D’ailleurs, même Laura ne confierait pas sa vie à elle-même, très honnêtement. Elle réfléchit aux autres possibilités, surtout le domaine médical et le décryptage d’informations. L’espionnage, sa petite taille lui serait d’une très grande aide… mais elle ne savait pas mentir. Cacher des choses. Surtout une vérité aussi importante que sa véritable identité. Relevant la tête vers Antoine, Laura reprit et reporta son regard sur le couloir qu’ils traversaient tous les deux.

Laura – Je pourrais aider dans tout ce qui est médical, peut-être. Ou dans le décryptage d’informations mais il faut des connaissances assez grandes, non ? Je ne suis que collégienne… Je sais que je serais très utile en tant qu’espionne vu ma petite taille. Mais tu sais, tout comme moi, que je n’arrive pas à mentir…

Maintenant, peut-être qu’elle parviendrait à mentir à un inconnu sans aucun problème, à entrer dans un rôle qui ôterait tout remords de son côté quand elle serait amenée à mentir ou à dévier les sujets, embellir la vérité… Le classique, en soi. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas demain la veille de son engagement. Elle tenait à ce que son tuteur accepte ce souhait, qu’il l’approuve… Laura ne voulait pas le faire dans son dos, son avis était bien trop important pour cela. Ils durent se pousser sur le côté, d’autres élèves courant d’un coup dans tout le couloir pour jouer les explorateurs. Ces heures à perdre, à travailler pour l’école sans se soucier d’aucun autre sujet… Ces moments lui semblaient tellement éloignés. Jasper lui manquait, parfois, alors qu’ils se voyaient tous les jours et vivaient dans le même logement. Secouant un peu la tête, un peu triste cependant, elle observa Antoine quelques secondes avant de lâcher un timide « Et toi ? » sans vraiment préciser sa question tout de suite, réalisant que c’était sans doute trop vague. Désolée. S’excusant assez vite, même si son petit ami avait l’habitude de ses questions sorties de nulle part parce que Laura avait tendance à oublier que ses interlocuteurs n’avaient pas accès à ses pensées, elle reprit avec un sourire gêné.

Laura – Si tu entres dans la Résistance, dans quelle partie te dirigerais-tu ? Si tu y as déjà pensé, du moins… Je sais que c’est moins évident, pour toi, qu’on a, parfois, des réactions totalement opposées ou… très différentes des tiennes. Je suis juste beaucoup plus calme avec toi…

_________________
Retrouvailles et exploration K705
Antoine Lefort
Antoine Lefort
Fonction :
  • Membre
Récits : 51

Âge RPG : 16 ans
Points d'Orm : 231/231

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

le Sam 9 Nov - 9:35
– Je ne pourrais pas être au front ou aider comme passeur à travers toute la France. Au front, je n’ai pas les épaules pour, je suis… beaucoup trop impulsive, je crois, et je n’ai probablement pas le mental pour supporter ne serait-ce qu’une journée sur place. Quant au passeur… Je ne suis qu’une adolescente, maladroite en plus. Tu imagines la vie de civils entre mes mains ? Je ne veux pas être responsable de… de personnes qui ont déjà tout perdu et qui recherchent un refuge pour être en sécurité. Je sais que j’aurais tendance à trop m’impliquer si les choses tournaient mal et on sait tous les deux que cela arrive plus souvent que ce que l’on pense.

Oui… Les passeurs, il y en avait de tous les âges, ce n’était pas tant ça qui comptait, il fallait avant tout connaître les moindres recoins de la région où on vivait, la connaître si bien qu’on pourrait sis déplacer les yeux fermés. Il fallait aussi être très discret, se déplacer comme une ombre, savoir observer finement, savoir attendre. C’était d’une importance vitale. Quant au front… Antoine ne voyait pas vraiment de profil type, pour ça, en y réfléchissant bien. Simplement des « qualités communes », si on peut dire. Parce qu’il y avait des personnes qui y étaient allées par choix personnel, par conviction, volonté ou besoin de s’engager, et d’autres parce qu’elles n’avaient pas eu le choix, tout bêtement. Parce qu’elles s’étaient retrouvées prises dans la nasse et avaient bien dû agir pour rester en vie. Une fois sur le terrain, on apprend très vite ce qu’il faut faire ou ne pas faire, pour rester en vie, et ça peu importe l’âge. C’était bien ce qui avait terrifié Antoine, il y a deux semaines, entendre le récit d’un garçon encore plus jeune qu’eux, qui en était arrivé au choix le plus terrible. Tirer, lui-même, ou être tué.

