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le Ven 13 Sep - 13:31
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Quatre heures du matin viennent de sonner. Voitures, camions et car emmènent les civils loin du QG de la Résistance…

Un des lieux sécurisés choisi, dans la commune de l’Houmeau, se trouve au bord de l’océan Atlantique, proche de la ville de la Rochelle. Près de la mer, une très grande bâtisse sans charme, entourée de hauts murs avec une haute et large grille de fer renforcée, se tient face à une longue rue et un passage vers la mer. Il s’agit de l’orphelinat St Christophe, un lieu vieillissant, situé dans un des quartiers excentrés de la ville, à quinze minutes à pied du centre.

Chaque personne ne peut prendre avec elle qu’un sac à dos et un autre sac à la main. Pas de valises, pas d’encombrants, il faut être rapide, discret et voyager léger. Chaque groupe est encadré par des membres de la Résistance, armés, arrivés depuis peu pour participer à l’évacuation.

L’orphelinat, tenu par des religieuses, est prêt à accueillir les fuyards le plus tôt possible… Il faut dès à présent embarquer pour le voyage et espérer que tout se déroule bien…

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Jasper Nakajima
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le Lun 16 Sep - 8:13
L’ambiance de cette nuit était très… particulière… Beaucoup de personnes n’avaient pas dormi du tout et celles qui avaient ou fermer l’œil ne s’étaient pas réellement reposées. Il y avait de l’agitation, oui, mais une agitation silencieuse, très lourde, très compliquée à analyser. Comme si… le temps était suspendu, aux décisions d’autres personnes, Jasper avait l’impression d’être au bord du gouffre, alors qu’on lui demandait de sauter droit dans l’inconnu sans parachute. Il pourrait faire la bravade, dire qu’il n’avait pas peur, mais ce n’était pas vrai, il était terrorisé et était sûr que tout le monde l’était aussi. Pour cette dernière nuit, ils avaient dormi dans l’appartement de leur père d’adoption, dans une petite chambre partagée avec sa sœur et Genji. Rester blotti contre eux durant ces maigres quelques heures de repos avait été… réconfortant. Plus que jamais, avoir sa famille près de si l’avait réchauffé comme jamais. Surtout depuis hier soir… Solène était partie dès le midi, la veille, avec les blessés… Et ils avaient su hier soir que son frère, Paul, n’avait pas survécu au voyage.

Si Jasper ne connaissait pas beaucoup ce nouvel oncle, il avait quand même été bouleversé par la nouvelle. D’abord en imaginant la peine qu’avait dû ressentir Solène, ensuite en imaginant la douleur provoquée par la perte si brutale d’un frère ou d’une sœur. Il serait malade de perdre la sienne… Il avait pas presque une heure à serrer Laura dans ses bras, après avoir su pour ce nouveau décès, ayant aussi hâte de revoir Solène, pour lui tenir la main, la réconforter un peu… Lui dire que tout ira bien malgré tout. Pour le moment, accroupi par terre, il mit dans un sac à dos le peu d’affaires qu’ils pouvaient emporter. Une trousse, des affaires personnelles, quelques vêtements, sa montre, son livre préféré et rien de plus. Ils ne pouvaient pas emmener avec eux trop d’affaires, ils devaient être rapides. Dans un autre petit sac, qu’il prendra à la main avec lui, il mit d’autres vêtements, une paire de chaussures, une gourde d’eau pour le voyage et un bout de pain. Ne restait plus qu’à enfiler son manteau et c’était parti. La nuit noire et le froid terrible les attendaient, mais il ne neigeait pas encore.

Par la fenêtre, il vit des camions et des voitures se garer, aller et venir. Certains groupes partaient déjà. Tous étaient encadrés par au moins une personne, ou deux, armés, l’air fermé. En voyant ça, Jasper ne put que se demander si l’évacuation « d’un mois ou deux sans doute » dont on leur avait parlée, n’allait pas en réalité être permanente… Beaucoup de personnes étaient arrivées, depuis hier après-midi… Des soldats, des Résistants, tous armés, tous le visage à la fois inquiet et résolu. Ils avaient vu des élémentaires s’entraîner et se mettre en place, des hommes entourer l’école, parler des points à défendre. Il allait y avoir une guerre, ici, ça devenait de plus en plus évident pour tout le monde. De plus en plus stressé, il s’arrêta dans le couloir, posant son sac par terre, puis alla d’abord se fourrer dans les bras de Kimmitsu pour lui faire un câlin. Tant pis pour les regards et ceux qui passaient aussi dans le coin ! Il avait peur et l’assumait… A seize ans, quoi de plus logique ? La peur partait peut-être en partie une fois « plongé » dans tout ce merdier, mais pour l’instant, ils n’avaient rien vécu d’assez grave pour avoir changé à ce point.

– Au revoir, papa, murmura-t-il, avant de se détacher de lui.

Reprendre son sac sur le dos, ensuite, et aussi important, s’occuper des jumeaux. Les petits Julien et Aurore étaient encore dans une vieille poussette, déjà emmitouflés pour affronter l’hiver. Jasper murmura un bref mot de condoléances pour leur mère, quoi qu’il n’était pas sûr que ça lui fasse vraiment du bien, puis promis qu’ils allaient emmener les jumeaux en parfaite sécurité, eux aussi. Bizarrement, les petits étaient très calmes… Aurore dormait, même, et son frère somnolait à moitié. Pas de cris ou de larmes lorsqu’ils les prirent dans leur bras… Julien fut confié à Antoine et lui-même prit délicatement la petite Aurore dans ses bras. Il la tenait comme un trésor précieux, toujours apeuré de faire du mal aux bébés, en ne les tenant pas comme il fallait. Un manque d’expérience qui ne semblait pourtant pas gêner l’enfant, car elle ne se réveilla pas. Un des résistants porta lui-même les petits sacs contenant quelques affaires pour les jumeaux, avant de les escorter jusqu’au bus. Un véhicules qui devait habituellement servir pour les touristes et qui passera inaperçu, en cette saison.

Ils étaient plusieurs élèves, quelques professeurs, et deux gardes armés, en plus du chauffeur, à prendre place dans le bus. Lorsque les portes se refermèrent dans un petit claquement, Jasper se retourna et fit un signe de main, au loin, à son père et aussi à leur tante, d’au revoir. Assis sur la banquette du fond, avec sa sœur, Antoine, les enfants, quelques amis, il eut un frisson quand le bus démarra doucement. D’abord en se faufilant doucement jusqu’aux portes du refuge, puis partant sur les routes. Derrière eux, un spectacle incroyable, même dans cette nuit noire, avec les élémentaires terre et eau faisant repousser la forêt sur la route empruntée par le bus une minute plus tôt à peine. Et très vite, ils ne virent plus rien. C’était parti. C’est le moment que choisit Aurore pour se réveiller un peu et lâcher un bref gémissement. Jasper la berça aussitôt et l’embrassa sur le front, serrant contre lui ce bébé de bientôt un an. Elle finit par se rendormir, tout en tétant le bout du doigt que Jasper avait glissé dans sa bouche dans l’espoir de l’apaiser un peu. Les jumeaux n’étaient pas les seuls tous-petits. Madame Martin avait aussi ses fils avec elle, et il y avait le neveu, ou le frère, de la prof de foudre. Et enfin, Maxime, le fils lui aussi tout petit de monsieur de Sora, dans les bras de monsieur Redfire.

– Essaye de dormir aussi, Laura, chuchota-t-il. Le voyage va être long.

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Estelle Martin
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le Sam 21 Sep - 10:50
Un sac derrière, en guise d’oreiller, une petite couverture sur le siège, et une par-dessus pour tenir chaud. Voilà au moins un lit improvisé pour son fils aîné, dans le bus. Wyatt ne comprenait pas très bien ce qui se passait, pourquoi sa mère avait dû le tirer de son lit au milieu de la nuit pour le faire monter dans ce car, mais ce n’était pas plus mal. Il se mit de lui-même en position fœtale, sur le siège, avant que sa mère ne le recouvre de la couverture et l’embrasse sur le front, en lui souhaitant bonne nuit. Assise sur le siège d’à côté, côté allée, elle tenait Chris dans le creux de ses bras, en le berçant doucement. Le car se remplissait peu à peu, des élèves, quelques professeurs, et des hommes qui devaient faire office de gardes du corps. Par les fenêtres du bus, la jeune mère voyait d’autres véhicules partir avec des civils à leur mère. D’autres bus, mais aussi des voitures, des camions… Ils ne prenaient pas les mêmes sorties ou directions, le chauffeur leur avait aussi dit que des cachettes avaient été prévues dans toute la France, certains en auront pour un jour entier de voyage.

L’évacuation se faisait dans le calme, mais était rapide. Tandis qu’eux partaient, ils voyaient arriver d’autres personnes, cette fois, tous des adultes, plus ou moins âgés, la majorité en uniforme, avec des fusils, des armes de poings, des couteaux très longs, des fusils de snipers dans le dos, certains avaient aussi des grenades à la ceinture. Ils dépassaient sans paraître les voir les jeunes grimant dans les véhicules d’évacuation et avançaient plus loin. A une dizaine de mètres de là, hommes et femmes se rassemblaient, s’armaient, se divisaient en plusieurs groupes. De leur point de vue, difficile de comprendre quel groupe allait faire quoi… Estelle avait vu Gabriella, toute à l’heure, confier ses deux enfants à sa famille, et maintenant, elle était près de Kimmitsu et d’autres soldats. Les derniers grimpèrent finalement dans leur bus et le chauffeur claqua les portes. A leur tour de partir. Dès leur sortie du domaine, à mesure de leur progression, des élémentaires qu’ils ne pouvaient pas apercevoir recouvraient la route d’arbres, derrière eux, d’autres encore recouvraient le tout de neige. Une démonstration de pouvoirs qui aurait été très impressionnante, dans d’autres circonstances.

Estelle n’avait pas vraiment peur, sans doute parce qu’elle ne réalisait pas encore ce qui arrivait. Chris s’était rendormi dans ses bras, Wyatt aussi, blotti sous sa couverture. Tournant la tête, elle se força à sourire à deux petits élèves qui affichaient un air très effrayés. Tout ira bien… Le bus quitta les routes escarpées, pour arriver dans la vallée, traverser la ville plus éclairée et endormie. Rien ne bougeait, tout était si calme… En observant les panneaux comme elle pouvait, au passage, la jeune mère vit qu’ils partaient vers l’Ouest, en direction de Bordeaux. Ce qui voulaient dire qu’ils en avaient au moins pour plusieurs heures de voyage. N’y tenant plus, elle finit par demander à haute voix où est-ce qu’ils allaient. Désolée pour les petits qui dormaient ou essayaient de se reposer, mais c’était important, pour tous, de le savoir. Le chauffeur lui lança un bref coup d’œil puis reporta le regard sur la route, visiblement nerveux. Il était surtout très attentif au moindre mouvement suspect, même eux pouvaient le deviner.

Chauffeur – On part pour une petite commune proche de la Rochelle, sur la côte Atlantique. A deux pas de l’océan.

Il redevint silencieux ensuite. La jeune femme ne pouvait pas s’empêcher de se demander si cette proximité avec l’océan était faite pour qu’ils puissent être évacués encore plus loin, cette fois par bateau, au cas où la guerre venait même les toucher là-bas. La question mériterait d’être posée. Posant la tête contre le siège, elle ne dit plus grand-chose, échangeant parfois de brefs murmures avec ses quelques collègues présents, ou avec les enfants, pour les rassurer. Et s’inquiétant pour eux restés sur place… Beaucoup de leurs collègues n’étaient pas partis. En adultes « professeurs », seuls Céleste et Cyprien étaient dans ce bus avec elle. Valentin était parti avec un autre groupe, il ne pouvait combattre à cause de sa jambe. Elle avait aussi vu Marie et Eugène, venus déjeuner chez elle eux aussi en novembre, partir dans des camions avec quelques élèves et des familles de soldats. Daniel aussi était parti avec des enfants en voiture, et sa propre fille, mais Alice, elle, était restée sur place. Edelmira était montée dans un des bus alors qu’eux-mêmes partaient, toute à l’heure. Et sinon…

Kimmitsu et Auguste étaient restés, bien entendu. Tout comme Christophe, si gentil et si calme, qui leur avait dit au revoir avant qu’ils ne partent. Le flegmatique et agaçant David s’était contenté d’un bref signe de tête d’adieu, tout en enfilant son uniforme, cette nuit dans les couloirs, armes en mains. De même que la si jeune Emma, qui n’avait pas dit un seul mot. Elle était passée au milieu d’eux juste comme ça, pour rejoindre un groupe de soldats, le visage fermé et un peu pâle, mais le regard résolu. Leur ancien directeur, monsieur Francfort, avait lui pris le temps de tous leur serrer la main avec un sourire, en leur disant de faire attention à eux, pour le voyage et pour la suite. Frédéric aussi leur avait dit à chacun un mot, mais sans plus, il était reparti très vite et Estelle l’avait entendu demander à des élémentaires de se positionner selon une formation dont elle n’avait pas compris le nom. Enfin, et bien évidemment, les soldats comme Bradley, Maltais, Gabriella et d’autres étaient prêts… Estelle ne croyait plus à leur retour dans cette nouvelle école un jour. Elle ne croyait pas non plus à une fin rapide de cette guerre.

Ce qui l’angoissait surtout, depuis des jours, c’était de savoir ce qu’était devenu Nicolas. Plus de nouvelles, depuis cette photo horrible parue dans le journal hier… Plus de signe de vie, aucune possibilité de savoir où il se trouvait. S’il était toujours en vie, seulement. Inspirant un grand coup, elle ferma les yeux, écartant avec force de son esprit l’idée qu’il soit mort. Il ne pouvait pas ! Il devait être… quelque part… Il allait réussir à s’échapper, elle devait avoir confiance…

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Antoine Lefort
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le Ven 11 Oct - 12:57
Antoine se faufila entre les adultes et élèves pour aller rejoindre ses amis, le couloir encore bondé de personnes prêtes à partir ou, au contraire, s’équipant pour ce qui allait suivre. Les conversations allaient du chuchotement d’au revoir aux « As-tu fait sécuriser l’arrière du bâtiment ?! » lancé d’une voix plus forte et ferme. C’était presque irréel… Il faisait nuit noire, un froid affreux, certains courraient, d’autres pleuraient, quelques-uns, comme lui, n’avaient pas l’air de très bien réaliser ce qui arrivait. En arrivant, il serra l’épaule de Laura avec un petit sourire, pour la réconforter, puis lui murmura que tout ira bien. Jasper, de son côté, était dans les bras de son père adoptif, à lui dire au revoir. Antoine se tourna vers l’ancienne directrice, hésitant à dire quelque chose… Jasper lui avait dit hier soir que leur plus jeune oncle était décédé durant le voyage vers un lieu plus sécurisé, à cause de ses blessures… C’était horrible, mais sur le moment, il ne trouva rien, pas un seul mot correct. Juste un regard. Ce n’était peut-être pas non plus le moment… L’ancienne directrice ne pleurait même pas, elle avait l’air plus… Il ne savait pas comment qualifier ça.

Il put enfin murmurer « mes condoléances », en un souffle, puis se pencha pour prendre Julien dans ses bras. Le bébé dormait à moitié, sans chouiner ou se réveiller quand le jeune homme le serra contre lui. Ils prendront soin des jumeaux, oui, c’était promis. En sortant, il se dépêcha d’aller vers le bus pour que les bébés ne restent pas trop longtemps dans le froid, dehors, grimpant avec une légère difficulté, par manque d’habitude, en tenant bien le bébé. Une fois assis au fond, il se détendit un chouïa, s’asseyant bien au fond du siège, près de ses amis. Ce fut en silence qu’ils se mirent en route, on entendait juste les vagues gémissements des bébés. Les fils de madame Martin, celui de leur infirmier… S’il n’y avait pas eu une telle tension dans l’air, on aurait presque pu croire au début d’un voyage scolaire. Antoine baissa les yeux sur Julien, attendri en le regardant s’endormir pour de bon, suçant son pouce, son autre petite main serrée sur une peluche, bien emmitouflé pour ne pas avoir froid. Il était tellement mignon. De petits cheveux blonds éparses, dépassant de son bonnet, la respiration douce.

A côté, Jasper murmura à sa petite sœur d’essayer de dormir, puis redevint silencieux. Leur bus avait quitté la forêt pour s’engager sur une route sinueuse descendant vers la vallée, puis la ville. Il s’était déjà écoulé un moment quand madame Martin demanda au chauffeur où ils se rendaient, au juste. La réponse eut au moins le mérite d’arracher un sourire à Antoine. Un endroit à deux pas de la plage et de l’océan, ça au moins, c’était une très bonne nouvelle ! Un paysage familier, pouvoir se baigner aux jours chauds, le vent salé, fort et vivifiant. Il était plutôt soulagé. Il passa encore un moment à observer Julien dormir, dans le creux de ses bras, puis regarda au-dehors, le peu qu’on voyait avec la nuit noire. Vers six heures du matin, la neige retomba à nouveau. Ils étaient partis à quatre heures du matin et devaient en avoir pour un peu plus de cinq heures de route. Ils devaient arriver vers neuf heures du matin, environ, neuf ou dix heures, selon l’état de la route. Vers un orphelinat, ironie de la chose. Antoine somnola par à-coups, mais sans jamais s’endormir. Le jour se levait sur de nouveaux paysages, de nouvelles routes. Les deux gardes armés, avec eux, se levaient parfois, fixaient par les fenêtres au loin, puis se rasseyaient.

– Tu peux faire chauffer les biberons avec ton don, Jaz ?

Il pouvait se débrouiller à le préparer avec une main, en coinçant la bouteille entre ses genoux le temps de verser le lait en poudre. Mais pour le faire chauffer doucement… Il lança un coup d’œil à son meilleur ami, pour avoir confirmation, puis prépara ça avant que les jumeaux ne se réveillent. Une opération dans laquelle étaient aussi lancés madame Martin et monsieur Redfire. Les autres commençaient aussi à grignoter du pain ou des biscuits, en guise de petit-déjeuner, boire un peu d’eau. Quelques-uns, encore plongés dans le sommeil, n’avaient pas remué d’un pouce. La neige s’était estompée, peu à peu, laissant place à un soleil assez faible, de larges nuages gris et blancs. Antoine était lancé à nourrir Julien, encore plus attendri, lorsque du mouvement attira son attention. Dehors, dans le sens inverse à eux, tout un convoi militaire se pointa tout à coup et les croisa. Des voitures blindées, avec ou sans mitraillettes montées, des chars, carrément, des camions… Un convoi si long que le jeune homme en resta bouche bée. Une volée de murmures était montée et leurs deux gardes étaient sur le qui-vive.

– Ils vont vers l’école cachée ! lança un des petits de onze ans.

– Rien ne le prouve, dit aussitôt Antoine, d’un ton rassurant. C’est normal de voir passer ces convois par les temps qui courent.

Convoi qui finit par disparaître au loin, il avait été si long que le bus avait mis plusieurs minutes avant de finir de le croiser. Une force de frappe particulièrement impressionnante, et dont le seul équivalent avait été vu sur des photos de la Grande Guerre, ce type de convoi partant alors pour le front. La seule bataille de cette ampleur qui mériterait de déployer une force si grande serait… C’était le petit élève qui devait avoir raison, dans le fond. Étaient-ils partis vraiment juste à temps… ? Et ceux restés derrière ? allaient-ils avoir le temps de monter leurs défenses ? Être assez nombreux pour riposter ? Ce passage avait jeté un très grand froid, dans le bus, plus personne ne parlait beaucoup. Les deux gardes chuchotaient avec rapidité, entre eux, puis se redressèrent lorsque le même petit élève lâcha un sanglot étouffé et terrifié. Le plus grand des deux lui adressa un sourire tranquille, debout et appuyé contre le dossier d’un siège.

– Il ne faut pas avoir peur, petit. Tous ceux restés au QG sont entraînés justement pour faire face à ça. Ils ont tous déjà vécu au moins une fois ce type de situation. Bradley a dirigé des troupes bien plus importantes, sous le feu des obus, durant la Grande Guerre, ce ne sera pas pire.

Antoine se demandait si l’ex-maréchal n’avait pas peur, lui aussi, justement… Ce qu’il ressentait, face à ça… Blotti dans le fauteuil, il se concentra sur sa tâche, donner son biberon à Julien, en essayant de ne pas penser au reste. Ce ne sera peut-être pas pire que la Grande Guerre, mais en terme de feu, le niveau sera égalé sans aucun problème.

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[Event] Fuite des civils... 377744Signature1Antoine
Genji Nakajima
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le Lun 14 Oct - 8:35
Un peu plus de quinze jours et voilà, s’en était déjà terminé de la nouvelle école. Pas vraiment une surprise… La vraie surprise, c’était lorsqu’ils avaient vu, en rentrant en France, que les adultes avaient quand même voulu recréer un semblant de vie normale, des cours et tout le reste malgré la situation. Genji posa la tête contre le rebord du siège, vers la fenêtre, même s’il ne pouvait pas voir grand-chose, jambes repliées sous lui et manteau le couvrant, en veillant à ne pas appuyer sur son bras blessé. En partance vers une ville de bord de mer, donc… Il n’avait pas l’habitude de ce genre d’endroits, ça changeait beaucoup, si l’océan était si proche ? Et pourquoi là-bas ? Si la guerre y arrivait aussi, ils fuirent par bateau ? Pour aller où ? Changer de continent ? Le monde était vaste et l’Europe toute entière s’embrasait… S’ils voulaient apprendre maîtriser leurs pouvoirs en paix, ils devront s’arrêter dans des pays et continents où ça ne choquait personne. Ni l’Asie, ni l’Europe, ni l’Afrique. Peut-être les deux Amériques ou le Canada ? Où l’Australie, mais elle était si loin…

Le jeune homme ne pouvait pas fermer l’œil, dès qu’il tentait, il imaginait ce qui attendait tous ceux restés au QG, là-bas, ce qu’ils allaient devoir affronter, l’horreur qui allait suivre. Il pensait à son oncle et sa tante, combattant avec leurs éléments respectifs, il pensait à Océane, qui avait beau avoir été entraînée toute sa vie pour ça, restait malgré tout une jeune fille de leur âge. Il pensait à la prof de vent, à peine plus âgée qu’eux, sous la pluie de balles, et à tous ces hommes et ces femmes, qui risquaient de perdre violemment la vie. Ils ne reviendront jamais là-bas, ce n’était pas possible ! Comment, alors qu’ils étaient ainsi tous évacués en vitesse ? Les chefs de la rébellion devaient se préparer à recevoir une attaque de masse, le QG allait peut-être réduit en poussière. Ne serait-ce qu’hier soir, leur oncle, d’habitude un peu maniaque, ne s’était même pas soucié de ranger correctement avant qu’ils ‘essayent tous de prendre quelques heures de sommeil ! Parce que ça n’avait aucune importance, de ranger ou non, si tout allait détruit le lendemain ou dans les jours suivants, c’était la seule raison.

Ils ignoraient aussi ce qu’il était advenu précisément de monsieur Marcoh. Plus rien, plus de nouvelles, depuis cette photo affreuse dans le journal. Avait-il dû parler ? Avait-il seulement survécu ? Même si Genji ne l’avait qu’à peine connu, il restait un de leurs professeurs. Et puis, ce prof-là avait eu le temps de le marquer grâce à son sourire et son énergie, au milieu de tant d’adultes très moroses et sérieux. Parce qu’il encourageait avec un grand sourire tous ceux qu’ils croisaient avec un regard triste dans le couloir. Impossible de ne pas se faire des films sur ce qu’il avait bien pu subir entre les mains de l’ennemi. Le lycéen eut un long frisson, s’efforçant de chasser de son esprit toutes les horreurs qui pouvaient lui venir en tête. Il était peut-être encore en vie… Ils devaient penser ça, que leur prof, ancien prof, était bien vivant, s’ils commençaient à perdre espoir maintenant, impossible de tenir jusqu’à la fin de la guerre. Genji tenta à nouveau de dormir, même un peu, mis aussi en confiance par la présence des deux gardes armés avec eux. Ils sauront quoi faire en cas d’attaque. Pas qu’il n’avait pas confiance en les quelques profs présents, mais… Des personnes armées et entraînées, c’était tout de même mieux.

Lorsque le matin, et un peu de neige, pointèrent le bout de leur nez, un peu plus d’agitation réveilla le car. Certains arrivaient à manger un peu et boire, lui-même avait l’appétit complètement coupé. Même s’il se força à manger quand même, car il savait très bien que moins manger ne faisait que vous affaiblir et c’était tout sauf le bon moment. Se fatiguer soi-même exprès, en plus dans une période pareille, ce serait vraiment le comble de la connerie. A côté de lui, blotti dans le siège côté couloir, une petite collégienne n’avait pas remué, profondément endormie, en position fœtale dans le siège. Il ramena son manteau sur elle, qui commençait à glisser, pour qu’elle ait assez chaud, puis reprit son observation de l’extérieur. Ils filaient sur une route rectiligne, bordée par quelques arbres éparses, avec des champs tout alentour, balayés par la neige et un peu de vent. Un moment plus tard, un convoi militaire se pointa tout à coup, en sens inverse. Si long que Genji n’en vit pas tout de suite le bout, tandis qu’ils commençaient à le croiser. Un des deux gardes, assis, avait posé la main sur son arme, son autre main se mettait à crépiter d’étincelles, le dos tendu.

– Ils vont vers l’école cachée !

– Rien ne le prouve. C’est normal de voir passer ces convois par les temps qui courent.

Antoine… C’était bien de vouloir rassurer les petits, mais ils n’étaient pas idiots non plus… Ce n’était même pas tant la direction prise qui comptait, ici, mais plutôt les forces déployées. Il n’y avait jamais de convois militaires d’une taille aussi importante sur les routes, à moins d’être en partance pour une zone de combat ! Or, le seul combat en dur qui s’annonçait pour le moment, c’était bel et bien celui contre la Résistance, au quartier général, à l’ancienne école. Une fois le convoi dépassé et disparaissant au loin, le chauffeur avait un peu accéléré, les deux gardes se levèrent, discutant entre eux à voix basse. Celui qui avait eut la main à crépiter d’étincelles la secoua légèrement et la foudre s’évapora. Genji voyait mal ce qu’un élémentaire, même de la foudre, pouvait faire de toute façon contre un convoi pareil… Jusqu’à ce qu’il réalise qu’il serait simplement resté en arrière pour leur faire gagner du temps, pendant qu’ils fuyaient. Et qu’il y aurait probablement laissé sa vie. L’autre garde était aussi un élémentaire ? Impossible de le dire juste en le regardant et le jeune homme n’osa pas poser la question. Le passage du convoi avait secoué tout le monde et certains avaient même fondu en larmes.

– Il ne faut pas avoir peur, petit. Tous ceux restés au QG sont entraînés justement pour faire face à ça. Ils ont tous déjà vécu au moins une fois ce type de situation. Bradley a dirigé des troupes bien plus importantes, sous le feu des obus, durant la Grande Guerre, ce ne sera pas pire.

C’était censé être rassurant ? Ouais, ils étaient tous entraînés, mais quand même ! Des chars, des mitraillettes, des bataillons… Comment allaient-ils faire face, tous, avec une telle débauche de moyens si lourds ? Genji finit par marmonner, à voix haute, que c’était quand même lourd, cette fois… Le garde de la foudre sourit à nouveau, toujours paisiblement.

– Il y a des techniques qu’on ne peut pas apprendre sur les bancs d’une école, pas mal d’adultes ne les apprennent pas non plus ensuite, vos profs n’ont pas pu vous en parler et c’est normal. Tous les éléments, une fois portés à un niveau supérieur, sont aussi efficaces que la plus lourde des armes à feu. Même les éléments comme la terre ou l’eau. On peut provoquer un raz de marée à partir de rien, fendre en deux des collines avec l’élément terre ou transpercer le blindage des chars avec la foudre. Il est même possible, à un bon niveau, de combiner des éléments antagonistes, comme l’eau et le feu.

Fendre des collines… ? Si Genji n’était pas trop surpris, pour la foudre, il avait en revanche toujours vu l’élément terre comme un truc plutôt « gentil », voire faible, l’élément trop doux pour être utilisé pendant une guerre et qui ne pouvait pas faire peur. Un peu pareil pour l’eau, dont il n’avait vu que des démonstrations assez faibles, qui selon lui, ne pouvaient pas non plus être utile en guerre. Il se tut, donc, mais se promit intérieurement de plus se renseigner sur les pouvoirs de chacun des éléments, à compter du moment où ils étaient maniées par des personnes puissantes. Enfin, par des personnes plus exercées que leurs profs, des personnes qui en avaient des besoins plus vifs que les techniques gentilles qu’on apprenait à l’école.

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le Jeu 24 Oct - 9:14
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PNJ James Callaway, élémentaire foudre, membre de la résistance

Thomas avait une bien meilleure vue que lui, on dirait. James se pencha à son tour, les yeux plissés, observant au loin le convoi se rapprocher peu à peu, jusqu’à ce que leur bus arrive à la même hauteur. Impressionnant… Sa main se mit à lui et crépiter d’une volée d’étincelles et de petits éclairs, alors qu’il se tenait sur le qui-vive, l’autre main serrée sur un revolver de petit calibre, une arme secondaire à ses yeux. Thomas, de son côté, serrait ses propres armes dans ses mains, quant à leur chauffeur, il se tenait autant prêt à leur ouvrir la voie – une trappe dans le toit dans du bus par où ils sortiront – qu’à accélérer aussi fort que possible juste après pour emmener les civils le plus loin possible. Évidemment, face à une telle débauche de moyens, ce serait la mort assurée, mais James était confiant. A eux deux, ils pouvaient au moins ralentir ces soldats, le temps que les autres fuient. Les prendre dans un véritable maelström de foudre, où lui-même périront sans doute avec, mais pas sans avoir emmené quelques hommes et leurs armes avec lui dans la tombe.

Cependant, le convoi les croisa sans faire mine de s’intéresser une seule seconde à eux. Un des gamins s’écria qu’ils allaient vers l’école cachée, aussitôt contredit sur un ton rassurant par un des autres gamins. James échangea un bref regard avec son confrère, puis haussa les épaules. Ils pouvaient se rassurer comme ça s’ils le voulaient. Il se concentra plutôt sur ce qu’il voyait, comptant les camions et les chars, les voitures blindées et les armes lourdes visibles, estimant avec Thomas et le chauffeur le nombre d’hommes en conséquence, dans cette affaire. Une force de frappe pareille ne se déplaçait d’un seul bloc que pour se rendre sur des batailles d’envergure et urgentes, lorsque le but était de frapper une fois, une seule, mais assez fort pour en finir une bonne fois pour toutes. Thomas était de son avis, murmurant à voix très basse, pour que les gamins ne l’entendent pas, qu’il avait pensé voir, dans une des voitures au passage, le colonel Duhamau, le même qui avait signalé comme supervisant deux des camps de « rééducation politique » les plus anciens. C’était une mauvaise nouvelle…

Les armes lourdes, les chars de combat, les soldats, tout ça était une chose, mais il y avait-il déjà des élémentaires endoctrinés ou contraints d’agir, pour le compte du gouvernement ? Si c’était ça, la bataille s’annonçait très violente. Ils n’auront pas le temps de déplacer ou détruire toutes les preuves et documents compromettants avant que le convoi ne leur arrive dessus, c’était certain. Mmh… Ils en discutaient avec rapidité quand ils entendirent un autre gamin se mettre à pleurer. Oh, allons. James n’était pas très doué pour réconforter des mômes, mais fit au moins un effort, affichant un sourire rassurant, en se levant, pour s’appuyer contre le bord du siège. Hum, que pouvait-on dire à un gamin de onze ans à peine après ça ? Il avait fait disparaître son don, maintenant que le convoi avait disparu au loin, restant quand même tout prêt à s’en servir. Qu’est-ce qu’on disait à des enfants ? Certains ici étaient trop jeunes pour entendre platement que ce qui s’annonçait était une bataille féroce et sanglante, qu’il y allait avoir des morts, qu’ils ne reverront jamais certains de leurs profs.

– Il ne faut pas avoir peur, petit. Tous ceux restés au QG sont entraînés justement pour faire face à ça. Ils ont tous déjà vécu au moins une fois ce type de situation. Bradley a dirigé des troupes bien plus importantes, sous le feu des obus, durant la Grande Guerre, ce ne sera pas pire.

Ça allait, ça ? Il lança un regard rapide à Thomas, resté assis, qui avait fait un drôle d’air puis haussé les épaules, comme pour dire « Bon, on fera avec, laisse donc tomber ». Eh, il faisait de son mieux ! Il y avait des mômes ici qui n’avaient même pas dix ans, comme celui qu’une des adultes tenait dans ses bras, deux rangées plus loin, il n’avait pas besoin d’entendre la vérité crue. Un autre enfant, un lycéen sans doute, rétorqua dans un marmonnement que cette fois-ci, c’était tout de même très lourds, comme moyens déployés. Ouais, c’est vrai, mais leur camp aussi avait des moyens lourds.

– Il y a des techniques qu’on ne peut pas apprendre sur les bancs d’une école, pas mal d’adultes ne les apprennent pas non plus ensuite, vos profs n’ont pas pu vous en parler et c’est normal. Tous les éléments, une fois portés à un niveau supérieur, sont aussi efficaces que la plus lourde des armes à feu. Même les éléments comme la terre ou l’eau. On peut provoquer un raz de marée à partir de rien, fendre en deux des collines avec l’élément terre ou transpercer le blindage des chars avec la foudre. Il est même possible, à un bon niveau, de combiner des éléments antagonistes, comme l’eau et le feu.

Bon, évidemment, pour faire tout ça, il fallait des personnes très entraînées, habitées à combattre, et qui possédaient aussi une énergie assez élevée pour se le permettre. C’est sûr qu’ils ne verront jamais ça à l’école. Bref, trêve de bavardages. Il alla plutôt à côté du chauffeur, prêt de la porte de bus, et prépara un contact radio. Il fallut du temps pour établir une connexion, et cette fois, tant pis pour ceux qui écoutaient, jeunes ou pas jeunes, il ne pouvait pas aller dehors ou faire s’arrêter le bus. Il détailla plutôt au QG ce qu’ils avaient vu passer, le nombre de camions, de voitures, de chars exacts, le nombre d’hommes estimés, comme celui des élémentaires, le nom du colonel dirigeant tout ça, les forces estimées, au total, et selon leur vitesse, le temps estimé qu’ils mettront avant d’arriver au QG. Le petit de toute à l’heure grimaça juste après qu’ils allaient bel et bien au QG, alors, ces types. James soupira, après avoir coupé la communication.

– Il vaut bien mieux que ça se passe comme ça que d’avoir à vous demander d’aller courir en pyjama, au milieu des bois, en pleine nuit. C’est triste à dire, mais les civils n’auraient fait que les gêner. Ou pire, servir d’otages.

– Ceux qui sont restés, ajouta Thomas d’un ton plus doux, sont ceux qui ont l’habitude des coups de feu et ce genre de choses. Ils ne se laisseront pas impressionner. On ne peut pas dire si ça suffira, comment ça se passera. On ne peut plus le dire pour rien. Mais si nous perdons confiance dès maintenant, la guerre est perdue d’avance.

Ouais… James ne s’attendait pas à ce que les plus petits, ici, voir les plus grands, arrivent à imaginer ce qu’était vraiment une bataille à large échelle. Mais peu importe, on ne le leur demandait pas non plus. Il se rassit, continuant son observation. Leur chauffeur avait nettement accéléré,  autant que possible sans pour autant paraître louche, sur les routes, les mains crispées sur le volant. Seul point positif, à mesure qu’ils filaient vers l’Ouest, les signes de la guerre s’amenuisaient. Les affiches de propagande dans les villes traversées étaient de moins en moins nombreuses, par exemple, et les barrages de contrôle aussi se firent de plus en plus rares, jusqu’à finalement disparaître complètement, au bout d’un temps. Toute une partie du pays n’avait pas encore été touchée par les tensions et cela se ressentait très fortement. Là où dans les villes sous haute pression, les gens marchaient, vite, tête baissée, regard fuyant et empli de peur, dans les villes et villages ici, des familles se promenaient sans crainte, le sourire était plus facile. Même si la guerre était toujours là, elle épargnait tout de même beaucoup des départements du pays.

Dix heures du matin étaient finalement passés lorsqu’ils arrivèrent près de la Rochelle. Forêts, collines et routes sinueuses avaient depuis longtemps laissé place à d’immenses champs, des plaines, des fermes étalées, pas mal de village. Puis bientôt, l’océan Atlantique fut en vue. Pour certains des gamins, c’était une première, et ils poussèrent même des petits cris émerveillés, l’observant avec avidité, au soleil, alors que la route qu’ils empruntaient longeait une grande plage, en contrebas. Le climat était plus doux, mais le vent était plus froid, au-dehors, et surtout beaucoup plus fort, il n’avait rien pour le stopper. Le bus finit par s’engager dans la grande ville de la Rochelle, longeant parfois les ports de commerce et leurs paquebots. Une fois la ville quittée, le chauffeur s’engagea sur une route un plus cahoteuse, dépassant enfin la pancarte annonçant la ville de l’Houmeau, commune appartenant à la Rochelle. Ce n’est que là que James s’autorisa à se détendre un peu. Ils voyaient toujours l’océan, au loin, sur leur gauche. Si loin des forêts ayant protégé le QG jusqu’ici.

– Nous sommes à l’Houmeau, lança le chauffeur d’une voix forte. L’orphelinat est à dix ou quinze minutes à pied du centre-ville, mais est à quelques minutes à peine de l’océan. Il est tenu par les Sœurs de la Congrégation St Jean. La plupart des enfants là-bas ont perdu leurs familles à cause des rafles, des exécutions ou encore pendant des attaques, depuis le début de la guerre civile. Ils ont été emmenés ici pour ne pas subir le même sort.

Le village en lui-même n’avait rien de sensationnel, un endroit très classique, où tout rappelait la proximité avec l’océan. Quant à l’orphelinat, il était immense. Toute son enceinte était entourée par de hauts et longs murs de pierre, et les bâtiments en eux-mêmes étaient comme de gros blocs de pierre et de béton. Il fallait bien le dire, c’était moche, affreusement moche, mais on n’était pas là pour le côté esthétique. Si cet orphelinat en particulier avait été choisi pour abriter les fuyards et les orphelins de guerre, c’était qu’il y avait une très bonne raison. Les grilles, enfin portes, d’accès, dans le mur d’enceinte, étaient même opaques, faites de bois et de fer, aucun curieux ne pouvait regarder à l’intérieur par ce biais. Quant aux murs, ils étaient aussi assez haut pour que personne ne puisse voir au-dessus. Les maisons du quartier et des voisins n’étaient pas non plus assez hautes pour le permettre. Et toutes ces protections n’étaient que la partie visible de l’iceberg. La cour intérieure était au moins plus agréable que les bâtiments, avec toute une partie verte, des arbres et des bancs de pierre.

Des enfants de tous les âges jouaient, lisaient ou se promenaient dans la cour. Ils ne firent pas vraiment attention à l’arrivée du bus, déjà habitués à ça. Il fallait dire que beaucoup, dans le tas, avaient subi des traumatismes violents… Deux jours plus tôt à peine, James en avait escorté, comme aujourd’hui, qui avaient été secourus de rafles violentes. Des gamins terrifiés, qui avaient vu leurs parents disparaître au loin, ou pire, parfois, les avait vu être exécutés en pleine rue pour avoir résisté. Des enfants de six ans qui avaient fuient la nuit, seuls, en tenant leurs frères et sœurs plus petits encore dans leurs bras. Le bus stoppa enfin près de la large entrée, où des Sœurs venaient les accueillir et les aider à emmener le peu d’affaires qu’ils avaient. James serra la main de la Mère Supérieure, et lui confirma à voix basse que c’était en route, pour le QG. Dans un premier temps, ils firent entrer tous les passagers du bus dans le grand hall d’entrée, avec leurs affaires. Une Sœur toute jeune passait entre les rangs, disait de s’asseoir, et demandait leurs noms à chacun avec un doux sourire.

– Vous restez un peu ?

– Non, ma Mère, nous avons du travail, sourit-il faiblement. Je confie tout le monde à vos bons soins.

– Merci pour tout, ajouta Thomas.

Pas le temps de se reposer. Ils devaient y aller… James fit un bref signe de la main, d’au revoir, à la petite troupe escortée jusqu’ici, puis il quitta les lieux avec son collègue, ainsi que le chauffeur, qui les attendait près des double-porte. C’était reparti.

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le Ven 25 Oct - 8:56
Avec indics rp de gentil-admin.

Le passage du convoi avait pas mal secoué les enfants, réveillant aussi ceux qui étaient encore endormis il y a moins de dix minutes. Wyatt ne semblait pas comprendre ce qui se passait et sa mère en était bien heureuse, autant l’avouer. Il se blottit à nouveau dans le coin du siège, comme un petit chat, sous la couverture, pour se rendormir. De son côté, Estelle donnait le biberon à Chris, sans écouter ce que disait leur garde du corps à la radio. Ce n’est pas comme si quelqu’un, ici, pouvait faire grand-chose, maintenant… Ils savaient tous ce qui risquait d’arriver et ne pouvaient rien y changer, même avec toute la volonté du monde. Les enfants n’auront pas à vivre ça, au moins… C’était l’essentiel et c’était bien pour cela qu’ils avaient dû partir en urgence, avec trois affaires sur le dos, vers des cachettes dans toute la France. Cependant, Estelle aurait préféré que Gaby soit là… D’accord, elle avait son pouvoir et tout, mais elle aussi attendait un enfant. Il n’était plus temps de combattre sur le terrain ! Restera-t-elle ensuite cachée avec eux, commandant à distance, en attendant son accouchement ? Il y avait comme un doute.

Le petit Hector n’était toujours pas rassuré, à onze ans, c’était normal, mais leurs gardes du corps n’avaient pas tord non plus. La situation pourrait être bien pire encore. Quant à ceux restés derrière, au QG, il n’y avait aucun doute permis sur le fait qu’ils préféraient entre eux s’il fallait se battre que d’avoir des personnes à protéger dans les jambes. Estelle inspira profondément, pour se calmer, et surtout ne pas transmettre son stress à son bébé. Les enfants, même tous petits, étaient comme des éponges, ils absorbaient toutes les émotions de leurs parents, sans même que ces derniers ne le réalisent. Pour le moment, Chris était calme, tétant son lait sans trop bouger. Une fois fait, elle lui fit faire son rot, puis le remit contre elle, attendrie en le voyant s’endormir. Quelques instants plus tard, elle donna aussi des biscuits et du lait à Wyatt, de nouveau réveillé, et qui commençait aussi à avoir faim. Allez, mon chaton, c’était bientôt fini, un peu de patience. Il en avait assez, bien sûr, c’était un voyage très long pour les petits, surtout qu’ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi il fallait absolument le faire.

Il y eut un arrêt, le temps pour tout le monde de satisfaire des besoins naturels dans la nature, changer les couches des bébés, grignoter un peu, se dégourdir les jambes, prendre l’air… La neige s’était estompée, il faisait moins froid que dans le centre de la France, en revanche, le vent était plus vif et sec, plus glacé. De nouveau en route, ensuite. La matinée avançait, les paysages défilaient et les forêts se faisaient plus rares. C’était comme se retrouver d’un seul coup dans un tout nouveau pays… Comme respirer après un long passé sous l’eau. Lorsque le chauffeur les engagea sur des longues routes bordant l’océan Atlantique, la plupart des enfants dans le bus poussèrent des petits cris émerveillés. Certains n’avaient jamais vu la mer de leur vie et collaient le nez aux vitres pour mieux regarder. Wyatt aussi regardait, bouche bée, à genoux sur son siège et essayant de tout voir d’un seul coup. Petit moment d’innocence presque incongru, dans ce bus, alors qu’ils approchaient finalement de leur destination. Une fois la Rochelle traversée et s’éloignant derrière eux. Le soleil scintillait fortement sur une mer pour le moment très calme.

Chauffeur – Nous sommes à l’Houmeau. L’orphelinat est à dix ou quinze minutes à pied du centre-ville, mais est à quelques minutes à peine de l’océan. Il est tenu par les Sœurs de la Congrégation St Jean. La plupart des enfants là-bas ont perdu leurs familles à cause des rafles, des exécutions ou encore pendant des attaques, depuis le début de la guerre civile. Ils ont été emmenés ici pour ne pas subir le même sort.

Le début de la phrase avait sonné comme une sorte de libération, de soulagement, après un long voyage où il aurait pu arriver n’importe quel drame. Et la fin de cette petite déclaration était un rappel très brutal de la réalité dans ce pays. Estelle avait frissonné brusquement, imaginant l’état mental des enfants qui avaient eu à subir ce genre d’horreurs. Qui ne devaient peut-être même pas savoir si leurs parents étaient toujours en vie, pour ceux les ayant vu disparaître à cause des rafles. L’orphelinat où ils arrivèrent était, à première vue, peu engageant. Cerné par une enceinte de pierre très haute, deux larges portes d’entrée, qui ne laissaient rien voir de ce qui se passait à l’intérieur. Une fois ces portes franchies, ils allèrent doucement sur une route caillouteuse, transversale, voyant des enfants d’un peu tous les âges dans la cour intérieure. Et enfin, il fut temps de descendre. Estelle prit ses affaires sur le dos, son bébé contre elle en le tenant par le bras gauche, et Wyatt avec le bras droit. Elle descendit avec prudence, avant de laisser son aîné marcher, à condition qu’il reste bien près d’elle.

Dans le hall, où ils commencèrent par se rendre avec toutes leurs affaires, ce qui se résumait finalement à peu, la température était douce, plus agréable qu’à l’extérieur. Tout le monde était fatigué et nerveux, ça se ressentait facilement. Leurs deux gardes du corps et le chauffeur, de leur côté, repartirent presque aussitôt, sur un simple signe d’au revoir. Une Religieuse, plus âgée, leur fit ensuite signe, à tous, se présentant comme la Mère Supérieure et la directrice de l’orphelinat. Elle donnait le sentiment d’avoir déjà tristement l’habitude de voir arriver des groupes comme eux…

Mère Supérieure – Je vais vous expliquer comment les choses se passent, ici. Les couples avec un ou deux enfants de moins de quatre ans seront logés dans les studios, comme les personnes seules, avec deux enfants de moins de quatre ans. Les adultes seuls seront mis dans les chambres individuelles. Tous les enfants entre quatre et dix-huit ans dormiront en dortoirs, séparés selon les âges et le sexe. Les tous petits isolés, de zéro à trois ans, sont installés dans la nurserie du rez-de-chaussée.

Pour le coup, Estelle était très soulagée que ses deux fils aient moins de quatre ans et restent donc avec elle, elle n’était pas prête à les laisser aussitôt dormir loin d’elle, même ici, même s’ils étaient en dortoir avec d’autres petits bouts. D’un autre côté, elle comprenait aussi le manque de place et le besoin de faciliter les choses à tout le monde, en veillant à regrouper les soins et les besoins des enfants, sans se disperser. Et sans troubler par les cris certains adultes blessés et ici un bref temps avant de repartir en guerre. C’était aussi plus simple, en cas de contrôle ou elle ne savait quoi, de ne montrer en apparence que des orphelins et des adultes ici pour s’en occuper.

Mère Supérieure – Les douches et sanitaires sont tous communs, il y en a à chaque étage. Les repas se prennent aussi tous en commun, on ne mange pas dans les chambres ni dans les dortoirs. Le réfectoire est au rez-de-chaussée. Les enfants de moins de quinze ans ne peuvent pas sortir en ville sans la présence d’un adulte. Il y a une école, ici, qui fait les cours jusqu’à quatorze ans. Au-delà, les enfants peuvent faire un apprentissage. Sinon, il leur faut obtenir une bourse d’étude pour intégrer un foyer et continuer avec une école d’un niveau plus élevé. Les Sœurs vont vous montrer où dormir et vous installer, chacun et chacune. Si vous avez des ennuis médicaux particuliers, signalez-le. Enfin, si parmi vous, certains font parti d’un des réseaux de la Résistance ou en feront parti bientôt, il faudra attendre le retour de Sœur Alice pour vous… « remettre dans le bain », disons. Elle est actuellement en mission mais va revenir d’ici quelques jours.

Très bien… La jeune femme n’avait pas vraiment imaginé une religieuse faire partie de la Résistance, mais tout était possible. Pour le moment, peu envie d’y réfléchir, elle était juste fatiguée.

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Solène Nakajima
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le Mer 30 Oct - 21:11
Une petite chambre, avec un lit simple, un bureau dans un coin surmonté d’une lampe, un berceau dans un autre coin, pour le moment vide, une fenêtre plutôt large et des rideaux fins, un vieux radiateur, marchant encore néanmoins, une valise rangée sous le lit, du parquet un peu grinçant, un papier peint refait à neuf il y a moins de quelques mois, visiblement. Solène s’était réveillée dans cette chambre après l’une des plus mauvaises nuits de toute son existence, l’oreiller encore trempé de larmes. Juste accompagnée par le poids particulièrement écrasant de la solitude. Elle fixait son ventre gonflé par la grossesse d’un regard un peu vide, puis la chambre, à tour de rôle, complètement perdue. C’était comme dans ces cauchemars, où se battait pour échapper au danger, et où ne parvenait pas à fuir, coincé sur place. Ici, ce qui l’angoissait, c’était la réalité, pure et dure, elle n’avait aucun moyen d’y échapper et toutes les larmes du monde n’aidaient en rien. Elle repoussa les couvertures avec un peu de peine, bougeant avec difficultés. Enceinte de sept mois, maintenant, les mouvements devenaient tous plus compliqués à accomplir, surtout en portant des jumeaux. Son ventre lui semblait si énorme.

Ce qui lui semblait horrible, c’est que le monde continuait pourtant de tourner, la vie avait l’air… normale, banale, tout se poursuivait, comme si rien ne s’était passé. Ce n’était qu’elle qui restait encore coincée dans une sorte de déni profond et de refus total d’accepter la situation. Refus d’accepter que son frère était mort, pour… Pour… Pour rien, en réalité. Il avait été assassiné ! Battu, blessé, affaibli, jusqu’à ne plus être capable de continuer. Durant le trajet… Elle lui avait tenu la main, durant tout le trajet, et était là au moment où il elle avait senti, sous ses doigts, la légère palpitation qu’elle surveillait, au poignet, cesser. Il était mort juste… comme ça. Il respirait, très faiblement, puis il avait arrêté. Comme ça, rien de plus, il vivait puis ne vivait plus. L’injustice profonde de cette situation en rajoutait dans le déni, Solène avait aussi fait une crise d’angoisse tant elle était pour le moment incapable d’accepter cette réalité. Ce n’était ni un accident, ni une maladie, c’était un meurtre pur et simple, et c’était bien pour ça qu’elle n’arrivait à tolérer que son frère soit bel et bien mort.

La douche l’aida à retrouver un visage à peu près humain, après une telle nuit. Puis il fallut bien manger. Sans appétit, mais enceinte, elle ne pouvait pas se permettre de ne rien avaler. Ce n’était pas pour elle mais pour les deux petits bébés qui poussaient dans son ventre, il était hors de question de les négliger. Si elle tombait malade maintenant ou s’affaiblissait bêtement, comme être sûre qu’ils iront bien ? Après ce repas, elle remonta dans sa chambre, s’occupant l’esprit en continuant à coudre des pyjamas et bonnets pour ses enfants. La matinée était avancée depuis un bon moment lorsqu’il y eut de l’agitation, au troisième étage, où elle logeait en ce moment. Un groupe venu de l’école était arrivé à son tour. Solène sortit dans le couloir pour aller les saluer. Bien que pâle comme la mort, elle s’obligea à dire bonjour d’un ton normal, demander comme ça allait, faire un bisou sur la joue du petit Lucas qui serrait sa peluche contre lui.

– Comment s’est passé votre voyage ? Tout le monde va bien ?

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