Le jeune homme ne risquait pas d’oublier, de sa vie entière, la pure horreur qui avait résonné dans la voix de ce garçon, lorsqu’il avait parlé de ça. Ton bas, presque un chuchotement, le regard encore brillant de la terreur qu’il avait éprouvé mais aussi, et c’était bien ça le plus terrible, de la résignation. Il recommencera, s’il le devait. Voilà ce qu’était leur époque ! Frapper de plein fouet toute une communauté qui vivait en paix jusque là, frapper si fort que même des enfants se retrouvaient à poser les mains sur des armes à feu et devoir s’en servir. Antoine en avait un profond sentiment d’injustice et de colère, voulant hurler, savait que ça ne servait à rien. Les choses étaient parties beaucoup trop loin pour qu’on puisse les arrêter d’une autre manière que par la force, comme si une grande guerre n’avait pas déjà suffit à ravager leur siècle. Pourquoi devaient-ils naître pour vivre ça ? Et s’ils s’en sortaient vivants, quelle sera leur vie ensuite ? La guerre, il y en avait tout le temps… Il serrait la main de sa petite amie dans la sienne, conscient que même cet instant de tranquillité pouvait être sèchement brisé dans une une minute ou deux, sans crier gare, sous l’éclat d’une bombe. Ils ne seront jamais en parfaite sécurité.

– Je pourrais aider dans tout ce qui est médical, peut-être. Ou dans le décryptage d’informations mais il faut des connaissances assez grandes, non ? Je ne suis que collégienne… Je sais que je serais très utile en tant qu’espionne vu ma petite taille. Mais tu sais, tout comme moi, que je n’arrive pas à mentir…

– Tout s’apprend.

Inutile de se fier aux anciens critères… Collège, lycée, primaire, études, apprentissages, âges, maturité… Qu’est-ce que ça valait, aujourd’hui ? Alors qu’on voyait aussi bien des enfants que des adultes devoir combattre et survivre ? L’âge n’avait jamais été un critère de sélection, pour la Mort. A moins qu’il n’ait juste perdu la plus petite once d’innocence et ne voit plus un autre chemin que le parfait bourbier où ils s’enfonçaient un peu plus chaque jour passant. Il lança un regard à Laura lorsqu’elle lui demanda « Et toi ? », répondant un et lui quoi. S’il savait mentir ou manipuler ? Pas pour le moment, en tout cas, peut-être saura-t-il le faire un jour.

– Si tu entres dans la Résistance, dans quelle partie te dirigerais-tu ? Si tu y as déjà pensé, du moins… Je sais que c’est moins évident, pour toi, qu’on a, parfois, des réactions totalement opposées ou… très différentes des tiennes. Je suis juste beaucoup plus calme avec toi…

– Pourquoi ce serait moins évident pour moi ?

Laura avait des questions ou des remarques très bizarres, parfois, et il ne comprenait d’où ça pouvait bien sortir. D’autant plus que ça devenait rare, de trouver une personne ici, adulte ou enfant d’ailleurs, qui ait vraiment l’esprit épargné par tout ce bordel. Il alla d’abord s’asseoir avec elle dans une des alcôves du patio, où ils étaient revenus à force de marcher au hasard dans les couloirs, pour découvrir l’endroit. Le soleil avait pointé le bout de son nez, après un long moment passé dans le brouillard. Alors qu’il s’asseyait, il vit plus loin la directrice, enfin l’ancienne directrice, emmener sa sœur à l’intérieur, un bras autour de ses épaules. Elle pleurait ? De loin, il en avait le sentiment. Ramenant ses jambes contre lui, il resserra un peu son écharpe, pour échapper au froid.

– Je veux suivre l’exemple de monsieur Bouchard. C’est avec lui que j’ai le plus parlé de tout ça. C’est avec de bonnes stratégies que nous pourrons tous sortir de la nasse. Réfléchir au long terme… Et surtout, comprendre exactement qui est et ce que veut l’ennemi, pour le cerner et définir par conséquent la meilleure façon de le combattre. Trouver en plus d’autres moyens, sur le plan politique. Je n’ai pas la même force physique que certains, encore moins un pouvoir extraordinaire qui sera utile lors des combats. Mais le cerveau, tout le monde peut le renforcer.

Autre avantage, ni lui ni sa famille n’étaient déjà fichés, ce qu’il ajouta avec un faible sourire. Un anonymat parfait, qui lui ouvrait d’autres portes que celles du combat/fuite/vie clandestine. Il pouvait très bien vivre au grand jour tout en travaillant dans l’ombre.

– Pour une fois, l’âge peut être utile. Les grands de ce monde ne se méfient pas des femmes ni des jeunes.

_________________
Retrouvailles et exploration 377744Signature1Antoine
Contenu sponsorisé

Retrouvailles et exploration Empty Re: Retrouvailles et exploration

Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum